jeudi, 30 avril 2015

Hep, Taxi !

Genève : Conflit entre les taxis, le gouvernement et la société Uber : on essaie de comprendre (mais on n'est pas sûr d'y arriver)...

 

On essaie de comprendre quelque chose au conflit entre les taxis genevois, le gouvernement genevois et la société Uber, qui monnaie son activité d'intermédiaire par  smartphone entre des chauffeurs et des clients. On essaie, mais on n'est pas sûrs d'avoir tout compris. Le Service genevois du commerce a bien interdit au service de chauffeurs Uber X de cesser d'être actif, mais Uber X a fait celui qui n'a rien entendu et a continué de fonctionner malgré cette interdiction, en déposant un recours contre elle mais sans attendre un éventuel effet suspensif pour s'en contrefoutre ouvertement. Et le Conseiller d'Etat Maudet d'annoncer une nouvelle loi sur les taxis (la troisième en dix ans, dont une datant de l'année dernière, et inappliquée), fondée sur une « concurrence loyale », en assurant que « Uber devra s'y conformer ». Croix de bois, croix de fer.

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15:49 Publié dans Economie, Genève, Transports | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : taxis, uber | |  Facebook | | | |

mardi, 28 avril 2015

On peut encore sauver le Plaza

Remise d'une pétition au Conseil Municipal et au Conseil Administratif de la Ville de Genève

Cet après-midi, à 16 heures 30, devant l'Hôtel-de-Ville, on se rassemblera pour aller remettre au Conseil Municipal et au Conseil administratif de la Ville de Genève une pétition signée par 1500 personnes, pour sauver le cinéma «  Le Plaza » de la démolition. Inauguré en 1952, le Plaza était le plus grand cinéma genevois, avec ses 1250 places. Il est fermé depuis plus de onze ans, après qu'une programmation volontairement médiocre ait pu, en réduisant sa fréquentation, doner prétexte à cette fermeture.  Les propriétaires du bâtiment (racheté il y a une dizaine d'années à un fonds d'investissement) ont déposé en début d'année une demande d'autorisation de démolir la salle, sans projet de reconstruction, mais en annonçant qu'ils n'avaient pas l'intention d'en refaire une salle de cinéma.  Sans attendre la réponse à leur demande, ils ont commencé, et peut-être achevé, de la vider de son mobilier (notamment de ses sièges), de ses équipements intérieurs et de son matériel de projection.
    

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lundi, 27 avril 2015

Conseils municipaux genevois : les enseignements d'un rapport de forces

Une seule composante nous manque, et...

Les élections municipales genevoises ont renouvelé les parlements et vont renouveler les exécutifs de 45 communes qui ensemble forment le canton de Genève, mais qui ensemble ne regroupent que la moitié de la population de la Genève réelle (la fameuse « grande Genève »), moins du quart de sa superficie et à peine plus s'un cinquième de l'ensemble de ses communes. Peut-être est-ce là, aussi, l'une des explications possibles de la faible participation électorale : l'impression que l'on pourvoit à la représentation dans des instances politiques administrant un espace légal totalement insuffisdant à rendre compte de l'espace réel. C'est pourtant cet espace politique local, celui des communes, qui constitue la trame de cet espace politique réel, celui de 200 communes genevoises, vaudoises et françaises. Cela posé, revenons sur ces élections, sur le rapport de force qu'elles signalent entre la gauche (toute la gauche) et la droite (toute la droite) -et sur ce dont ce rapport de force est le symptôme : celui d'une absence... Une seule composante (de la gauche) vous manque, et tout est déséquilibré...

