jeudi, 11 juin 2015

14 juin : On devrait voter sur la redevance, on votera sur la SSR....

Si vous lisez le petit menu des festivités votatoires (on dit bien un apéritif dinatoire, pourquoi pas une festivité votatoire ?) du 14 juin, au chapitre de la révision de la loi sur la radio et la télévision, vous trouverez une proposition de modifier la redevance finançant l'entreprise publique de radio et de télévision (mais aussi, désormais, d'internet), la SSR. Mais si vous suivez le débat qui s'est engagé sur cette proposition, ce n'est plus de la redevance dont il est question, mais de la SSR elle-même, de son rôle, de ses programmes, de sa taille, de son coût... Vieille histoire : depuis les années soixante, la SSR est la cible constante d'attaques de la droite patronale et politique, qui ne cesse de la dénoncer comme un nid de (suivant les époques) crypto-communistes, socialistes ou gauchistes. Un vieux débat sur une vieille dame (la SSR est née en 1931 comme seule entreprise autorisée à diffuser des programmes de radiodiffusion). Mais là, ce vieux débat sur cette vieille dame, il a quand même tout d'une nappe de brouillard : après tout, ce qui est proposé au vote, ce n'est qu'une modernisation de la redevance, pas un prononcement sur les programmes du medium public...


SSR, RTS, media publics 
Voulez vous une télé publique suisse aussi médiocre que les télés privées françaises  ?

Il y a quarante ans, à Genève, on recevait cinq ou six chaînes de télé publiques (les trois suisses et les deux ou trois françaises) et on publiait cinq quotidiens indépendants les uns des autres, et indépendants des grands groupes de presse nationaux. Aujourd'hui, de ces cinq quotidiens, trois ont disparu (La Suisse, le Journal de Genève et la Voix Ouvrière), le quatrième, la Tribune de Genève, s'est fait boulotter par Edipresse et il ne reste d'indépendant que le cinquième, le plus petit, Le Courrier. En revanche, on reçoit, à Genève comme ailleurs, par le cable ou le satellite, des centaines de programmes télés, en grande majorité de chaînes privées, et en grande majorité voués à une seule chose : à tirer un maximum de profit de la publicité -elle n'entrecoupe plus les programmes, ce sont les programmes qui lui servent d'hameçon. Alors, la menace sur le pluralisme, elle vient d'où? de la vieille dame dont on veut adapter le financement à l'évolution des modes de réception de ses programmes, ou des grands groupes médiatiques qui, de rachats en fusions, contrôlent désormais presque toute la presse écrite du pays, se désolent de ne pas contrôler de même les media audiovisuels et électroniques, et s'en prennent à la seule concurrence à laquelle ils ne peuvent répondre par l'arme de destruction massive du pluralisme qu'est l'argent dont ils disposent ? A défaut de pouvoir racheter la SSR, ne sont-ils pas de plus en plus ouvertement tentés de la priver des moyens nécessaires à l'accomplissement du mandat qui lui est donné par la loi et la concession ? Et pour qui et quoi, au juste, roulent les  «jeunes» PLR et UDC qui font signer une initiative demandant la suppression pure et simple de la redevance ?

Le « monopole » de la SSR n'existe plus depuis des décennies -depuis que les chaînes étrangères peuvent être captées en Suisse. Les chaînes de radio publiques et privées étrangères, les radios privées suisses, les télés locales, ont pris une place grandissante et toutes ensemble une place majoritaires dans le « paysage audiovisuel suisse ». Quant au poids de la société publique, et au déséquilibre qu'il engendrerait sur le pluralisme de l'information, disons que celui des grands groupes de presse écrite nous inquiète bien plus que celui de la vieille dame de l'audio-visuel public...

La concession initiale de la SSR, dont le champ a été ensuite élargi mais dont les objectifs fondamentaux sont restés les mêmes, lui donne mandat d'informer la population le plus complètement possible et de lui proposer des programmes culturels, éducatifs et divertissants, dans les trois (puis les quatre) langues nationales et officielles. On peut (et c'est notre cas) être insatisfaits de la manière dont la radio-télé publique suisse remplit ce mandat, mais nous savons qu'il n'y a guère qu'elle qui puisse le remplir, et que si elle le remplit mal, il n'y a toujours qu'elle qui puisse le remplir mieux. Nous ne sommes pas des défenseurs inconditionnels, béats, au garde-à-vous, de la SSR actuelle, de ses programmes, de son fonctionnement, mais nous savons que sans les moyens que lui accorde la redevance, et sans un élargissement de ces moyens à l'ensemble des consommateurs de programmes radio et télé, quel que soit le mode de leur réception, cette entreprise de media ne serait plus en Suisse romande, comme le craint le Conseiller national (PS) Roger Nordmann, qu'« une vague sous-TV régionale »  -quelque chose comme une fenêtre romande dans les programmes régionaux de FR3 Rhône-Alpes, comme il y a des fenêtres publicitaires suisses dans les publicités sur TF1 ou M6...

Mais bon, après tout, quand les grands groupes médiatiques privés, la droite patronale et ses porte-flingues politiques auront réussi à se débarrasser de la vieille dame gênante, il nous restera toujours Arte pour nous mettre quelque chose entre les deux oreilles et les deux yeux..  

15:05 Publié dans Médias, Politique, votations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ssr, rts, media publics | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour une fois je trouve que vous manquez d'objectivité, voie d'honnêteté.
Les chaines privés que je regarde ne sont de loin pas orientée profit. Bien au contraire, elles me donnent de l'information de proximité et rament pour subsister.
Ce qui n'est évidemment pas le cas du mastodonte SSR qui pourtant se plaint des limites imposées pas son mandat.
Si la discussion a un peu dérapé c'est parce qu'il est incompréhensible de mettre la charrue avant les boeufs. Avant de parler redevance et mode de prélèvement, il s'agirait de définir un peu mieux les contours de ce service public qui ne donne pas satisfaction et surtout la clé de répartition avec les petits qui se démènent tant bien que mal dans ce maelström.
Le plus grave, à mon avis, c'est que ces petits sont mis en avant dans la discussion car ils ont un besoin vital de la portion congrue qui leur revient sur la redevance. C'est minable, petit et mérite sanction. Tant mieux que le débat ait dérapé. Voilà ce que c'est que de prendre les citoyens consommateurs pour des cons.

Écrit par : Pierre JENNI | jeudi, 11 juin 2015

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