lundi, 08 juin 2015

« Transformation de bureaux en logements » : Une vessie pour une lanterne...

Vignette loyers.jpgSi l'enjeu de la proposition soumise au vote genevois de dimanche prochain était réellement la transformation de bureaux en logements, ce vote n'aurait sans doute pas lieu, parce qu'aucun référendum n'aurait été lancé contre la modification de la loi qu'implique la proposition. Mais il s'agit moins, pour les auteurs de celle-ci, de permettre la transformation de bureaux en logement que de permettre la transformation de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR) en coquille vide, et d'affaiblir à la fois les protections légales dont les locataires bénéficient, et l'organisation qui les défend, l'ASLOCA,  que le Conducator du MCG (puisque c'est le MCG qui est à la manoeuvre pour les milieux immobiliers) a déclaré vouloir « détruire ». Et si pour cela on peut à la fois se débarrasser d'objets locatifs qu'on n'arrive plus à louer, tondre les locataires en leur louant deux fois leur prix d'anciens bureaux transformés en logement, et évincer des petits commerçants et artisans de leurs locaux pour transformer ceux-ci en logements soustraits au contrôle des loyers, c'est tout (triple) bénéfice, pour les propriétaires, les régisseurs et les spéculateurs. Ceux-là même qui ont résolu de faire prendre aux locataires la vessie de la « lex Zacharias » pour une lanterne progressiste...




   
Se débarrasser d'un surplus en prétendant combler un manque qu'on a soi-même entretenu

De la Chambre genevoise immobilière au MCG en passant par toute la droite traditionnelle, les partisans de la proposition de libéralisation de la transformation de bureaux en logements, soumise au vote dimanche, ont beau vanter leur texte auprès des locataires et des demandeurs de logements, en leur assurant qu'il est dans leur intérêt de le voter, ce texte a été conçu, et s'appliquera s'il est voté, dans le seul intérêt des propriétaires : il ne s'agit que de profiter de la crise du logement pour pouvoir se débarrasser de bureaux qu'on n'arrive pas à louer, ou dont on n'arrive pas à tirer le profit qu'on espérait.
Actuellement, un loyer maximal est fixé par la loi (la fameuse LDTR) pour un  bureau transformé en logement. Ce loyer maximal, les propriétaires  trouvent qu'il est trop bas et qu'il leur impose un temps de rentabilisation de leur investissement trop long. La loi Zacharias a donc pour premier objectif, non de mettre « sur le marché » des logements nouveaux après avoir réaffecté des bureaux (la loi actuelle le permet déjà), mais de tirer de cette réaffectation un profit plus rapide avec des loyers atteignant le 150 % (voir plus) de ceux autorisés par la loi actuelle. Un bureau transformé en appartement de quatre pièces (3 pièces plus cuisine) loué actuellement pour 1135 francs par mois le serait alors pour 1800 francs : un loyer supérieur de 20 % au loyer moyen genevois pour un quatre pièces, et une augmentation de plus de 50 %...

En quinze ans, les surfaces totales de bureaux ont augmenté de 13 % à Genève. Or tous ces bureaux ne sont pas en bon état, beaucoup ne correspondent plus à la demande -et celle-ci, d'ailleurs, est faiblarde en raison de la conjoncture économique, mais aussi de la réduction du besoin en grands espaces de bureaux. Bref, les propriétaires et les loueurs de bureaux se retrouvent avec des objets qu'ils n'arrivent pas à louer, et le taux réel de vacance des bureaux genevois atteint 5 %, selon plusieurs experts évoqués par le supplément immobilier de la Tribune de Genève. La première raison, mécanique, de la tentative de faciliter la transformation de bureaux en logements est là : on a des bureaux en trop, et des logements manquants. Transformer les premiers en logements permet aux propriétaires de se débarrasser d'un surplus en prétendant combler un manque (qu'on a soi-même entretenu). Or cette transformation est déjà possible -mais à des conditions qui ne conviennent pas aux milieux immobiliers.
Trop de bureaux qu'on arrive pas à louer, trop de personnes qui n'arrivent pas à se loger ? Une aubaine quand on raisonne non en termes de droit au logement, mais de « marché du logement ». Et qu'on a résolu de profiter de cette aubaine pour faire sauter quelques verrous protecteurs des locataires, en se gardant bien de dire que c'est bien là qu'est l'objectif de la loi libéralisant la transformation de bureaux en logements (et la re-transformation ultérieure de ces logements en bureaux, quand il sera redevenu plus rentable de louer des bureaux que de loger des personnes).

15:39 Publié dans Genève, Logement, votations | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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