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jeudi, 23 avril 2015

Centenaire du génocide arménien : quand les Kurdes donnent l'exemple

Arménie, génocide. négationnismeDemain, on commémorera le centenaire du génocide arménien. On le commémorera à Erevan, on le commémorera à Berne, et à Diyarbakir, au Kurdistan turc. En Suisse, la négation de ce génocide, et la complaisance à l'égard des négationnistes (celle, par exemple, du gouvernement genevois et du gouvernement suisse, dans la navrante polémique sur le lieu d'installation d'un mémorial de ce génocide -et  de tous les autres) perdure, faisant insulte aux Arméniens, aux victimes du génocide, aux rescapés, à leurs descendants, mais aussi au peuple turc, que l'on considère comme incapable de regarder sa propre histoire en face, et au peuple suisse lui-même, et aux Genevois, rendus complices d'une lâcheté intellectuelle et politique inacceptable (dans une ville qui fut l'un des foyers de la naissance du mouvement national arménien). Aux côtés d'intellectuels, d'artistes, de journalistes turcs, aux côtés d'Arméniens qui se rendent en Turquie sur les lieux où vivait leur peuple et où il a été massacré, le peuple kurde de Turquie, lui, avec ses organisations et ses porte-paroles, regarde désormais en face, et assume, son histoire, avec tout ce qu'elle contient. Demain vendredi, à 17 heures à Berne (Casinoplatz), une manifestation exigera du Conseil fédéral et de la Turquie la reconnaissance du génocide arménien. Comme les Kurdes de Turquie, aujourd'hui, en donnent l'exemple, et la leçon à nos propres gouvernants.

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mercredi, 22 avril 2015

Election de la Municipalité de Genève : désolés, on est rassemblés...

Le PS a fait dimanche en Ville de Genève son meilleur résultat depuis plus d'un demi-siècle (depuis 1963, très exactement, où, "effet Chavanne" aidant, il avait obtenu 25 % des suffrages et 21 sièges), mais la légère euphorie que cela peut susciter ne doit pas nous empêcher de passer à autre chose. Au "rassemblement des forces de gauche" -bref, à la liste commune de l'Alternative pour la Municipalité de Genève. Avec les quatre magistrats sortants. La "Tribune de Genève" et "Le Temps" avaient entendu que "dans les rangs socialiste, on susurre préférer travailler avec un libéral-radical plutôt qu'avec le franc-tireur Pagani, complètement imprévisible et a-collégial" ? ça devait pas "susurrer" assez clairement, alors, parce que c'est à l'unanimité que l'Assemblée générale du PS de la Ville a décidé de confirmer une position déjà prise depuis six mois, celle de la liste commune avec les Verts et "Ensemble à Gauche". Et donc avec Pagani... Désolés, on est unis.

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mardi, 21 avril 2015

A propos d'un "ventre toujours fécond" : Permanences et séductions de l'extrême-droite

Des années trente nous reviennent aujourd'hui, relevait récemment le Maire de Genève, Sami Kanaan, "la tendance à stigmatiser entre eux les gens dans le besoin", à les dresser les uns contre les autres dans une concurrence à l'emploi, au logement, aux papiers. Pour l'extrême-droite, cette "tendance" est plus qu'une "tendance" : c'est le coeur de son discours et de ses pratiques, même quand elle euphémise le premier et fait porter la responsabilité. des secondes à quelques éléments "incontrôlés". Pour le reste, que le bouc-émissaire soit l'immigrant, le musulman (le chrétien fait le même usage pour les extrême-droites dans les pays musulmans), le frontalier ou le Rrom, le discours est le même, les pratiques aussi, et les tentations opportunistes d'une partie de la droite démocratique à l'égard de l'électorat de l'extrême-droite, les mêmes aussi. A Genève, dimanche dernier, un coup d'arrêt a été donné à la progression de cette nuisance -mais il n'a pas réduit ces tentations à néant, et quelques ambitions de s'asseoir dans un siège d'exécutif municipal se sont explicitement accompagnées d'appels du pied (droit) à cet électorat, qu'il est indispensable d'intégrer dans une putative "majorité de droite" (allant du PDC au MCG) si l'on veut contester à la gauche de pouvoir rester majoritaire... Bricolages arithmétiques, certes, mais à fort contenu politique : pour cette droite-là, comme l'argent, les votes n'ont pas d'odeur...

