mardi, 02 décembre 2014

Débâcle d'Ecopop ? Xénophobie pas morte pour autant

Le résultat d'Ecopop est finalement conforme aux prévisions (il est même plus mauvais que prévu) -mais il est néanmoins en trompe-l'oeil : si la gauche a massivement voté contre l'initiative écoxénophobe, la droite démocratique en a fait autant, et même une partie de sa propre droite (de l'UDC, du MCG, de la Lega...), pour le même type de raisons que celles la poussant à défendre les forfaits fiscaux : parce qu'on en a « besoin », qu'on a «  besoin » d'immigrants pour faire tourner la machine économique et sociale comme on a besoin des picaillons que laissent les forfaitaires dans les caisses publiques. Au final, le score d'Ecopop correspond grosso modo à celui de la droite de la droite et de l'extrême-droite en Suisse : un gros quart de l'électorat. C'est beaucoup, et cela relativise l'«écoflop» de la votation de dimanche : il tient probablement à la défection de l'UDC et de ses satellites cantonaux, genre Lega ou MCG, qui ont refusé de soutenir une initiative qui pourtant ne disait rien d'autre que ce qu'ils disent, et continueront de proférer  « c'est tout de la faute aux étrangers ».


Ecopop, développement durable, démographie«  Ecopop » sortie du paysage, on va peut-être pouvoir débattre vraiment de la décroissance

Tout déprimés,  les écopopistes n'en revenaient pas de leur déculottée. Nous non plus, d'ailleurs : leur texte paraissait s'inscrire si bien dans le vent mauvais soufflant sur les urnes helvétiques qu'on lui prédisait un bon 40 % de suffrages et une bonne demie-douzaine de cantons l'acceptant. Finalement, l'initiative Ecopop perd la moitié des suffrages qu'avait obtenue l'initiative de l'UDC contre l'« immigration de masse », et dans deux seuls cantons, le Tessin et Schwytz, elle obtient plus du tiers des voix.. On ne boudera donc pas notre plaisir de son écrasement. On ne le boudera pas, ce  plaisir, mais on le nuancera : le refus massif de ce texte ne témoigne pas d'un recul de la xénophobie, mais, pour une grande part, d'une volonté d'instrumentalisation économique de l'immigration («ce que nous voulons, c'est une immigration en fonction de nos besoins » sermonne le MCG -incapable cependant de définir lesdits besoins). Le « non » à « Ecopop » ne signifie pas un droit à l'immigration en Suisse, mais un droit de la Suisse d'utiliser les immigrants, ce que le syndicat patronal des PME, l'USAM, résume par un satisfait « la raison l'a emporté » et que certains traduisent par un mandat donné au Conseil fédéral pour sauver les « bilatérales », comme si le 30 novembre corrigeait, ou relativisait, le 9 février, alors qu'on s'est contenté de ne pas descendre plus bas...

Une partie des soutiens d'Ecopop la justifiaient par la nécessité de « lancer le débat », sur la démographie. Ce débat a été lancé, mais pour aboutir à quoi ? à une caricature, à une réduction de l'enjeu démographique aux questions migratoires, et à une réduction du débat sur la croissance (et la décroissance) à un débat sur la démographie.  « Les Suisses rejettent la décroissance », croit pouvoir titrer Le Temps. Comme si c'était la décroissance qui leur était proposée, alors qu'on ne leur proposait que de ne pas avoir à partager la croissance avec d'autres, pour pouvoir continuer à consommer, consumer, gaspiller et polluer comme on le fait actuellement. Les véritables enjeux de la décroissance n'étaient nullement portés par l'initiative malthusienne, pas plus qu'elle ne portait les enjeux de l'aménagement du territoire, de la politique des transports, de l'énergie. Ni sur ce qui adviendrait d'un environnement planétaire si ses huit milliards d'habitants se comportaient comme le petit millième d'entre eux qui habitent en Suisse, et dont la majorité n'entend rien changer à son mode de vie.

« Une croissance continue de la population mondiale est physiquement impossible », déclare Philippe Roch, partisan d'Ecopop. Mais alors pourquoi l'avoir agitée comme un épouvantail, évoquer « le développement à outrance de la population » et soutenir une initiative dont le même Roch reconnaît après son naufrage qu'elle « n'était manifestement pas la bonne réponse au problème de la croissance débridée » ? Et de regretter que le débat sur la croissance n'ait pas pu être mené à la faveur de celui sur Ecopop, comme si Ecopop se prêtait à autre chose qu'au réveil des paranoïas tribales...

