mercredi, 22 avril 2015

Election de la Municipalité de Genève : désolés, on est rassemblés...

Le PS a fait dimanche en Ville de Genève son meilleur résultat depuis plus d'un demi-siècle (depuis 1963, très exactement, où, "effet Chavanne" aidant, il avait obtenu 25 % des suffrages et 21 sièges), mais la légère euphorie que cela peut susciter ne doit pas nous empêcher de passer à autre chose. Au "rassemblement des forces de gauche" -bref, à la liste commune de l'Alternative pour la Municipalité de Genève. Avec les quatre magistrats sortants. La "Tribune de Genève" et "Le Temps" avaient entendu que "dans les rangs socialiste, on susurre préférer travailler avec un libéral-radical plutôt qu'avec le franc-tireur Pagani, complètement imprévisible et a-collégial" ? ça devait pas "susurrer" assez clairement, alors, parce que c'est à l'unanimité que l'Assemblée générale du PS de la Ville a décidé de confirmer une position déjà prise depuis six mois, celle de la liste commune avec les Verts et "Ensemble à Gauche". Et donc avec Pagani... Désolés, on est unis.


 

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On est dans le camp des bons, des gentils, des bisounours, c'est entendu, mais faut quand même pas pousser.

Depuis dimanche, il n'y a plus aucun Conseil Municipal dans le canton où la gauche soit majoritaire, même si, dans toutes les villes, à commencer par celle de Genève, la droite n'est majoritaire que si on y inclut le MCG, et qu'on tire définitivement un trait sur la posture "ni gauche, ni droite" de ce parti, et sur sa prétention à l'indépendance -c'est à lui de choisir s'il accepte d'être ou non le supplétif de l'Entente, pas à nous de lui dire ce qu'il doit faire -le lui dirions-nous qu'il serait d'ailleurs tenté de faire le contraire.  En Ville de Genève, la gauche pèse, depuis le 19 avril et en gros, 44 % des suffrages, la droite démocratique (PLR, PDC, Verts libéraux et PBD) 35, %, la droite de la droite et l'extrême-droite (UDC, MCG), 21 %. En sièges, cela nous donne 37 sièges pour la gauche (l'Alternative), 26 sièges pour la droite démocratique (l'Entente) et 17 sièges pour la droite de la droite (la "Nouvelle Force")... En 2003, la gauche était majoritaire en sièges et en suffrages. Et détenait quatre sièges au Conseil administratif. Parce que le peuple municipal en avait voulu ainsi. En 2007, elle perdait la majorité des suffrages mais gardait la majorité des sièges. Dont, toujours, quatre sièges au Conseil administratif. Parce que le peuple municipal avait voulu ainsi  En 2011, elle perdait la majorité des sièges au Conseil Municipal, mais gardait ses quatre sièges au Conseil administratif. Parce que le peuple municipal en avait voulu ainsi. En 2015, elle n'est plus majoritaire ni en suffrages, ni en sièges, mais elle revendique toujours le maintien de ses quatre sièges au Conseil administratif, si le peuple en veut toujours ainsi, parce que dans la mesure où elle se coalise dans l'"Alternative", elle représente toujours la majorité relative de l'électorat et du parlement, et en réalité la seule majorité possible, sauf à croire qu'il y ait quelque cohérence durable à vouloir coaliser le PDC et le MCG dans un même conglomérat (en notant au passage que le bon résultat du PDC en Ville ne permet plus au PLR d'en faire son partenaire mineur, à piétiner avant usage et à oublier après... ).