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lundi, 20 avril 2015

Elections Municipales genevoises : et d'un tour de passé. Ouf !

gauche,ville de genève,municipalesEt alors ? Et oualà !

On ne s'était risqué à aucun pronostic sur le résultat du premier tour des Municipales genevoises : avec deux tiers d'abstentionnistes en Ville et dans les grandes communes, toute prévision tient de la prédiction cartomancienne... L'enjeu de ce premier tour des élections, en Ville de Genève, était d'abord de savoir si la gauche allait ou non regagner une majorité au Conseil Municipal : là encore, quand chaque siège gagné ou perdu l'est pour quelques bulletins et que la majorité se joue à un, deux ou trois sièges, une élection avec 35 % de participation se joue quasiment à pile ou face. Pile la gauche, face la droite... Aujourd'hui, c'est face : malgré la progression du PS, la gauche perd deux sièges du fait du recul des Verts et d'« Ensemble à Gauche », et la droite devient réellement majoritaire. Maintenant, place au deuxième tour de l'élection des exécutifs municipaux : dans le système genevois, ce sont eux, en réalité, qui détiennent l'essentiel du pouvoir local...

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vendredi, 17 avril 2015

Migration, asile : le tombeau méditerranéen et le tombereau européen

Passer de la compassion à la solidarité

Dimanche dernier, 400 des 550 immigrants entassés sur un rafiot parti de Libye pour l'Italie ont péri en mer, au large de la Calabre. Depuis le début de l'année, un millier d'immigrants se sont noyés au large de l'Italie et de ses îles. En moins d'une semaine, depuis samedi dernier, 10'000 immigrants ont été récupérés vivants par les garde-côtes italiens, mais il manque au moins 6500 places d'accueil en Italie, où 170'000 personnes ont accosté en 2014, et  où on en attend le double cette année. "L'italie est sous pression, nous devons l'aider", a déclaré le commissaire européen à l'immigration, Dimitris Avramopoulos. Aider l'Italie ou aider les immigrants ? Le choix européen est clair : le passage de l'opération italienne Mare Nostrum à l'opération européenne Frontex le signalait déjà : la première avait pour objectif de sauver des vies, la seconde a pour objectif de surveiller les frontières de l'"espace Schengen". Qu'ils se noient, mais pas dans nos eaux. La Méditerranée peut être leur tombeau, nous serons leur tombereau. Et dans ce "nous", il y a aussi "nous, la Suisse"... où nous arrivons à empêcher des expulsions, mais une à une, ou l'évacuation d'une église occupée par des requérants, mais pas à passer de la défense de cas individuels à celle d'un principe général : le droit d'asile. Or tout l'enjeu de la défense de ce droit fondamental est là : passer de la compassion à l'égard de quelques personnes à la solidarité avec des milliers de migrants. De préférence lorsqu'ils sont encore vivants.

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15:34 Publié dans Immigration, Suisse | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : asile, migrations, frontex | |  Facebook | | | |

mercredi, 15 avril 2015

Apolitique genevoise des transports et de la « mobilité » : Laissez passer la meule à Lulu !

motard.jpgSous prétexte de « fluidifier le trafic », le Conseiller d'Etat Luc Barthassat propose d'autoriser les deux-roues motorisés à utiliser les couloirs des bus. Ni la police ni les TPG n'avaient été informés de l'idée géniale du génial Conseiller d'Etat avant qu'il la rende publique. Lulu roule à moto, donc Lulu veut autoriser les motos à rouler sur les voies TPG. Si Lulu se déplaçait en char à bœufs, il autoriserait les chars à boeufs sur les autoroutes, et s'il se déplaçait à dos de chameau il autoriserait les caravanes chamelières dans les rues basses, mais comme il roule à moto, les motos auront le droit d'emmerder les bus. C'est la nouvelle rédaction du grotesque prédicat constitutionnel sur la « liberté du choix du mode de transport » : la liberté de Lulu du choix de Lulu du mode de transport de Lulu. Faut bien que ça serve à Lulu que Lulu soit conseiller d'Etat...