«  Ecopop » sortie du paysage politique, on va peut-être pouvoir parler vraiment de la décroissance. Pas de celle de la population, ou de l'immigration, mais de celle de la consommation et du gaspillage. On en aura l'occasion en 2016, lorsque seront soumises au vote l'initiative des Verts qui exige une réduction de l'« empreinte écologique » de la Suisse et l'initiative de la Jeunesse Socialiste qui interdit les produits financiers dérivés portant sur des matières premières agricoles.  Ces initiatives-là, au moins, posent les bonnes questions. Contrairement à Ecopop, qui ne donnait que des réponses absurdes à des questions qu'elle ne posait pas, et s'est ainsi attirée la réponse qu'elle méritait : une baffe.
Qu'on savoure : on n'a plus si souvent que cela l'occasion de célébrer dans ce pays la défaite d'une initiative xénophobe.

16:59 Publié dans Environnement, Suisse | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : ecopop, développement durable, démographie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Monsieur Holenweg,

Parfaitement d'accord avec le fait qu'Ecopop était une initiative stupide. Il est absurde de lier l'immigration à l'écologie. Et ça peut effectivement amener à un vote d'extrême droite que j'ai moi-même dénoncé.

En ce qui concerne le développement durable tâchez de ne pas y mettre cette sauce nauséeuse de politique spectacle digne de Blocher ! Ce sujet est trop sérieux et l'environnement humain et naturel mérite le respect.

Le sujet de l'empreinte écologique individuel et globale ne mérite pas ce genre de polémique stérile de lutte des classes etc...

Bien à vous

Écrit par : pphchappuis | mardi, 02 décembre 2014

Sans parler de leur provenance, voyez déjà ceci :

http://autreregard.blog.tdg.ch/archive/2014/11/30/youppie-300-000-personnes-annoncees-en-suisse-262373.html

Je suppose que vous resplendirez de bonheur...

Écrit par : Danijol | mercredi, 03 décembre 2014

Si vous croyez que ceux qui ont voté non vont accepter de réduire leur empreinte écologique, je crains bien que vous fourriez le doigt dans l'oeil. Et même que certains qui ont voté oui vont voter non. 25% quand tous les partis ont opté pour le non, ce n'est pas un score ridicule.

Croire que la décroissance va compenser la croissance de la population, c'est être dans le déni de la réalité.

Si vous croyez que ceux qui ont voté non au forfaits fiscaux ou à l'or vont oui aux produits dérivés, vous rêvez.

Rendez-vous l'an prochain!

Et je ne manquerai pas de venir triompher (à contre coeur) sur votre manque de réalisme.

Il y a pire que les mauvais perdants, ce sont les gagnants gnan-gnans. Surtout quand leur principal argument est l'insulte.

Écrit par : Jules | mercredi, 03 décembre 2014

C'est peu dire : j'en irradie déjà...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 03 décembre 2014

Je crains de ne pas avoir été assez clair : je me contrefous de la croissance de la population. Ce qui m'importe, c'est la décroissance de sa consommation...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 03 décembre 2014

@Pascal Holenweg votre dermière phrase a le mérite d'être claire cependant il est connu depuis longtemps que plus on est stressé plus on mangera et souvent du n'importe quoi voire n'importe comment
Les humains d'aujourd'hui veulent tout tout de suite et confondent vitesse et précipitation déréglant eux-mêmes leur horloge biologique qui en prend déjà un sérieux coup de vieux à chaque changement de saison sans compter les changements horaires été-hiver qui décalés dans le temps et l'espace affectent aussi les comportements et les habitudes
Car les heure en moins ou en plus ont été inventées pendant la guerre c'est d'ailleurs ce qui permettait à ceux qui ne méfiaient de certaines instances de fausser l'heure des naissances
très belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | mercredi, 03 décembre 2014

La ligne efficace se situant entre les deux. La décroissance de consommation est liée à la croissance de population de toute façon. L'économie actuelle veut du gaspillage. Si le gaspillage s'arrête, l'économie ne va pas avoir les mêmes besoins de main d'oeuvre et il n'y aura pas besoin de construire des immeubles partout...
En fait, vous étiez pour Ecopop et ne le saviez pas...

Écrit par : Géo | mercredi, 03 décembre 2014

Monsieur Holenweg,

Votre dernier commentaire démontre parfaitement pourquoi l'initiative Ecopop était stupide car elle a fait le jeu des deux extrêmes qui minent ce pays : l'extrême droite et une certaine gauche que je me garderai bien de définir.

"Se contrefoutre de la croissance de la population", c'est à terme une faute grave ! En effet, la décroissance de la consommation n'est pas suffisante pour diminuer l'empreinte écologique globale. L'avenir de toutes et de tous en dépend ! Je le dis sans aucun esprit partisan !

