mercredi, 27 mai 2015

Bal politique masqué autour de la "Lex Zacharias" : Faux et usages de faux derches

Le 14 juin, à Genève, on votera sur un projet de modification de la loi sur les démolitions et transformations (LDTR), projet adopté par la droite du Grand Conseil à l'initiative du MCG (et en particulier de son sponsor, le député Zacharias), pour, sous prétexte de favoriser la transformation de bureaux en logements, permettre aux propriétaires fonciers n'arrivant ni à vendre ni à louer leurs bureaux de les fourguer en logements, le temps que le "marché" se reprenne et qu'ils puissent les retransformer en bureaux. Sans doute un peu inquiets du résultat possible du vote, les partisans de cette "lex Zacharias" tentent non seulement de la présenter pour ce qu'elle n'est pas (une loi "favorable au logement"), mais aussi de se présenter eux-mêmes pour le contraire de ce qu'ils sont : un fantomatique "Collectif pour des Logements à Loyers Abordables", une non moins fantomatique "Association Genevoise des Locataires Progressistes" (les majuscules sont d'origine...), sans oublier, première de la cordée des fantômes, cette sous-marque commune du MCG et de la Chambre Immobilière, "Pro Loc", logée par le député Zacharias, présidée par la "verte libérale" Sue Putallaz, et vouée à affaiblir l'Asloca.


   

   
Fistula dulce canit, volucrem dum decipit auceps

Quel est l'objectif réel de la loi, votée par la majorité de droite du parlement cantonal genevois, et combattue par un référendum des organisations de locataires et de la gauche ? laisser les propriétaires de bureaux vides les remplir de locataires à la recherche de logements. En s'assurant que les loyers qu'on leur extorquera ne seront pas contrôlés. Et qu'on pourra, lorsque les dieux du marché immobilier seront plus cléments pour les propriétaires de bureaux, retransformer en bureaux les bureaux qu'on avait fait mine de transformer en logements, le temps que la demande de bureaux et de locaux commerciaux rattrape une offre désormais excédentaire. Bref, il s'agit de permettre à ceux qui ne peuvent plus se remplir les poches en louant des bureaux ou des locaux commerciaux, de se les remplir en les louant comme des logements. Sans pour autant résorber la crise du logement, puisque la pérennité de cette crise, et le nombre de personnes et de familles à la recherche inaboutie de logements, sont la condition de la rentabilité de l'opération. L'un des comités bidons appelant à soutenir la "lex Zacharias" (du nom de son auteur MCG) ne s'est pas baptisé par hasard "Plus de logements sans construire" : construire des logements correspondant aux besoins de la population impliquerait en effet que l'on privilégie ces besoins aux profits des promoteurs, et que l'on attente aux zones villas (le lobby des propriétaires de villas, "pic vert", appelle d'ailleurs aussi, évidemment, à voter "oui" à une loi qui les caresse dans le sens de la pelouse).

Qu'ont en commun l'"association de défense des locataires - PROLOC", l'"association genevoise des locataires progressistes", le "collectif pour des logements à loyers abordables", le "groupement de soutien à la conversion de bureaux en logements : oui à une solution écologique qui préserve l'environnement", "Logements pour tous !", "Oui à plus de logements", "Plus de logements sans attendre", "Plus de logements sans construire", "Plus de logements sans déclasser" (on a loupé "plus de logements pour maigrir sans faire de régime", mais il doit certainement se trouver dans le tas) et "urgence-logements", tous intitulés de prises de positions en faveur de la loi libéralisant (dans tous les sens du terme...) la transformation de bureaux invendables et inlouables en logements aux loyers incontrôlés ? Tous ces intitulés ont en commun une origine (et donc un financement) et une arnaque. L'origine, c'est le MCG, désormais domestiqué (et financé) par la frange la plus revancharde des milieux immobiliers genevois. Et l'arnaque, c'est de faire passer une proposition de loi rédigée par, et votée pour, ces milieux pour une proposition favorable aux locataires. La méthode, d'ailleurs est compréhensible : prêcher, dans une votation portant sur le droit au logement le "laisser faire", les "lois du marché" et les droits sacrés des propriétaires, cela doit bien faire cinquante ans qu'à Genève c'est le meilleur moyen de se prendre une torgnole électorale. Alors on farde, on leurre, on camoufle. On truque. Et on omet soigneusement de dire que la transformation de bureaux en logements est déj possible -mais évidemment à des conditions qui ne permettent pas de se livrer aux abus dont rêvent les bailleurs, s'agissant des loyers (dont ils refusent le contrôle) ou des résiliations de bail (qu'ils veulent pouvoir prononcer à leur guise).

"C'est aux doux sons de l'appeau que l'oiseleur trompe l'oiseau" rappelait Caton. C'est en se faisant passer pour leurs défenseurs que les porte-valises des propriétaires et des spéculateurs tentent de convaincre les locataires et les demandeurs de logements que leur loi sur la transformation de bureaux en logements va permettre la mise sur le "marché" de logements qu'on aura même pas besoin de construire. On attend donc pour d'autres bal politiques masqués la création d'un syndicat de frontalier créé par le MCG, d'un collectif de défense des requérants d'asile par l'UDC et d'une coordination laïque par Tariq Ramadan...
Tous ectoplasmes qui ne sauraient tarder.

14:59 Publié dans Genève, Logement, Politique, votations | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je ne vois pas où est le problème. Si des bâtiments existent sur le marché et son inoccupés, ils se détériorent. Peut-être que les proprios ou les investisseurs ont eu les dents un peu longues en construisant autant d'immeubles administratifs lucratifs, mais est-ce une raison pour les punir doublement.
Il existe une demande pour des objets style "loft" et ces immeubles permettent de belles réalisations. Certes, de telles surfaces ne sont pas accessibles au plus grand nombre, mais il en faut pour tous les goûts et toutes les bourses.
Au final, on optimise l'utilisation du bâti au lieu de le voir se détériorer au fil du temps, comme certains immeubles locatifs qu'on laisse à l'abandon à dessein et dont la gauche est prompte à dénoncer le caractère spéculatif.
C'est fou cette manie d'en vouloir à ceux qui ont les moyens de réaliser, ça devient caricatural et lassant.
L'exemple le plus parlant est celui de "Cinégram" à St Jean, de Baillif, Leponte et associés, qui ont mis en vente des lofts à la place de l'usine. Un peu plus haut c'est un horloger qui a quitté le quartier.
Et c'est vrai que, si on permet à tous ceux qui en ont envie et les moyens de vivre dans des appartements spacieux et modernes, on aura non seulement moins besoin de bétonner, mais surtout on laissera les objets abordables à ceux qui en ont vraiment besoin. En sus, le propriétaire qui obtiendra un revenu décent de cette nouvelle affectation n'aura aucune raison objective de revenir à son utilisation première, non seulement parce que cela impliquera à nouveau des travaux, mais surtout parce que le marché des surfaces administratives est moins stable.
Quant à l'Asloca... non, je ne vais pas me défouler ici et maintenant. Y'en aura d'autres.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 27 mai 2015

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