vendredi, 22 mai 2015

Projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève : Le référendum, pour provoquer au débat sur le fond...

escaliers MAH.jpgEn dix votes (six projets d'arrêtés, quatre amendements), le Conseil Municipal de la Ville de Genève a accepté, mercredi soir, le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art & d'Histoire. Les opposants (Verts, UDC, Ensemble à Gauche) ont annoncé le lancement d'un référendum qui, compte tenu de la multiplicité des motivations de leurs oppositions respectives (défense du patrimoine, coût de l'opération, déséquilibre du partenariat public-privé) n'aura aucune peine à aboutir. Le peuple votera donc. Et c'est une excellente chose, non seulement du point de vue démocratique, mais aussi de celui d'un vrai débat public sur l'enjeu culturel du projet. Un enjeu passé totalement au second plan d'un débat décevant, au terme duquel on aura même pu s'offrir le plaisir quelque peu pervers de voter en faveur d'un projet auquel on n'adhère pas, mais qui devait être accepté par le Conseil municipal pour qu'un référendum puisse être lancé (ce que d'ailleurs Sami Kanaan appelait de ses vœux), que le peuple se prononce et qu'un vrai débat s'engage sur ce grand absent des joutes parlementaires : le contenu culturel du projet, le rôle qu'on attend que joue le musée rénové et agrandi. Un référendum pour provoquer au débat sur le fond, ou du bon usage d'un droit politique...


"La liberté de tout dire n'a d'ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire" (Jean-Paul Marat)

Le Conseil Municipal de la Ville de Genève a donc adopté, à une majorité pour le moins composite (PS, PLR, PDC, MCG) face à une minorité ("Ensemble à Gauche", Verts, UDC) l'étant à peine moins, le projet du Conseil administratif de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire. Fin du premier des trois rounds du match politico-culturel. Un référendum a été annoncé (deuxième round), il n'aura sans doute aucune peine à aboutir, le peuple de la Ville se prononcera donc (troisième round).
Le vote du Municipal (et celui du groupe socialiste) étant acquis bien avant que de se produire, voter "non" comme nous en eûmes un instant la tentation n'aurait été qu'une posture égotiste... certes intellectuellement confortable, mais politiquement inutile. Mais le référendum étant annoncé, on peut passer à l'étape suivante : faire entendre, pendant la campagne référendaire, une réflexion socialiste critique (mais aussi prospective) sur la politique muséale, le contenu du projet, les fonctions d'un musée, l'invention d'une fonction nouvelle...

On en est donc là : ironiquement, mais mécaniquement, c'est l'acceptation par le Conseil Municipal du projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire qui rend désormais possible (si le débat public sort des ornières où cahotait le débat parlementaire) ce que ce même Conseil Municipal a refusé (la dissociation de la rénovation et de l'extension) et ce qu'il a ignoré (un débat sur le contenu culturel du projet). Si, le référendum ayant abouti, le peuple souverain refuse le "paquet ficelé" que lui présente le Conseil municipal, ce "paquet ficelé" de la rénovation et de l'extension du musée qu'il faut accepter ou refuser ensemble, on repart à zéro. On efface Nouvel, Gandur, Barbier-Muller, Cramer et on assume l'urgence d'une rénovation du musée, mais de cette rénovation seule, ou la responsabilité de la fermeture du musée. Et on se donne le temps d'un véritable débat de politique culturelle, où puisse non seulement se poser les questions "pourquoi un musée ?", "qu'en faire ?", "qu'y faire", mais même, rêvons tout haut, tenter d'y répondre...

A force d'insister, on a fini par obtenir des éléments d'un "projet scientifique et culturel" (PSC) du "Mah+" (le musée tel que le projet voté par le Conseil Municipal). Des éléments, seulement : le PSC lui-même ne devrait être validé qu'en octobre par le Conseil scientifique créé pour le concevoir -et, forcément, rendu public encore plus tard, après avoir été ratifié par l'autorité de tutelle, c'est-à-dire le Conseil administratif, puisque les musées de la Ville de Genève en dépendent directement . Or si le référendum aboutit (et il aboutira), ce sera probablement à l'automne que le vote populaire sera organisé. C'est-à-dire avant que le public, les citoyennes et les citoyens, aient pu prendre connaissance du projet culturel qui seul peut justifier l'effort considérable que la collectivité va consacrer à rénover et étendre son musée. Dire que dans ces conditions, le débat sur le "projet scientifique et culturel" du musée sera tronqué, puisque fondé sur les quelques éléments du PSC déjà connus, est un euphémisme. Il va pourtant bien falloir le mener, ce débat, et le soumettre à l'examen, et donc à la critique, ce projet. On tentera de s'y employer, comme on peut, avec qui en veut.
Chères et chers camarades, on vous y attend...

