mardi, 23 juin 2015

MAH : Le lièvre, la tortue et la votation

Le référendum avance, le Projet social et culturel aussi

Les Verts genevois, divisés, ont décidé de ne pas soutenir le référendum lancé contre le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire et de laisser les référendaires récolter les signatures nécessaires avant de se prononcer sur le fond, lorsque le référendum aura abouti. Seuls une coalition et un parti politiques soutiennent donc, aux côtés des défenseurs du patrimoine, ce référendum : l'UDC et « Ensemble à Gauche ». Vu les profils et les motivations légèrement contradictoires des référendaires, quelque chose nous dit qu'il va falloir attendre (en le souhaitant) l'aboutissement du référendum pour qu'un véritable débat s'engage sur le projet, et pas seulement sur ses à-côtés. On attendra donc. Notre patience est quasiment angélique... D'ailleurs, on attend aussi le fameux Projet Scientifique et Culturel qui doit nous dire à quoi va se vouer le « nouveau MAH » (le « MAH+ »). On attend. On attend la votation populaire et le projet scientifique et culturel. On attend en relisant « le livre et la tortue » On attend en espérant qu'on aura le PSC avant la votation. 
 


Une mauvaise méthode : la technique de la  « belle boîte vide »...

Le projet scientifique et culturel » (PSC) que le MAH élabore depuis octobre 2014, en consultant le personnel et en s'appuyant sur un Conseil scientifique formé de cinq responsables de musées français et suisses, sera (ou non) validé par l'autorité de tutelle (le Conseil Administratif) en octobre 2015, puis rendu public. Les acteurs politiques, les mécènes, sponsors, partenaires et soutiens du musée devraient être associés à cette démarche, qu'il serait, de notre modeste point de vue, souhaitable de soumettre à tout le public intéressé. Y compris, donc, les opposants au projet de rénovation-extension du MAH.. Voilà pour la démarche. Reste l'essentiel : le contenu. En janvier 2015, le MAH (sa direction) exprimait, sinon un projet culturel, du moins une ambition : «Le plus grand musée de Genève se doit d'être un lieu d'ouverture, d'expérience et d'exploration culturelle. Il doit être le catalyseur d'une réflexion citoyenne de la ville sur elle-même; il doit contribuer avec ses habitants et habitantes, visiteurs et visiteuses, à dessiner les pistes de son avenir ». On peut en effet partir de là. Mais seulement pour aller plus loin. Et en se posant les questions : en quoi la réalisation du projet Nouvel-Jucker est-elle la condition nécessaire à la concrétisation du PSC ? la concrétisation du PSC implique-t-elle forcément le projet Nouvel-Jucker, ou est-elle concevable avec un autre projet ? Du PSC ou du projet architectural, lequel justifie l'autre ? On a en tout cas commencé par le projet architectural pour ne s'atteler qu'ensuite au projet culturel, comme si le contenant importait plus que le contenu... Or un projet scientifique et culturel ne devrait pas être, en tant que tel, conditionné par un projet architectural  préalable.

Il y a une différence notable entre le PSC français et le PSC genevois : la validation du premier par l'Etat est une condition de l'aide financière à l'investissement dans un musée (c'est grâce à cet aimable chantage que les PSC se sont d'ailleurs imposés en France), alors que la validation du PSC par la Municipalité genevoise n'a jamais été posée (et il est trop tard pour qu'elle le soit) comme une condition de l'investissement de la Ville dans l'extension du MAH. Dans sa conception française (mise en oeuvre dès le début des années '90), le projet scientifique et culturel d'un musée en définit la vocation et le développement à partir des missions qui lui sont confiées (ou qu'il s'attribue). Il s'agit à la fois de faire un bilan de l'existant, d'en tirer un diagnostic critique, de formuler un projet, de déterminer des objectifs, de poser des priorités. C'est ce type de démarche que la Ville a, en l'adaptant au cadre genevois, demandé à ses musées d'assumer. Dans le cas du MAH, cela paraît d'autant plus judicieux que, comme le rappellait Marie-Hélène Joly en 2009 dans la « lettre de l'OCIM », l'invention du PSC fut d'abord « le fruit de l'expérience de dix années de rénovations architecturales entreprises sur des bases trop faibles » : « le contenant précédant le contenu, on s'est aperçu que la technique de la "belle boîte vide" commandée à un architecte, sans préciser ce qu'on allait mettre dedans ni ce qu'on allait y faire était une mauvaise méthode » plus mauvaise sans doute à Genève et en Suisse qu'en France, puisqu'ici toute décision de rénover, d'agrandir, de construire un musée est susceptible d'être renvoyée devant le peuple, par référendum, surtout s'il s'agit d'une décision publique portant sur un musée public.

