vendredi, 21 novembre 2014

Au lendemain de la grève des Transports Publics Genevois : Gueule et langue de bois (de justice) à droite

 

TPG, grève

C'est fou ce que ça peut être révélateur, une grève réussie -et on ne parle pas là de la capacité des travailleurs et de leurs syndicats à l'organiser, et de la gauche à la soutenir, mais des réactions qu'elle suscite à droite. La « Tribune de Genève » de mardi annonçait le « chaos » -mais « chaos » il n'y eut point. Sinon dans la masse de déclarations à la mord-moi-le-tram qui ont salué la « grève à la française ». Toute déçue de ce que les syndicats opposés à la grève n'aient pas pour autant accepté de la casser, que la police ne soit pas intervenue contre les piquets et que le chaos annoncé ait fait défaut, la droite nous fait un gros caca nerveux : Pour le PLR, la grève est « scandaleuse et totalement anti-démocratique »... Antidémocratique, l'usage d'un droit constitutionnel  ?  C'est vrai que dans la constitution libérale de 1815, y'avait pas le droit de grève. Mais bon, deux cent ans et deux constitutions plus tard, faut vous y faire, les gars : la démocratie a progressé. Avec le droit de grève.


Les grévistes ont repris le boulot ? On attend que les politiques en fassent autant.

Une grève réussie (du point de vue des grévistes et de ceux qui les soutenaient) avec une participation massive du personnel concerné, ça fait mal à ceux qui ont le droit de grève en exécration -et voilà l'aile droite de la République qui s'enflamme. De dépit. Le Conseiller d'Etat Barthassat avait donné le ton, celui d'un couac, au matin de la grève en menaçant de sanctions « ceux qui font obstruction » et empêchent la mise en place d'un service minimum que l'entreprise, non les syndicats, doit mettre en place.  Et, prenant au débotté la place de son collègue Maudet, chef de toutes les polices de la République, voilà Lulu qui évoque l'envoi de policiers pour casser les piquets de grève... Vu l'ambiance régnant entre les syndicats de police et le gouvernement, c'était particulièrement intelligent, et il ne lui restait plus guère que la ressource de faire appel aux Vieux Grenadiers et à la Compagnie 1602 pour casser la grève.. On le félicitera d'y avoir renoncé, mais d'autres ont pris le relais : le conseiller national PLR Christian Lüscher se dit scandalisé que « des gens aient empêché ceux qui voulaient travailler de travailler», le député PLR Daniel Zaugg veut les sanctionner, le PLR tout entier réclame des «  sanctions exemplaires », l'UDC dénonce un «  coup de force syndical » pas « dans les habitudes suisses » et propose de supprimer le droit de grève dans «les institutions subventionnées par l'Etat», toute la droite rêve carrément de traîner les « fauteurs de troubles » devant un tribunal et de « jeunes PLR » déjà vieux commettent une dénonciation des grévistes au Procureur général pour «entrave aux services d’intérêt général»...
Foin de ces énervements : la grève a été levée comme prévu après 24 heures et les employés des TPG ont voté peu avant d'y mettre fin une résolution réclamant, outre l'absence de toute sanction contre les grévistes, des négociations sur un nouveau contrat de prestations des TPG, le développement du réseau, l'amélioration des conditions de travail, la compensation par un surcroît de soutien financier de la perte éventuelle de ressources due à la baisse des tarifs votée par le peuple. Des négociations ? A droite, le sens même du mot dépasse la compréhension de ceux à qui il s'adresse : ainsi, côté MCG, Gominator plastronne en promettant que «  les TPG n'auront pas un franc de plus », le président du parti, Roger Golay, prône des économies par la réduction des prestations (réduction de lignes, de fréquences) et, tarte à la crème, « amélioration de la gestion générale ».  « Les TPG en grève ne font pas fléchir les politiques » (de droite) titre La Tribune. On s'en serait douté : à prendre la raideur pour de la force et l'ankylose pour de la dignité, la droite genevoise décourage depuis longtemps ses propres rebouteux. Penaud, le Conseil d'Etat se défend d'avoir «jamais estimé que des mesures d'économie devaient se traduire par des licenciements », alors que pendant toute la campagne contre l'initiative en faveur d'une baisse des tarifs il avait très explicitement annoncé le contraire, et que le contrat de prestation voté en commission par sa majorité (de droite) se traduit précisément par la suppression de 63 postes.

Dans un communiqué, le gouvernement évoque des «mesures d'efficience pour compenser les pertes de recettes» des TPG. La première de ces «  mesures d'efficience » serait peut-être que les gouvernants de la République, et leur majorité parlementaire, fassent leur boulot.
Parce qu'après tout, eux aussi, eux surtout, sont en grève. Et pas en grève du zèle : en grève de responsabilité politique.

15:47 Publié dans Genève, Politique, Transports | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tpg, grève | |  Facebook | | | |

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