mardi, 05 mai 2015

Elections municipales : promesses en solde, alliances en force et marges en toc

Condensé de postures...

Ces derniers jours de la campagne électorale pour les exécutifs des principales communes genevoises (sauf Vernier, qui y a pourvu dès le premier tour) ont condensé, épuré les postures politiques des droites locales (il va de soi que les postures de la gauche sont d'une clarté si aveuglante qu'il serait superfétatoire d'y ajouter quelque lumière que ce soit). A Onex, toutes les électrices et tous les électeurs ont reçu une lettre désespérée du Conseiller administratif sortant et craignant fort d'être sorti, Eric Stauffer, les suppliant de voter pour lui et leur faisant sept promesses qu'il serait bien en peine de tenir si d'aventure quiconque y prêtait la moindre foi -et si lui-même avait la moindre intention de les tenir. En Ville de Genève, c'est l'Entente PLR-PDC qui s'illustre par la quête désespérée de failles suffisantes dans l'Alternative (qui la devance de dix points au score du premier tour), pour pouvoir espérer combler un retard qui ne pourrait l'être que si un quart de tout l'électorat de gauche se mettait, unanimement, à biffer l'un ou l'autre (mais seulement celui-là ou celle-là) de ses candidat-e-s, sans qu'aucune électrice et aucun électeur de droite ne l'ajoute sur sa liste...


...la vieille fascination énamourée de l'Enfant de Marie pour le truand...

Onex.jpgA 14 voix d'une majorité absolue qu'elle ne regrette pas d'avoir de si peu ratée, car elle aurait démobilisé l'électorat socialiste pour le deuxième tour, la Maire socialiste d'Onex, et présidente du PS cantonal, se retrouve tête d'une liste commune avec la Verte Ruth Bänziger... et le PLR François Mumenthaler, voué (par la gauche) à bouter Gominator hors de l'exécutif municipal. Le « Front républicain » (on reprendra l'expression, devenue lieu commun, même si elle est inappropriée dans le cas d'une alliance électorale de circonstance entre la droite et la gauche), ça fonctionne : à Vernier, l'exercice déjà victorieux il y a quatre ans pour expulser le MCG Cerruti l'a été plus encore cette année avec l'élection au premier tour du socialiste, du Vert et du PLR. A Onex, Gominator, qui avait été élu il y a quatre ans faute d'une telle alliance de la gauche et de la droite démocratique, risque fort d'être éjecté de la municipalité cette année par cette alliance, qui devrait aussi empêcher l'élection à Lancy du luminescent président du CG, Roger Golay (craignons cependant toute présomption : ni à Onex, ni à Lancy on ne peut s'abstenir d'aller voter...)

Si le MCG disparaît des exécutifs municipaux genevois, on n'y verra pas une victoire de l'establishment politique, dont le MCG et ses candidats ne rêvent que de vouloir faire partie au même titre que ceux dont il joue à se distinguer... Il faut bien lui tordre le coup, à cette vieille crédulité que des forces politiques comme, à droite, l'UDC ou le MCG, et en face « Ensemble à Gauche », seraient à Genève dans les marges du livre ou les ornières du champ politiques  : ces forces sont toutes présentes dans les conseils municipaux et au Grand Conseil. L'UDC et le MCG sont présents au Conseil national. Le MCG est présent au Conseil d'Etat. «Ensemble à Gauche» a un Conseiller administratif en Ville et aura un siège au Conseil National... si elle ne fait pas de connerie. Toutes ces « marges » siègent dans les Conseils d'administration des grandes régies et entreprises publiques et dans les conseils de fondation des institutions culturelles municipales. De quoi sont-elles en marge ? De quelles prébendes, de quels privilèges sont-elles privées ? Elles bénéficient de toutes celles et de tous ceux qui correspondent à leur force électorale et à leur capacité d'accéder à des postes soumis à élection majoritaire.

Ce n'est pas que les marges politiques n'existent pas, ou qu'elles soient dépeuplées -mais elles sont hors des parlements, hors des exécutifs, hors des conseils d'administration et des conseils de fondation. Ni l'UDC, ni le MCG, ni « Ensemble à Gauche » ne sont dans cette situation, et le système politique de ce pays est formidablement intégrateur -et par là-même, annihilateur des radicalismes de droite comme de gauche : vous avez le quorum ? vous avez des sièges. Vous avez des sièges ? Vous avez des postes. Vous pouvez tenir pour le reste et la galerie les discours les plus vindicatifs contre le «système», vous êtes dedans, ambition réelle de ceux qui font mine de le dénoncer avec le plus de vigueur, en comptant pour donner quelque crédit à cette posture de trublion plébéien sur la vieille fascination énamourée de l'Enfant de Marie pour le truand. C'est pourtant bien avec les contrebandiers qu'on fait les meilleurs douaniers, le truand Vidocq finit chef de la Sûreté, et il n'y a pas plus bel exemple de notable politique aujourd'hui à Genève que Gominator, président «d'honneur» du deuxième parti du canton, magistrat (du moins jusqu'à dimanche prochain) d'une ville de 18'000 habitants, député au parlement cantonal, membre de Conseils d'administration d'entreprises publiques...

Sous les pavés, la place (à prendre)...

14:32 Publié dans élections, Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les Marges existent. Je les ai rencontrées. J'y ai même pris quelques notes. De façon plus sauvage, plus volatile, moins marmoréenne que dans la gravité d'un apparat critique, en bas de page.

Écrit par : Pascal Décaillet | mardi, 05 mai 2015

Gominator, Gominator ... plutôt Terminator ... le cow-boy d'Onex ... le Robocop ...
Son "gun" (arme) est toujours sur lui ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | mardi, 05 mai 2015

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