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16:40 Publié dans Genève, Transports, urbanisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : circulation, luc barthassat | |  Facebook | | | |

mardi, 14 avril 2015

Pakistan : quand la lutte syndicale est considérée comme du « terrorisme »

Nécessaire solidarité internationale

Au Pakistan, être militant-e syndical-e, c'est non seulement être victime de pressions de toutes natures, mais aussi de violences, de déni de justice, être traîné devant les tribunaux sous l'accusation délirante de violer une loi antiterroriste. Les organisations syndicales sont déclarées illégales, les actions syndicales sont criminalisées. Un soutien international, politique et matériel, leur est donc nécessaire, et est nécessaire aux militantes et militants syndicaux victimes de cette répression multiforme et permanente. C'est à ce soutien qu'appelle le SOLIFONDS : répondez-y   !
SOLIFONDS CP 8031 Zurich -  mail@solifonds.chwww.solifonds.ch
- CP 80-7761-7

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20:25 Publié dans Solidarité, syndicats | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pakistan, solifonds | |  Facebook | | | |

vendredi, 10 avril 2015

Création de l'Union des Villes Genevoises : Enfin !

commune.jpg"La nouvelle répartition des tâches entre le canton et les communes devra aboutir à l'élargissement des compétences communales et à la reconnaissance du statut de ville-centre de Genève", a averti la Conseillère administrative Sandrine Salerno, en présentant les comptes (bénéficiaires) de la Ville pour 2014. C'est peu de dire que l'intention du Conseil d'Etat n'est pas franchement à l'unission des souhaits de la ville-centre et de ceux des autres villes du canton, les six plus importantes d'entre elles (Genève, Vernier, Lancy, Meyrin, Carouge, Onex, rassemblant entre les six plus des deux tiers de la population de tout le canton) ayant créé, le 28 mars, leur propre association, l'Union des Villes Genevoises, non pas concurrente mais complémentaire de l'institutionnelle Association des communes genevoises dominée par les petites communes rurbaines. 
A la création de l'Union des Villes Genevoises, ses initiateurs avaient invité huit autres communes que les six qui, finalement, ont porté la nouvelle association sur les fonds baptismaux politiques, mais ces huit communes, toutes de moins de 15'000 habitants et toutes dirigées par des majorités de droite, ont décliné l'invitation, alors même que certaines voix (comme celle de la magistrate PLR de Chêne-Bougeries, Beatriz de Candolle) y avaient salué plutôt positivement l'initiative des villes. Car celle-ci s'adressait à toutes les communes répondant à des critères purement objectifs, indépendants des rapports de force politique, mais reposant sur la population (plus de 10'000 habitants) ou la densité (plus de 1500 habitants au kilomètre carré) déjà atteintes ou devant l'être à court terme, comme à Confignon ou Chêne-Bourg. Bref, ce qu'il s'agissait de créer n'était pas, et ce qui a été créé n'est pas, une "Union des Villes de Gauche", mais une "Union des Villes Genevoises". Enfin !

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16:30 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : communes, répartition des tâches, villes | |  Facebook | | | |

mercredi, 08 avril 2015

"Charlie Hebdo" et la liberté d'expression, trois mois après : Changement de débat ?

