lundi, 22 décembre 2014

Vote des budgets publics genevois : Comme ça, au moins, c'est clair...

chasses.jpgIl aura fallu, au Grand Conseil comme au Conseil Municipal, deux jours pour accoucher d'un budget. Avec des majorités inverses pour des budgets politiquement contradictoires -mais au moins, c'est clair : le budget cantonal genevois 2015 est un budget de droite, voté par la droite, contre la gauche (ce ne fut pourtant pas faute, pour le PS et les Verts, de tout tenter, même l'illusoire, pour le rendre acceptable, sans y parvenir -« il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre...»), et le budget municipal genevois 2015 est un budget de gauche, voté par la gauche contre la droite (quoi qu'il en soit du retournement de veste du MCG, sentant le vent venir et soucieux, au parlement municipal comme au parlement cantonal, de se retrouver du bon côté du vote, histoire sans doute de disputer, et de ravir, au PDC le titre envié de roi de la girouette politique). Evaporé, le « centre », dissout, le « ni gauche, ni droite » d'un MCG franchisé par les affairistes. Une gauche, une droite. Ne reste plus qu'à rassembler la première contre la seconde, dans les parlements, et hors des parlements.


    Il y a tout de même dans notre histoire commune quelques moments d'intelligence politique...

Le budget 2015 du canton est calamiteux ? les suivants seront pires et la majorité parlementaire et gouvernementale cantonale restera la même pendant encore quatre ans : elle s'apprête notamment à réduire d'un demi-milliard les rentrées fiscales, au prétexte notamment de la réforme de la fiscalité des entreprises. A qui donc croyez-vous cette majorité adressera la facture de ce siphonnage des caisses publiques ? A ceux à qui elle distribue depuis des années des cadeaux fiscaux qui ont lourdement plombé tous les budgets publics ? Vous rêvez... Or la seule recette assurée d'un budget, c'est l'impôt. La seule raison des déficit genevois, réels ou annoncés, ce sont les cadeaux fiscaux, et la seule proposition sérieuse de couverture de dépenses nouvelles, sans restrictions d'autres dépenses, sans bricolage comptable, sans invention de recettes hypothétiques ou virtuelles, c'est l'augmentation de l'impôt (ou sa restauration) -mais qui, à gauche, aura, aurait, aurait pu avoir, le courage (ou l'inconscience), à quelques mois des élections municipales, de proposer une augmentation de l'impôt municipal pouvant être attaquée par référendum populaire ? Personne. Pas même nous.

Le vote des budgets publics genevois ne tient ainsi ni de la fatalité, ni de l'accident : le gouvernement et le parlement sont à la fois le produit et les lieux d'un rapport de force entre la gauche et la droite. Le produit, d'abord : celui du rapport de force électoral. La majorité cantonale « à droite toute » qui règne sur le parlement et domine le gouvernement n'est pas venue au pouvoir par un putsch, elle est sortie des urnes -et les perdants d'une élection sont tout de même largement responsables de leur défaite -et nous, donc, de la nôtre. Pour autant, le parlement et le gouvernement ne sont pas les seuls lieux politiques :  la rue, les entreprises, les media, les lieux culturels, en sont aussi. Et les élections ne sont pas les seuls actes politiques constitutifs du rapport des forces entre la gauche et la droite :  les manifestations, les grèves, en sont aussi. Minoritaires au parlement et au gouvernement, nous pouvons donc, à condition de le vouloir, être majoritaire là où se construit le rapport de force social et politique dont les résultats électoraux ne sont que la traduction.  

La gauche cantonale a quatre ans pour redevenir une alternative au bloc de droite. Et la gauche municipale quatre mois pour le rester. Si elle s'en donne les moyens, est capable de les utiliser, et surtout, puisqu'elle a en face d'elle un bloc de droite allant du PDC au MCG, si elle arrive à constituer une alliance crédible, entre des forces qui ont forcément entre elles des divergences puisqu'elles ne forment pas une organisation unique (laquelle ne ferait d'ailleurs qu'importer les divergences qui séparent ses diverses composantes), mais qui ont au moins des objectifs, des revendications et un adversaire commun. Et pour celles qui sont issues du mouvement ouvrier, une histoire commune.
Il y a quatre-vingt ans, en France face à la montée des ligues d'extrême-droite et à la connivence tissée entre elles et une partie de la droite traditionnelle, communistes, socialistes et radicaux (« radicaux-socialistes », à l'époque...) conclurent un « Front Populaire »... Ils n'avaient pourtant cessé de s'affronter pendant les quinze ans qui précédaient, s'accusant réciproquement des pires turpitudes et se vouant réciproquement aux plus sinistres gémonies... Il y a tout de même dans notre histoire de ces moments d'intelligence politique desquels nous devrions tirer quelques enseignements... à commencer par celui-ci : la force d'une coalition politique tient pour beaucoup de la faiblesse de ses adversaires...
Et la force de la droite aux faiblesses de la gauche.

15:54 Publié dans austérité, syndicats, gauche, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budgets publics | |  Facebook | | | |

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