jeudi, 05 mars 2015

Projet de nouvelle loi cantonale genevoise sur la police : On vote quoi, sur quoi, pourquoi ?

rhinos.jpgDimanche soir, on aura voté à Genève sur un projet de nouvelle loi sur la police, attaqué en référendum par l'extrême-droite, la gauche de la gauche et les syndicats. Et on a beaucoup hésité avant de voter (parce que de toute façon, on vote : un droit aussi précieux ne s'abandonne pas) : « Oui » comme notre parti préféré (le seul à vrai dire qui nous supporte) nous le recommande ? « blanc » parce que franchement, entre une loi obsolète et une loi contestable, on a un peu de peine à choisir ? « non » parce qu'on ne nous demande plus de voter une loi mais de plébisciter le Maudet en chef ? Doit-on calibrer notre vote au degré d'exaspération provoquée par les conneries débitées par les uns et les autres, et voter nul ? On ne vous dira pas ce qu'on a voté. D'abord, parce que vous êtes assez grand-e-s pour vous débrouiller tout seuls (la preuve, vous nous lisez). Ensuite, pour pouvoir se prévaloir dimanche d'être dans le camp des vainqueurs quel que soit le résultat du vote. Après tout, on est en campagne électorale, c'est pas le moment de se fâcher avec les quelques électeurs (et -trices) qui nous restent (et qui en ont bien du mérite).


Question simple, configuration politique claire, campagne rationnelle : on est bien à Genève en 2015

La loi genevoise en vigueur sur la police date de 1957, et on peut admettre qu'elle ait besoin d'un bon coup de plumeau. Reste à savoir si celui qui lui a été donné par une majorité du Grand Conseil l'a été au bon endroit et s'il n'a pas soulevé un peu de poussière que pour laisser retomber beaucoup de scories. Mais faut bien l'avouer : on en avait un peu marre des votations compliquées, avec des questions à tiroir, des mots d'ordre contradictoires et des alliances contre-nature... heureusement, le 8 mars à Genève on nous pose une question simple (acceptez-vous le nouvelle loi sur la police ?) dans une configuration politique claire, avec une campagne rationnelle pétrie d'arguments objectifs et de prises de positions d'une absolue cohérence.

On a d'abord la cheffe de la police qui chante les louanges de la nouvelle loi tout en déclarant qu'en tant que haut fonctionnaire elle n'a pas le droit d'appeler à la voter, et des policiers en exercice ou à la retraite qui appellent, eux, à ne pas la voter. On a ensuite le MCG qui combat la nouvelle loi après l'avoir soutenue, et agite le spectre d'une « politisation de la police » alors qu'il est tout fiérot qu'on le considère, avec son escouade de députés flics et anciens flics, comme « le parti de la police ». On a un comité qui combat la nouvelle loi parce qu'elle « favorise la criminalité et diminue la présence policière dans la rue » et un autre comité qui la combat parce qu'elle renforce la répression. On a la Migros qui reproche à « Ensemble à Gauche » de reprendre le visuel M-Budget pour combattre la loi, les syndicats de policiers qui appellent à voter « non » à la loi qu'ils avaient commencé par approuver, Pierre Maudet qui essaie de transformer la votation en plébiscite de son incontestable personne, les socialistes et les Verts qui appellent à voter une loi dont ils ont victorieusement attaqué des dispositions au Tribunal fédéral, une brochure officielle qui publie un texte de loi qui contient les articles annulés par le Tribunal fédéral, et des sites internet de campagne (policegeneve.ch et notrepolice.ch) qui ne disent pas d'où ils sortent (de la corpo de la police pour l'un, du PLR et du PDC pour l'autre).
On a enfin la Chambre genevoise immobilière qui appelle à voter la loi avec des arguments aussi forts que « cette loi n'a rien de révolutionnaire » et « le processus lié à la nouvelle loi aura permis de clarifier et de figer la pratique actuelle consistant à réserver la fonction de policier aux seuls citoyens suisses » (même s'ils habitent en France ? même...). Voter une nouvelle loi qui n'a rien de révolutionnaire parce que la révision de l'ancienne a permis de figer la pratique actuelle : enthousiasmant, non ? ben non...

Mais enfin, de quoi se plaint-on à propos de « notre police » (ouais, parait que c'est la nôtre) ? On a quand même à Genève la première police connue depuis Barcelone en 1936, qui soit autogérée par les syndicats, et qui ait eu la peau (politique) de trois ministres de tutelle... Bon, les syndicats de policiers ressemblent plutôt à des corporations, et alors ? la corpo policière genevoise, c'est peut-être le masque d'un mouvement anar, et la prétention du MCG à être le « parti de la police » un gros mensonge. La preuve : un quart des effectifs de la police genevoise habite en France. Franchement, est-ce qu'un parti qui insulte une commune en la proclamant « commune sans frontaliers » comme naguère des communes se targuaient d'être « sans juifs », pourrait être le parti d'une corporation composée à 25 % de frontaliers, tout en reprochant à la nouvelle loi de ne pas exclure l'engagement de policiers frontaliers ? Il faudrait vraiment qu'il prenne les gens pour des cons, ce parti. Et c'est pas son genre. Pas du tout. Jamais. Nulle part. Ni à Onex, ni à propos de la police.

16:09 Publié dans Genève, Politique, votations | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : police | |  Facebook | | | |

Commentaires

Si les flics ont niqués trois ministres, les taxis s'en sont fait cinq.
Tant que nos élus persisteront à nous enfiler des textes qui ne répondent pas aux problèmes dénoncés ça ne pourra pas fonctionner.
C'est con, mais dimanche, Maudet aura son plébiscite. Pour la simple et bonne raison que le souverain n'y comprend rien.

Écrit par : PIerre Jenni | jeudi, 05 mars 2015

Allo, Police recours," De son côté, Yann Testa, compte aller devant le Tribunal fédéral: " quelque soit le résultat du vote , celui-ci sera contesté par les acteurs de ce Thriller de série B , qui met en scène comme dans "le Deuxième Souffle" des voyous et des héros " interchangeables avant que le Plaza ne ferme presque définitivement ses portes.

Écrit par : briand | jeudi, 05 mars 2015

Mais il voit où le monsieur l'extrême-droite à Genève?!

Écrit par : PDP | vendredi, 06 mars 2015

Là où elle est...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 06 mars 2015

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