Trois mois après le massacre de "Charlie Hebdo" et la mobilisation, massive, en faveur de la liberté d'expression, sous sa forme la plus absolue -le droit de tout dire, de tout écrire, de tout dessiner, la prudence a pris le pas sur la virulence libertaire -à vrai dire, sitôt l'émotion retombée et les grandes manifestations dispersées, le temps de l'incertitude était venu : le Mémorial de Caen a reporté de six mois ses Rencontres sur le dessin de presse, le temps, dit-il, de les "repenser sur le fond comme sur la forme", une exposition consacrée à "Charlie Hebdo" au Musée Hervé de Louvain, en Belgique, a été annulée. Ce repli n'est cependant pas général : à l'automne, le village de Saint-Juste-le-Martel redeviendra comme chaque année la capitale du dessin de presse, car y renoncer "serait donner raison aux terroristes". La dessinatrice tunisienne Nadia Khiari résume : "si on arrête (...), c'est fini, les terroristes ont gagné". Et puis, après le massacre et le formidable mouvement de soutien dont les survivants du journal, et le journal lui-même, ont bénéficié, "Charlie" est l'enjeu d'un autre débat, sur sa gestion, celle de son capital et celle de sa "gouvernance", pour causer novlangue...

"Le blasphème fait partie des droits de l'homme, l'humour fait partie des vertus"

Des membres de l'équipe de "Charlie Hebdo" ont créé une association réclamant un fonctionnement plus collectif et plus transparent du journal, au fonctionnement très "familial", avec trois directeurs-actionnaires concentrant les pouvoirs, et sans sociétés des rédacteurs. Détenu à 20 % par son directeur financier, Eric Portheault, à 40 % par son directeur de publication, Riss, et 40 % par les parents de Charb, son directeur assassiné le 7 janvier, "Charlie" a reçu, depuis l'attentat dont il a été victime, plus de quinze millions d'euros et de produit de ses ventes (plusieurs millions d'exemplaires pour le numéro suivant l'attentat, plusieurs centaines de milliers ensuite). Le collectif qui s'est créé, pour d'une certaine manière mettre le fonctionnement du journal en accord avec ses idées libertaires, voudrait ouvrir le capital à un actionnariat des salariés, et assurer la transparence de projets qui font consensus entre le collectif et les propriétaires-dirigeants de "Charlie" : répartir les dons reçus après l'attentat, entre les blessés et les familles des victimes, et créer une fondation destinée à soutenir le dessin de presse en France et dans le monde. Car un tel soutien est, aujourd'hui plus que jamais, nécessaire : l'autocensure sous la menace se répand un peu partout, avec son corollaire : les menaces légales contre la liberté d'expression...

Ainsi, le gouvernement français veut-il "sortir" le délit (et sa répression) de parole raciste (y compris antisémite) du droit de la presse pour l'intégrer au Code pénal, conformément au principe que "le racisme n'est pas une opinion mais un délit". Une "stupidité juridique" selon le président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme, Henri Leclerc. Une stupidité et un danger : entre les mains d'un pouvoir politique peu soucieux de l'indépendance des juges et du pluralisme des convictions, le racisme serait bientôt rejoint dans la liste des "opinions" devenant des "délits" par toutes les opinions jugées dangereuses, par le pouvoir lui-même. Les "lois scélérates" frappant les anarchistes au début du siècle procédaient déjà de ce type de dérive. La loi française sur la presse fixe pourtant déjà des limites à la liberté d'expression en précisant que tout citoyen devra répondre de "l'abus de cette liberté" dans les cas déterminés par la loi. Or le racisme est précisément l'un de ces cas (il est sanctionné par le code pénal comme un délit), et ceux qui ont provoqué à la haine raciale peuvent même, si cette provocation a eu pour effet la commission d'un crime, être condamnés à perpétuité... Cela devrait suffire... d'autant que la répression  de l'expression du racisme ne fait pas disparaître le racisme.