L'Alternative n'est plus majoritaire au Conseil Municipal ? et alors ? Elle reste l'alliance la plus forte, l'alliance de majorité relative, à quatre sièges de la majorité absolue, mais avec onze sièges de plus que l'Entente et vingt sièges de plus que l'UDC-MCG... Il n'y a pas de majorité au Conseil Municipal. La seule majorité possible est celle, au Conseil administratif, de la gauche -de toute la gauche, pas seulement du PS et des Verts. Et donc, aussi, d'"Ensemble à Gauche". Telle qu'elle est, non telle qu'on voudrait qu'elle soit. Avec le candidat qu'elle présente, tel qu'il est, non telle qu'on aurait rêvé qu'elle soit. D'ailleurs, lorsque pendant trois mois, le PS a tenté de convaincre "Ensemble à Gauche" de rallier la liste commune, c'était bien de ce candidat-là, Rémy Pagani, dont il était question, et pas d'un (ou d'une) autre. Peu importe dès lors les regrets que l'on puisse nourrir sur la candidature présentée par EàG, c'est cette candidature qu'EàG présente, et c'est avec EàG qu'on fait alliance, pas avec Rémy Pagani tout seul.

Il aurait été totalement incompréhensible que le PS ne soutienne plus la position qu'il avait lui-même soutenue pendant des mois, comme d'ailleurs les Verts, avant qu'"Ensemble à Gauche" ne décide de partir toute seule au premier tour, pour s'y planter. Il y a tout de même un minimum de cohérence à respecter : on ne peut pas prêcher l'unité pendant des mois à qui n'en veut pas pour ensuite la refuser quand ceux qui la dédaignaient s'aperçoivent qu'elle leur est plus indispensable encore qu'à nous. Additionner tous les électorats de gauche en leur présentant une liste commune à toutes les formations de gauche désireuses d'être représentées au Conseil administratif relève d'abord de l'arithmétique élémentaire : si le candidat d'Ensemble à Gauche n'était pas porté sur une liste unique mais ne se retrouvait que sur celle de sa seule coalition, fragilisée par le résultat de son "Alleingang" du premier tour et la perte de sièges qui s'en est suivie au Conseil Municipal, sa candidature aurait été condamnée à un échec d'autant plus lourd, symboliquement (et donc politiquement puisque la politique se nourrit aussi de symboles) qu'il est magistrat sortant et qu'il a été Maire de Genève.

Enfin, il y a les enjeux de la "législature" qui s'ouvre, et ils sont considérables : quand il s'agira de relever celui des réformes et contre-réformes fiscales qui se mitonnent dans les marmites de la droite cantonale et fédérale, ou celui d'une nouvelle "répartition des tâches entre le canton et les communes" dont il apparaît de plus en plus clairement qu'elle a pour objectifs essentiels de siphonner les ressources financières des communes pour boucher les trous creusés dans celles du canton, et de transformer les communes en général, les villes et particulier, et tout spécialement celle de Genève, en simples administrations d'exécution des décisions cantonales, qui, à gauche (et au-delà) peut sérieusement, une fois dissipées les rognes personnelles, préférer un magistrat PLR ou UDC (on sera charitablement d'un mutisme compassionnel s'agissant des candidatures MCG) à un magistrat de gauche ? La politique du logement et de l'aménagement prônée par le PLR à celle menée par Rémy Pagani ? La politique culturelle et la politique sociale défendue par l'UDC à celle défendue par l'Alternative ?

La droite (et apparemment certains au sein même de la gauche) considère que quatre magistrat-e-s de l'Alternative sur cinq, c'est trop ? On lui rappellera alors que le Conseil administratif n'est pas élu à la proportionnelle mais à la majoritaire, que c'est la Constitution qui en a décidé ainsi, que la droite a soutenu cette constitution, que si la droite n'était pas d'accord avec ce système d'élection des exécutifs municipaux, il lui était loisible d'en changer (elle était majoritaire à la Constituante), que s'il y a quatre magistrats-e-s de l'Alternative et un seul de l'Entente, c'est que les électrices et électeurs en ont décidé ainsi. Et que si la droite est infoutue de reprendre un siège à la gauche, ce n'est pas à la gauche de lui en faire cadeau, mais à la droite elle-même de se débrouiller pour s'y faire élire...

On est dans le camp des bons, des gentils, des bisounours, c'est entendu, mais faut quand même pas pousser.

18:29 Publié dans élections, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, ville de genève | |  Facebook | | | |

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