jeudi, 12 mars 2015

Projet de la Nouvelle Comédie de Genève : Changer d'échelle, de rôle, d'ambition

Hier soir, les deux commissions municipales des travaux et de la culture étaient réunies ensemble pour auditionner le Conseil administratif, les représentants de la Fondation d'Art Dramatique et de l'Association pour une nouvelle Comédie, après qu'ait été déposée une motion de l'Alternative demandant à la Municipalité, comme cela fut fait à propos de la rénovation-extension du Musée d'Art et d'Histoire, de préciser les enjeux, les contenus et les ambitions culturelles du projet de « Nouvelle Comédie » dans le quartier de la Gare des Eaux-Vives (future gare du CEVA), projet pour lequel le Conseil administratif sollicite un crédit net de plus de 52 millions de francs (sur un total de plus de 98 millions, dont à déduire une participation cantonale proposée par le Conseil d'Etat, mais qui dépend d'un vote du Grand Conseil). Enjeu de taille : avec ce projet, la Comédie de Genève ne change pas seulement de lieu, mais surtout d'ambition, d'échelle et de rôle.


« On ne souffre point de Comédie à Genève...»

La Comédie de Genève, inaugurée en 1913,  fait bien son âge. Elle le faisait déjà en 1987, constatait Matthias Langhoff dans un remarquable rapport, et les quelques mesures de rénovation partielles accordées depuis n'ont pas permis de remédier à ses défauts structurels: un cadre et un plancher de scène inadaptés, une scène trop petite, une visibilité et une acoustique aléatoires, des installations scéniques et une machinerie vétustes, des décors malaisément accessibles, des espaces d'accueil (loges, foyer), des lieux de répétition et des ateliers en nombre et en espace insuffisants... La transformation, à la faveur de la réalisation du CEVA, de tout le quartier de la gare des Eaux-Vives, avec plusieurs centaines de nouveaux logements, une école, une crèche, des équipements sportifs, des espaces publics libérés de la circulation automobile, offrait l'opportunité d'implanter une nouvelle Comédie, succédant à l'ancienne. En 2009, le projet de l'Atelier FRES et de « Changement à vue » était retenu : deux salles de spectacles, des ateliers, des salles de répétition,  un café-restaurant, une librairie -bref, une véritable « Maison du Théâtre », une « fabrique pour les arts de la scène », une « ruche ») ouverte non seulement aux moments des spectacles mais pendant tout le temps où un public lui serait disponible. C'est le projet de La Nouvelle Comédie, devisé à 98 millions de francs, dont 52,62 millions à la charge de la Ville et 45 millions à la charge du canton.
C'est beaucoup,  98 millions ? c'est beaucoup moins que le coût total de la rénovation-extension proposée du Musée d'Art et d'Histoire, et c'est un coût assumé par les seules collectivités publiques. Il y a bien, un partenariat, mais pas un partenariat public-privé : un partenariat public-public. entre la Ville et le canton (pour autant que le Grand Conseil y consente). Si le financement du projet est accepté par le Conseil Municipal de la Ville et par le Grand Conseil, le chantier pourrait démarrer début 2016 et la Nouvelle Comédie ouvrir ses portes en 2018.

Changement d'échelle changement de rôle : on ne propose pas seulement de donner des moyens, des espaces, du personnel supplémentaire à la Comédie de Genève, on propose de changer sa place dans le tissu culturel genevois et la place du théâtre dans la cité. La Comédie comme institution publique deviendrait ce que le Grand Théâtre est pour l'art lyrique, l'OSR pour la musique symphonique ou ce que rêve d'être le Musée d'Art et d'Histoire  : une institution de référence pour tout un art,  toutes celles et tous ceux qui y oeuvrent, toute une forme d'expression. 
On ne construit pas un supermarché, on construit un théâtre.
A d'Alembert qui regrette qu'« On ne souffre point de Comédie à Genève», et presse la parvulissime République de se doter d'un théâtre et d'une troupe, Rousseau répond « Vous serez surement le premier Philosophe qui jamais ait excité un peuple libre, une petite Ville, et un Etat pauvre, à se charger d'un spectacle public », mais ce que Jean-Jacques abhorre, ce n'est pas le théâtre en tant que tel, c'est le spectacle qui se donne devant un public qui n'en est ni le sujet, ni l'objet; ni l'auteur, ni l'acteur : «n'adoptons point ces Spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur; qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l'inaction ».  Pour le Citoyen de Genève, le théâtre devrait être à Genève une fête (« Quoi ! ne faut-il donc aucun Spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup. C'est dans les Républiques qu'ils sont nés, c'est dans leur sein qu'on les voit briller avec un véritable air de fête »). Le théâtre peut cependant être autre chose, être ce qu'il était à Athènes (ou ce que des metteurs en scène comme José Lillo en font déjà à Genève) : le moment où la Cité dit elle-même à elle-même ce qu'elle fut, ce qu'elle est ou veut être, ses fautes et ses gloires, ses courages et ses lâchetés.
Si la Nouvelle Comédie pouvait jouer ce rôle irremplaçable, cela suffirait à la justifier et à justifier l'investissement que la Ville prévoit de lui consentir.

16:26 Publié dans Culture, Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : théâtre, nouvelle comédie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pas loin d'une gare "de triage" La Comédie nouvelle? un lieu que va rapidement hanter Matthias Langhoff ; ex chef de train.

Écrit par : briand | jeudi, 12 mars 2015

« Quoi ! ne faut-il donc aucun Spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup. C'est dans les Républiques qu'ils sont nés, c'est dans leur sein qu'on les voit briller avec un véritable air de fête »

On compte donc sur vous pour défendre la construction de la patinoire du Trèfle Blanc. Et pas seulement lorsque GSHC aura gagné le championnat !

Écrit par : PIerre Jenni | vendredi, 13 mars 2015

euh, ben, c'est-à-dire que...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 14 mars 2015

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