lundi, 29 décembre 2014

MAIS QUE FAIT LA POLIS ?

On en a passé, des heures, avant noël, au Conseil Municipal et au Grand Conseil, à accoucher des budgets de la Ville et du Canton... A force, si on n'avait pas la conscience politique coulée dans les neurones et l'idéologie émulsionnée dans le sang, on en aurait presque oublié que si les parlements sont bien des lieux politiques, ils ne sont pas les seuls, qu'ils ne sont même que l'espace où se traduisent toutes les actions politiques menées ailleurs, et que ce qu'on y fait (et ce qu'on y dit, mais les parlements sont de ces lieux où "dire", c'est faire"...) ne remplace pas ce qu'on a à faire ailleurs.
Mais bon, c'est tout le même là que se prennent des décisions, et il n'est pas sans importance ni sans effet que les majorités qui font les votes, et les projets sur lesquels elles se prononcent, soient de gauche ou de droite.


Le choix d'être devant du Courteline ou dans du Brecht.

Or donc, en Ville, c'est le budget de l'exécutif de gauche qui a été adopté au Conseil Municipal, par la gauche (le MCG volant au secours de la victoire -on n'avait pas besoin de ses voix- et votant à la 23ème heure, sans être capable d'expliquer pourquoi, un budget qu'il avait vilipendé pendant les 22 heures précédentes). Au Grand Conseil, à quelques ripolinages près, c'est le budget de la droite, élargie à son extrême, qui a été voté. Gominator se rengorgeait, après la constitution d'une majorité parlementaire de toute la droite, incluant son propre parti (ce qui ridiculise définitivement au passage sa posture "ni gauche, ni droite"...) : il y voyait le moyen de pousser la gauche hors du jeu politique et proclamait fièrement "nous faisons et défaisons les majorités"... Comme si le jeu politique ne se jouait qu'au parlement... et comme si, au parlement même, quand aucune coalition n'est majoritaire, n'importe laquelle ne pouvait pas "faire et défaire les majorités"...

De toute façon, vu le rapport de forces au Grand Conseil, le choix n'était guère offert à la gauche qu'entre une figuration idiote ou une figuration intelligente. Entre tenter de "resocialiser" autant que possible un budget calamiteux en espérant modestement qu'il le sera un peu moins, et tirer la conséquence politique d'un rapport de force rendu désastreux, ou un "front républicain" rendu impossible (à supposer qu'il ait un sens sur un budget) par le frai du PLR et du MCG...
Quant aux citoyennes et citoyens, ils ont le choix, puisqu'un parlement est aussi un théâtre, d'y être soit des spectateurs passifs, soit des spectateurs qui montent sur la scène et mettent le souk dans la pièce... Le choix d'être devant du Courteline ou dans du Brecht.
Mais le parlement n'est pas LE lieu de la politique. Il est le lieu d'un rapport de force politiques qui se construit hors de lui, et dont il est la conséquence, et la réduction. Surtout la réduction. L'étymologie des mots n'est d'ailleurs pas, comme souvent en politique, sans aider à les comprendre  : l'espace de la politique, ce n'est ni le parlement, ni, et encore moins le gouvernement : c'est la Polis, c'est la cité, c'est l'Agora. Autrement dit : la rue. Et aussi le lieu de travail. Et aussi les media.
La question n'est dès lors plus de savoir ce qui peut se faire dans l'enceinte parlementaire cantonale, mais ce que fera la Polis. Et ce qu'on sera capable de l'aider à faire pour qu'au moins la commune ne soit pas à l'image du canton

Bref, citoyennes, citoyens :

budgets publics, finances publiques, parlements

vive la Commune !






16:05 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : budgets publics, finances publiques, parlements | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui, j'aurais rêvé de foutre le souk dans ce théâtre de guignols lorsque la gauche unanime aidée par l'entente a voté la nouvelle loi sur les taxis sans en connaitre la première virgule.
Lorsqu'on voit les Libéraux voter pour un nouveau monopole d'Etat à l'heure où fleurissent des sociétés comme Uber qui offrent des services de taxis sans aucune réglementation, on ne se fait plus d'illusion.
Le problème ne vient pas des séances en plénière qui ne font que formaliser le travail des commissions. Enfin, quand je dis travail, je me comprends. Aucun commissaire de la Commission des Transports n'oserait venir croiser le fer avec moi chez Décaillet. Ces messieurs-dames ont passé plus de trois ans à papoter pour pondre une loi déjà obsolète.
La Commune ? Oui, peut-être. Sauf que chez nous, à Vernier, on assiste à de pitoyables rapports de force et des alliances contre-nature qui ne visent évidemment pas à améliorer le quotidien des citoyens, mais le maintien ou non de certains représentants.
Et tout ça pour quoi ? Et bien pour décider la couleur des barrières de l'école ou le trajet d'un bus pour la piscine.
Franchement, quand je vois le niveau, je ne m'étonne pas du désintérêt des plus jeunes pour la chose publique et je persiste à penser que moins d'Etat, moins de lois, moins de parlementaires, moins d'intermédiaires nous inciteraient à prendre nos responsabilités pour faire valoir nos droits sans déléguer nos pouvoirs à ces opportunistes souvent incompétents que sont les élus.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 30 décembre 2014

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