« S'il existait la possibilité de rendre obligatoire un référendum (sur le projet de MAH+), je le ferais », avait affirmé Sami Kanaan. Notre magistrat préféré est donc comblé : le référendum, facultatif, a été lancé et aboutira. Et on votera.
Mais on aimerait bien pouvoir le faire en toute connaissance de cause scientifique et culturelle...  

15:58 Publié dans Culture, Genève, votations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mah, mah+ | |  Facebook | | | |

Commentaires

Mon cher Pascal, il n'y a pas vraiment de coalition contradictoire rassemblé autour du référendum comme tu sembles l'évaluer : "Vu les profils et les motivations légèrement contradictoires des référendaires, quelque chose nous dit qu'il va falloir attendre (en le souhaitant) l'aboutissement du référendum pour qu'un véritable débat s'engage sur le projet, et pas seulement sur ses à-côtés". Nous sommes juste un rassemblement EàG, verts dissidents, Indépendants, Patrimoine suisse, Action patrimoine vivant, Verts libéraux, étudiants autour de MAH-, et bien d'autres complicités. Et ceci autours de six grands arguments : 1 la sauvegarde de la cour et la surélévation, 2. le risque de privatisation par cette convention douteuse, 3. le respect de l'état de droit, 4. l'absence d'un concept muséographie et d'évènements actuel par la direction du MAH, 5. un coût sous-évalués qui risque de ressembler à une remake du type stade de Genève, 6. la nécessité d'un débat vraiment public sur tout ces aspects. Le processus en cours démontre d'une argumentation qui se "fédère" ou s'emboite, car finalement tout est lié. D'où notre sérieuse incompréhension (inquiétude) aux postures politiques qui prévalent chez les socialistes comme chez les verts. La campagne référendaire actuelle démontre dans la rue d'un fort questionnement sur l'orientation prise par nos magistrats. In fine on verra comment tournera le probable débat que nous essayons de promouvoir par un vote populaire. Mais ce qui est sûr, c'est qu'à l'avenir on ne pourra pas se contenter de l'eau tiède. Une fois encore, pour qu'un projet aboutisse, il faut non seulement le ressentir, mais qu'il soit porté par la société civile. C'est là les gros chantier de formation public qui nous attendent. Bien à toi.

Écrit par : Marcellin Barthassat | mardi, 23 juin 2015

"Une fois encore, pour qu'un projet aboutisse, il faut non seulement le ressentir, mais qu'il soit porté par la société civile."
Marcelin Barthassat, qu'entendez-vous au juste par société civile ?
Nous avons ici affaire à un débat d'initiés, de gens cultivés ou du moins intéressés par les questions culturelles. Je ne sais trop quel pourcentage de la société ils représentent, mais ce n'est assurément qu'une portion congrue.
Au final, que ce soit la grande masse ignorante ou les initiés, on assistera à un combat idéologique des extrêmes qui devraient s'annuler.
Il n'y aura évidemment que des frustrés avec un vote certainement serré déposé par l'immense majorité qui n'y comprend rien ou pas grand-chose et la petite minorité d'extrémistes incapables d'envisager un compromis.
Quant à la discussion de fond sur le PSC, c'est un leurre. On veut nous faire croire que la mission du musée n'existe pas alors qu'elle s'ajuste en permanence au fil de l'évolution de nos sociétés et le programme des dix prochaines années sortira à l'automne et ne rencontrera vraisemblablement pas d'opposition.
Voilà qui rappelle d'ailleurs la discussion sur la redevance RTS qui a sérieusement dérapé sur les questions de fond alors que nous devions nous prononcer sur le mode de prélèvement. Sauf que là, la mission de service public mérite évidemment une analyse poussée, une remise en question autrement plus urgente et fréquente pour les médias audiovisuels bouleversés par l'évolution technologique que pour les musées qui utilisent ces outils afin d'augmenter l'attractivité de l'exposition de vestiges culturels millénaires inaliénables.

Écrit par : Pierre JENNI | mercredi, 24 juin 2015

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