14:39 Publié dans Culture, Genève, Politique, votations | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : mah, musée d'art et d'histoire, musées | |  Facebook | | | |

Commentaires

Très démocratique ce débat auquel ne participent que les citoyens de la Ville.
Comme s'ils allaient plus souvent visiter les musées que le reste des Genevois.

Écrit par : Pierre Jenni | vendredi, 22 mai 2015

ça tient au fait que la Ville est la seule collectivité publique qui finance le projet : si le canton (ou d'autres communes) le finançaient, le référendum pourrait être cantonal, mais comme ni le canton ni d'autres communes ne donnent un rond...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 22 mai 2015

Donc celui qui paie commande. Voilà qui devrait parler à Gandur and Co.

Écrit par : Pierre Jenni | vendredi, 22 mai 2015

Monsieur Holenweg, si je vous ai bien compris vous avez voté OUI au projet que vous combattez depuis le début. Connaissez-vous le mot cohérence? Vous suivez le mot d'ordre du groupe. Pour un soi-disant libertaire, cela vaut son pesant de cacahouètes, vous ne trouvez pas?

Écrit par : Charles | vendredi, 22 mai 2015

Pas de cacahouètes, de couleuvres...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 22 mai 2015

J'essaie de suivre. Et je résume ce que j'ai compris.
Etre socialiste de nos jours, c'est faire preuve de pragmatisme. Soit de rejoindre un groupe gouvernemental qui travaille en principe avec la droite pour faire l'impasse aux extrêmes, mais surtout aux populistes.
Un Pascal Hollenweg, à son âge, et avec son expérience, fait ce choix qui lui fait avaler des couleuvres. Il doit se sentir bien déchiré entre ses convictions profondes et les résultats qu'il peut escompter dans sa démarche politique.
A mon avis, il doit s'emmerder un peu et est devenu accroc à la chose publique qui lui donne l'impression de limiter les dégâts et d'être un tant soit peu utile.
Ce serait pourtant tellement bon de le voir se débrider et participer au changement. Avec Adrien Faure ils formeraient une équipe splendide.

Écrit par : Pierre Jenni | samedi, 23 mai 2015

Mes Timbres Postes et ceux de Gandur:
Lorsque par un élan de nostalgie , j'ouvre ma "Nouvel" commode , et que j'y redécouvre ma collection de timbres de mon enfance , je plonge dans la Haute Volta, le Dahomey, le Soudan ...du Sud etc.
Voilà toute ma collection mais celle de J-C Gandur semble curieusement absente du " débat" outre les abstraits post-expressionnistes, de nombreuses pièces à caractère antique susceptibles de marchandages n'apparaissent dans aucun document disponible
Les conditions de leurs acquisitions dans un marché plus que suspect , et avec Daesh :une surenchère spéculative , j'imagine qu 'un musée d'art à caractère Public offre une inestimable garantie d'authenticité et de légalité.
Pourquoi in Fine ne pas s'interroger sur l'insistance de Gandur de se coller au MAH plutôt que de développer une structure muséale spécifique comme Baur-Bodmer.?
Ce n'est certainement pas le prix du mètre carré de Bâtiment à Genève ....alors pourquoi?

Écrit par : briand | samedi, 23 mai 2015

"ce qu'il a ignoré (un débat sur le contenu culturel du projet)" Et là, cela s'appelle tirer sur un fil d'une pelote. Embrouillamini assuré. Surtout quand on devine un peu ce qui doit se passer à l'intérieur de ce château de Picsou que sont le port-franc. Le rôle actuel des musées semble être de servir de tremplin pour faire monter la valeur des oeuvres de certains artistes. Les responsables artistiques de ces musées sont devenus de simples managers à leur service...
(J'ai bien écrit "semble". Le prouver serait assez ardu...)
"insistance de Gandur de se coller au MAH plutôt que de développer une structure muséale spécifique comme Baur-Bodmer?" Le prix du m2 ET la situation ? Où le faire?

Écrit par : Géo | dimanche, 24 mai 2015

@ Géo- politique: La Surface financière de Gandur, devrait lui permettre de se jouer des m2 dans n'importe quel périmètre plus ou moins exposé de notre brave ville et malgré Prada- Hermes -Gucci et autre divinité .

Écrit par : briand | lundi, 25 mai 2015

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