mardi, 10 mars 2015

Coupe du Monde de foot 2022, la FIFA tombe des nues : Ah bon, fait chaud au Qatar en été ?

En 2022, la Coupe du monde de foot se déroulera à la toute fin de l'automne, voire au tout début de l'hiver, alors qu'elle se déroule traditionnellement en  juin et au début de juillet. Pourquoi ce changement de calendrier ? un mot résume l'explication : Qatar. Parce que la Coupe du Monde 2022 a été achetée par le Qatar, et qu'en juin et juillet, au Qatar, il fait chaud. Très chaud. Ce que la FIFA feint d'avoir été la seule à ignorer. La « Task Force » de la coupole international du foot, chargée du calendrier international des matches entre 2018 et 2024 recommande donc au Comité exécutif de la FIFA de déplacer le Mondial d'une ou deux saisons, histoire de ne pas faire crever sur place les joueurs, le public et surtout les sponsors et les partenaires économiques. Que des centaines de travailleurs népalais et sri lankais soient morts au soleil qatari en construisant les infrastructures nécessaires à la « fête mondiale du foot » n'a en revanche guère d'importance : ce ne sont que des travailleurs, que des Népalais et Sri Lankais, et que des pauvres.


Les travailleurs tombent comme des mouches, mais que sont-ils d'autre ?

Juste avant noël dernier, le comité exécutif de la coupole du foot mondial, la FIFA, avait décidé de publier le rapport Garcia sur la corruption qui a marqué l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Le publier, mais pas tout de suite, puisque le comité précisait qu'il fallait d'abord que les enquêtes internes ouvertes contre cinq responsables de la FIFA soient bouclées. De là à supposer que la Coupole va prendre tout son temps pour les boucler et caviarder le rapport de ses passages les plus gênants, il n'y a qu'un pas assez facile à faire... Le rapport avait été remis en septembre par l'ancien procureur américain Michael Garcia à la «chambre d'éthique» (oui, ça existe. Mais ça doit être une chambre noire) de la FIFA, chambre qui avait certes admis des malversations, mais pas assez graves pour justifier une « désattribution » des Coupes au Qatar et à la Russie. Puis, en novembre, la FIFA avait déposé plainte devant la justice suisse (puisqu'elle est confortablement installée en Suisse, la FIFA, dont l'inamovible parrain, Sepp Blatter, est d'ailleurs suisse), laquelle justice se demande ce qu'elle doit faire de cette plainte. Et la commission des Affaires juridiques du parlement fédéral traite d'un projet de loi permettant la poursuite d'office des cas de corruption dans le secteur privé, y compris les fédération sportives. Vaste programme.

Avant sa désignation comme pays hôte du Mondial, désignation acquise (au sens le plus mercantile du terme), et pour pouvoir être désigné (l'achat de voix ne suffisait donc pas), le Qatar avait promis des stades climatisés pour que joueurs et public puissent supporter la fournaise de l'été dans le coin. Et une fois cette désignation acquise (au prix de quelques enveloppes et autres dessous de table), on s'est aperçu que cette promesse était impossible à tenir. Et comme il ne pouvait être question de fâcher l'émir, sa famille, ses obligés et son pognon, on ne pouvait pas revenir sur la désignation de son petit paradis comme hôte de la «fête mondiale du foot». Ne restait donc plus qu'une solution : la déplacer en hiver (ou à la toute fin de l'automne), autour de la période de l'Avent (mais ils s'en foutent, les Qataris, de l'Avent et de Noël) et avant que commencent les Jeux Olympiques d'hiver. Mais ce déplacement la fait entrer en concurrence avec les championnats nationaux, et il faudra probablement réduire la durée du Mondial et de la mobilisation des joueurs, pour ne pas se retrouver face à une opposition féroce des ligues européennes (l'anglaise et la française râlent déjà très, très fort), dont les clubs emploient les trois quarts des joueurs du Mondial, toutes équipes confondues.

Bref, tout se passe comme si la FIFA essayait de convaincre (mais de convaincre qui ?) qu'elle ne savait pas qu'on crevait de chaud au Qatar en été. En d'autres termes, les Blatter's boys jouent les andouilles (en bon français : essayent de passer pour des cons) pour échapper à leurs responsabilités. Pendant qu'au Qatar, les travailleurs qui construisent les arènes des jeux du cirque tombent comme des mouches. Mais sont-ils autre chose ?
En 2014, tous les deux jours, un travailleur est mort sur un chantier de la Coupe du monde de foot. Le Qatar a attiré des milliers de travailleurs népalais et sri lankais sur ces chantiers en leur faisant mille promesses. Pour leur confisquer leur passeport à leur arrivée au Qatar et les obliger à travailler ensuite sous une chaleur accablante, et homicide, sans possibilité de quitter légalement le pays.
Du moins vivants.

16:52 Publié dans Solidarité, Sports | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fifa, qatar, football, coupe du monde | |  Facebook | | | |

Commentaires

c'était déjà comme ça à Sotchi, chaleur en moins. Qui a boycotté ces jeux ? Je n'ai pas regardé une seule image malgré le matraquage. Mais bon, c'est facile, j'ai pas la télé.

Écrit par : PIerre Jenni | mardi, 10 mars 2015

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