Bien à vous

Écrit par : pphchappuis | mercredi, 03 décembre 2014

Sauf qu'"Ecopop" ne considérait que la population résidente et pas la population active, et que dans la population résidente elle ne considérait que celle provenant de l'immigration. Que "l'économie" ait ou non besoin de main d'œuvre pour assurer la production de ce qui va être gaspillé est tout à fait indépendant de la population dont la société, elle, a besoin, pour tenir debout. Et une société vieillissante ayant besoin d'une population jeune, et cette population jeune ne lui étant fournie que par l'immigration, s'attaquer à celle-ci comme le faisait Ecopop relève donc de la bêtise pure...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 03 décembre 2014

"Sauf qu'"Ecopop" ne considérait que la population résidente et pas la population active, et que dans la population résidente elle ne considérait que celle provenant de l'immigration." "que celle provenant de l'immigration ?" je ne vois pas pourquoi vous affirmez cela. Il s'agissait de limiter l'immigration, mais pas de faire sortir les gens déjà présents. Elle ne permettait qu'un pourcentage assez faible d'augmentation, mais cela correspondait toutefois au double de ce que nous promettait les experts de la Conf lorsqu'ils nous ont fait avaler la libre circulation.
La conjonction des diverses circonstances économiques a fait que la Suisse attire excessivement les élites des pays avoisinants, principalement les allemands en Suisse allemande et les Français en Suisse romande. Cette situation fait qu'on draine les meilleurs et qu'on éjecte les moins bons, quel que soit leur lieu de naissance. C'est extraordinairement élitiste. Et cela mène à une surpopulation par rapport aux infrastructures actuelles. On peut améliorer ces dernières, mais forcément au détriment de l'environnement, comment cela pourrait-il être autrement ? La densification est aussi une péjoration...

Ce qui n'allait pas du tout avec Ecopop, outre le fait qu'elle nuisait à l'économie ( mais cette dernière nous fait le jeu de l'avion...), c'est qu'elle était anti-constitutionnelle en ne respectant pas l'unité de matière. Cette histoire de planning familial aurait du faire l'objet d'une autre initiative. Cela en dit long sur l'impéritie de la Chancellerie fédérale, soit dit en passant.

Écrit par : Géo | mercredi, 03 décembre 2014

@Géo C'est intéressant ! J'ai un commentaire qui n'a pas été publié, je pense que c'est un oubli involontaire...

@lovsmeralda : sous un couvert un peu surréaliste, il y a un fond intéressant !

@Holenweg : la discussion a été particulièrement fructueuse sur certaines distinctions concernant la population, pas mal pas mal ! Bien à vous

Écrit par : pphchappuis | mercredi, 03 décembre 2014

Par définition, les gens déjà présents ne sont plus des immigrants. Des immigrés, oui, mais pas des immigrants. Quant à la surpopulation, c'est un fantasme : les villes suisses sont de petites villes à l'aune européenne (Genève, c'est un arrondissement de Paris, deux de Marseille ou de Lyon), les deux tiers du territoire sont sous-peuplés et l'espace disponible peut accueillir encore deux millions de personnes sans grand problème. Enfin, la démographie n'est pas affaire de quantité mais de qualité, et une faible population où la répartition des âges est déséquilibrée pose plus de problème qu'une population nombreuse mais générationnellement équilibrée. Même grâce à l'immigration, comme en Suisse.

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 03 décembre 2014

@Holenweg
Il y a surpopulation et surpopulation !
En effet, on peut continuer à entasser les gens comme dans un Stalag.
J'ai vécu à Tokyo et j'ai vu ce qu'était la surpopulation "géométrique".

La surpopulation dont on parle est définie en terme de durabilité des ressources naturelles mondiales. Genève en importe déjà la plupart. Ainsi, Genève, en terme de ressources naturelles consommées, est déjà surpeuplée...
La diminution de l'empreinte par genevois n'y fera pas grand chose !

Écrit par : pphchappuis | jeudi, 04 décembre 2014

Un Stalag ? Et puis quoi encore ? Un camp de concentration ? Les Pâquis = Dachau ? On n'entasse pas, à Genève (ville "concentrée" depuis le XVIe siècle...), ni dans aucune ville de Suisse... quand à l'empreinte par Genevois, la frontière n'étant d'aucune pertinence dans sa mesure, elle ne va"pas diminuer si les "impregnants" restent du côté français de la douane. Or les restrictions de l'immigration ne s'appliquent, par définition, qu'au territoire national...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 04 décembre 2014

"Quant à la surpopulation, c'est un fantasme : les villes suisses sont de petites villes à l'aune européenne" Peut-être, mais vous devriez permettre à une partie des citoyens de vouloir préserver cette qualité de vie. Si vous aimez le béton comme Renaud et Ada Marra, c'est votre droit. Mais ne traitez pas de xénophobes ceux qui l'apprécient moins que vous. Bétonophobes ?

Écrit par : Géo | jeudi, 04 décembre 2014

De toutes manières on a voté et le plus gros consommateur en énergie, c'est le Cern!
bonne journée Monsieur Holenweg

Écrit par : lovsmeralda | jeudi, 04 décembre 2014

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