Le droit suisse pose à la liberté d'expression les mêmes limites que le droit français : la discrimination raciale, la liberté religieuse (encore qu'on voit mal comment une expression puisse entraver la liberté religieuse, si on voit fort bien en quoi elle peut indigner ceux contre la foi de qui elle est exercée), la provocation publique au crime ou à la violence. Et c'est à chaque fois au juge de dire si ces limites ont ou non été franchies, comme il vient de le dire en France à Dieudonné, déjà condamné par le passé pour injures (comme d'ailleurs "Charlie Hebdo" l'a été), provocation à la haine ou à la discrimination raciale (ce pourquoi Charlie n'a en revanche jamais été condamné, ne pratiquant pas ce genre de discours). Il n'y a donc pas "deux poids, deux mesures" entre la mobilisation autour de "Charlie Hebdo", pour la liberté d'expression, et les poursuites contre Dieudonné, d'abord parce qu'il y a quelque différence entre se faire assassiner à la kalachnikov et se retrouver, défendu par des avocats, dans un tribunal d'un Etat de droit, entre une exécution sans jugement et un jugement sujet à appel et recours.  Le droit français, comme le droit suisse et celui de la plupart des Etats démocratiques, protège les individus, pas leurs croyances. Il protège les sujets de droit, et les religions n'en sont pas. Il protège une liberté d'expression inaliénable et illimitée dans sa substance mais pas dans son exercice : ma liberté d'expression n'est pas plus absolue que celle de mon adversaire ou de mon ennemi.

"La liberté de tout dire n'a d'ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire" disait Jean-Paul Marat, qui ne se privait pas de "tout dire"... plus posée, la Cour européenne de droits de l'homme précise que la liberté d'expression implique celle d'exprimer des idées choquantes et inacceptables pour l'Etat ou une partie de l'opinion publique, mais l'ancienne conseillère nationale libérale Suzette Sandoz ne croit pas que l'on puisse "prétendre imposer au monde entier, d'un coup de baguette magique, le respect d'une liberté que nous avons mis beaucoup de temps à comprendre et à accepter". Or, s'agissant de la liberté d'expression, il ne s'agit nullement d'imposer une liberté aux autres -une liberté ne peut d'ailleurs être imposée, elle ne peut que se prendre- il s'agit d'abord de la défendre pour nous, ce qui, pour peut que l'on admet le principe selon lequel "les autres ont toutes les libertés que l'on se reconnaît à soi-même". Cette liberté que l'on revendique pour nous (et donc pour les autres), on ne la défendra pas si on renonce à l'exercer pour ne pas froisser ceux qui n'en veulent pas... Et quand le directeur du Mémorial de Caen, qui a reporté de six mois ses Rencontres sur le dessin de presse, le temps, dit-il, de les "repenser sur le fond comme sur la forme, observe que "nous avons une manière d'appréhender le dessin de presse qui n'est pas partagée dans le monde entier", il ne fait que poser un constat d'évidence, duquel ne saurait découler une autocensure quelconque, sauf à admettre que la "manière d'appréhender le dessin de presse" ailleurs doit s'imposer, sans réciprocité aucune, à la manière de l'appréhender ici.

André Comte-Sponville, pour qui "le blasphème fait partie des droits de l'homme, l'humour fait partie des vertus", note, fort justement, que "les fanatiques n'acceptent jamais l'humour", surtout, évidemment, "lorsqu'il porte sur ce qu'eux-mêmes jugent sacré". Et d'en conclure, fort justement, que c'est là une "raison de plus pour rire d'eux, de leur sérieux et de leurs idoles". A la condition, nécessaire à la légitimité de notre rire, que nous soyons aussi capables de rire de nous, de notre sérieux (ou de son absence) et de nos idoles, si nous en avons. Y compris de "Charlie", donc.

17:18 Publié dans Droits de l'Homme, Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : charlie hebdo, liberté d'expression | |  Facebook | | | |

