jeudi, 18 décembre 2014

Prolongation des horaires d'ouverture des magasins : nouvelle offensive

Quand le fédéralisme gêne le patronat...

Le syndicat Unia a distribué dans les Rues Basses de Genève de petites boîtes de chocolat avec ce slogan : « N’attendons pas le Père Noël pour améliorer nos conditions de travail! », histoire de rappeler, en période d'achats de fin d'années et d'ouvertures nocturnes des magasins, que des gens y travaillent, et que s'il est légitime que les consommateurs puissent connaître les conditions de production et de distribution des produits qu'ils achètent, il l'est tout autant de leur faire connaître les conditions de travail de celles (surtout) et de ceux qui les leur vendent, au moment où une nouvelle offensive du patronat, relayée par la droite parlementaire, se traduit par une proposition d'allongement dans toute la Suisse d'extension des heures d'ouverture des magasins, en cassant les limitations imposées dans certains cantons et généralement ratifiées par le peuple : sur 15 référendums cantonaux lancés contre de telles prolongations, le patronat en a perdus 13... Mais le Directeur de la Chambre de commerce et d'industrie de Genève, prenant acte de ce que les Genevois ont refusé en 2010, de prolonger les heures d'ouverture des magasins, ajoute que si un tel projet « revient par le biais de Berne, cela nous convient ». Un vrai fédéraliste, quoi...
    


La « demande du consommateur » ? Mais quelle demande, de quel consommateur ?

C'est reparti pour un tour : la consultation sur un projet de loi présenté par le Conseil fédéral après l'adoption d'une motion du PDC tessinois Lombardi, en faveur d'une uniformisation partielle des heures d'ouverture autorisées des magasins, a pris fin et se traduit par un projet proposant des heures d'ouvertures autorisées dans toute la Suisse de 6 à 20 heures du lundi au vendredi, de 6 à 19 heures le samedi. Au niveau cantonal genevois, le PLR a déposé un projet de loi au Grand Conseil afin de permettre la révision des conditions légales de l’ouverture des commerces le 31 décembre sans avoir à les négocier avec les syndicats. La présidente de la Fédération du commerce genevois, Fabienne Gautier présente le projet de loi fédérale comme  « une adaptation sociale (à la demande) du consommateur ». Quelle demande, de quel consommateur ? Dans une ville comme Genève, il est désormais possible de faire ses achats quotidiens 24 heures sur 24 grâce à la prolifération des « dépanneurs » -et pour les achats non quotidiens, la question des horaires d'ouverture ne se pose plus, chacun ayant au moins dans la semaine une plage horaire disponible correspondant aux horaires actuels d'ouverture. D'ailleurs, lorsque le citoyen-consommateur est consulté sur l'extension des heures d'ouverture des magasins, il n'en exprime pas la demande, puisqu'il la refuse généralement...
L'argument de la motion PDC à l'origine du projet de loi était simple -simpliste même : il faut ouvrir plus longtemps les magasins en Suisse pour éviter que les clients aillent faire leurs achats à l'étranger, « tourisme consumériste » qui serait accentué par la force du franc comparé à l'euro. Or d'une part, les heures d'ouverture des magasins n'ont aucune d'influence sur le prix des marchandises vendues en Suisse comparé à leur prix hors des frontières alors que c'est cette différence de prix qui est la principale motivation du tourisme d'achat (pour 80 % des personnes qui, habitant à Genève, font leurs courses en France alors que seuls 20 % invoquent les horaires comme motivation);  d'autre part la tentation d'aller faire ses achats à l'étranger ne concerne guère que les zones frontalières; enfin un allongement des heures d'ouverture des commerces ne profitera -et encore- qu'aux grandes surfaces et aux chaînes (la Migros et la Coop en tête), les petits commerçants locaux verront, eux, leur chiffre d'affaire siphonnés par des grandes surfaces qui n'ont certainement pas besoin de cela pour « tourner », et par des centres commerciaux imposant aux petits commerces qui s'y logent de rester ouverts, à perte financière dès 19 heures, pendant toute la durée de l'ouverture du centre....
Les syndicats se préparent donc à résister à la nouvelle offensive patronale, relayée cette fois par la Berne fédérale, en faveur d'un élargissement, inutile et nuisible, des horaires d'ouverture des magasins. A Genève, réagissant à l'alerte lancée par les syndicats devant les magasins, cette semaine, la présidente de la Fédération du commerce genevois a cru bon de rappeler Unia au respect de la « paix du travail » telle que le patronat la conçoit : « tant que la Convention collective du travail est en vigueur, aucune action publique n’est tolérée ». Or ce que la « Paix du Travail » exclut tant que la Convention est en vigueur, ce sont les « mesures collectives de lutte », pas l'information du public sur les conditions de travail du personnel. Ces conditions de travail sont-elles si condamnables qu'il faille laisser la clientèle les ignorer ? Il faut croire que oui. Et on ne peut certainement pas s'attendre à ce qu'elles s'améliorent avec une extension des heures d'ouverture des magasins. Au contraire.
Tout cela fleure bon le référendum...

15:27 Publié dans syndicats, Travail | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Décevant et un peu lassant. Vous n'en avez pas marre de ce discours éculé ?
Et si vous laissiez simplement les gens faire, en bon libertaire. Si un commerçant pense pouvoir vendre suffisamment de marchandise à des heures indues, voire même le dimanche pour couvrir les frais, fidéliser sa clientèle et payer son personnel au tarif supplément, je ne vois pas le problème.
C'est même un peu bizarre de voir la gauche empêcher la création de postes de travail bien rémunérés.
Ne saviez-vous pas que certains ont du plaisir à travailler le soir, ou la nuit ? Même le dimanche. C'est mon jour préféré pour le taxi, tarif 2 !. Le jour du Seigneur.
Madame Gauthier parle pour les gens qu'elle représente et qui lui font confiance pour obtenir des résultats. Je ne suis pas certain que les syndicats parlent au nom de la majorité silencieuse des travailleurs, qui mettraient bien du beurre dans les épinards, ou des chômeurs en fin de droit.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 18 décembre 2014

"Si un commerçant pense pouvoir vendre suffisamment de marchandise à des heures indues, voire même le dimanche pour couvrir les frais, fidéliser sa clientèle et payer son personnel au tarif supplément, je ne vois pas le problèm"... moi non plus, si le commerçant en question fait le boulot et ne le fait pas faire par du personnel qui n'aurait pas envie de le faire...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 18 décembre 2014

Depuis 1955 tous les petits commerçants sont à la peine qu'on leur lâche un peu la grappe dirait mon grand père qui en 1900 avait créé un des toutes premières épiceries en Romandie
De toutes manières les Y'aka commandent directement sur le net et c'est pas eux qui iront faire leurs courses le soir

Écrit par : lovsmeralda | vendredi, 19 décembre 2014

C'est du n'import quoi!
Desolee mais les gens ont aussi une vie et des horraires comeca c'est idnamissible!
Je trouve qu'on travaille assez et avec ca ben on a plus de vie!
La vie passe avant l'argent!!!!

Écrit par : Kelly | samedi, 31 janvier 2015

Les commentaires sont fermés.