mardi, 07 avril 2015

FC Servette et Stade de la Praille : y'en a qui manquent pas d'air

Le Servette Football club est en cessation de paiement, les salaires des joueurs n'ont pas été payés en mars, les fournisseurs non plus, le spectre rigolard de la faillite, qui avait déjà survolé le trou de la Praille à plusieurs reprises, y refait un petit tour, il manque 400'000 balles pour mars, quatre millions et demi pour la saison, le club risque de ne pas obtenir sa licence pour la saison prochaine et de se retrouver en ligue plébéienne, son président (qui est aussi le président de la société d'exploitation du stade) sonne le tocsin et en appelle aux fonds publics, comme d'hab'... Et il faudrait qu'on s'émeuve ? On est plutôt enclins à ricaner, là... surtout quand on lit dans la "Julie" ce titre : "Le SOS de Servette agace le pouvoir politique" (sauf Gominator, qui est prêt à siphonner les caisses publiques de tout ce Quennec demande). "Agacé", les "politiques" ? C'est le moment... nous, on avait plutôt souvenance que la plupart d'entre eux  avaient pour le Servette FC le Stade de la Praille des yeux bien plus énamourés qu'"agacés"...

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14:02 Publié dans Genève, Sports | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : football, servette, sfc, stade de genève | |  Facebook | | | |

jeudi, 02 avril 2015

"Plaza" : frères Lumière et frères Pénombre"

façade Plaza.jpg

Il y a, quelque part du côté de Rolle, un vieux cinéaste ironique et ronchonnant qui, dans ses "histoire(s) du cinéma", effeuille "toutes les histoires", "une histoire seule"... "seul le cinéma", "fatale beauté"... "la monnaie de l'absolu", "une vague nouvelle"... "le contrôle de l'univers", "les signes parmi nous"... effeuillons alors par les mêmes mots, non des histoires de cinéma, mais l'histoire d'un cinéma, d'une salle de cinéma que l'on voudrait condamner et démolir, et que nous voulons sauver -l'une des plus belles salles de Genève : le Plaza...
Le cinéma, ça se projette quelque part. Sur un écran plus grand que le spectateur. Avec des images plus grandes que ceux qui les regardent. On n'est pas devant une télé, on est dans une histoire, enveloppé par elle, par l'image, par le mouvement. Quant le train filmé par les frères Lumière arrivait sur l'écran, des spectateurs prenaient peur. D'ailleurs, comme dirait Godard (il l'a d'ailleurs presque dit comme cela), ce n'est sûrement pas un hasard si les inventeurs du cinéma s'appelaient les frères Lumière et pas les frères Pénombre.

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21:11 Publié dans Culture, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, le plaza | |  Facebook | | | |

mercredi, 01 avril 2015

Elections départementales française : la gauche fait gagner la droite

front contre Front

101 Conseils généraux devenant Conseils départementaux (un par département sauf pour Paris et Lyon) ont été renouvelés (sauf en outre-mer), par une élection tenue dans 2054 cantons (deux fois moins qu'en 2013), chacun ayant deux représentants, obligatoirement un homme et une femme (présentés en binôme sur la même liste, ce qui a forcé les partis à présenter des candidates, alors que les femmes n'occupent que 13 % des sièges des actuels Conseils généraux). Pour les 4108 sièges disponibles dans les conseils départementaux, plus de 18'000 candidats se sont présentés.  Au premier tour (celui où l'on choisit, le deuxième tour étant celui de l'élimination...), la droite démocratique (UMP et alliés) était sortie en tête, devant le Front National et le PS, qui avait certes limité les dégâts mais ne pouvait guère se prévaloir que de cela. Dans environ 500 cantons, la gauche (au sens large) avait été éliminée au premier tour, et devait se résoudre à appeler soutenir les candidates et candidats de l'UMP ou d'une autre formation de droite, pour éviter l'élection d'un "binôme" frontiste. Dès lors, Naboléon a beau sauter (comme un cabri) sur tous les micros pour proclamer que l'"alternance est en marche et que rien ne pourra l'arrêter", ni elle, lui, le succès de sa formation (qu'il récupère à son profit exclusif) est dû en grande partie au "vote républicain" de la gauche, comme lors de la rééelection triomphale de Chirac devant Papy Le Pen... Ce fut donc front (républicain) contre Front (national). 
    

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21:26 Publié dans élections, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : départementales, ps | |  Facebook | | | |