jeudi, 06 novembre 2014

Transports publics et mobilité douce : entre plébiscite populaire et sabotage parlementaire

19.jpgIl n'était ni un sondage, ni une enquête scientifique, le questionnaire à Lulu, mais c'est une gentille petite claque que les réponses qui y ont été données adressent aux mauvaises odeurs, au TCS, à l'ACS, à Feu Vert et au MCG -pour une fois vert, mais de rage... Questionnés en septembre sur la «  mobilité », Plus de 12'000 Genevois-ses y ont répondu et plébiscitent transports publics et mobilité douce. Il ne reste plus qu'à traduire ça en actes politiques, qu'aucun sondage ne remplacera jamais, et en choix clairs, qui devront bien s'éloigner du mantra constitutionnel sur la fumeuse « liberté de choix du mode de transport ». Oui, notre optimisme est parfois déconcertant... D'autant qu'au moment où on apprenait que les réponses au questionnaire de la Direction des Transports soutenaient une priorité aux transports publics, on apprenait aussi que la Commission des Transports du Grand Conseil soutenait un «  contrat de prestation » des Transports Publics Genevois réduisant leurs prestations et leurs places de travail au lieu de les renforcer, cela pour se venger de l'adoption réitérée de l'initiative populaire imposant une baisse des tarifs des TPG, et la faire payer aux usagers (et au personnel) plutôt que s'en servir pour renforcer l'attractivité des transports publics...


  
Requiem pour un absurde « libre choix du mode de transport »

En 2013, le Conseil d'Etat genevois constatait l'évidence d'une situation « proche de la saturation» en ce qui concerne les transports motorisés, et d'infrastructures « insatisfaisantes » s'agissant de la mobilité en général. Et cette situation perdurait déjà depuis plus de dix ans, faute de choix politiques clairs. Des choix qui, finalement, se résument en l'alternative de deux « idéaux-types » : détruire la ville pour y faire passer les bagnoles, ou repousser les bagnoles hors de la ville pour la sauvegarder (faire qu'elle soit vivable pour ceux qui y habitent et fréquentable pour ceux qui y travaillent). Et c'est le choix de ce deuxième terme de l'alternative que font, dans leur très grande majorité, les réponses au questionnaire de la Direction générale des transports : dans l'« hypercentre », priorité absolue (dans 90 % des réponses) aux transports publics et à la mobilité douce (cycliste et piétonne), dans le «centre», mêmes priorités (un peu moins absolues, mais à 78 % tout de même), et à la périphérie, toujours la priorité à 57%) aux transports publics, l'automobile ne venant qu'en deuxième position (à 27 %) là où on l'attendait triomphante.

Les Genevois ont pris conscience que leur ville (et on ne parle pas ici de la commune mais de la continuité urbaine...) est une ville-centre à tous points de vue : sise au centre de son agglomération, elle concentre les emplois, un quart de la population de sa région restreinte (un cinquième de sa «grande région»), l'essentiel des lieux de loisirs et de culture... et des destinations de parcours motorisés. Or cette ville est l'une des plus densifiées d'Europe (elle est 25 fois plus dense que l'agglomération), la plupart de ses rues ont été tracées au plus tard au XIXe siècle (et certaines plus de mille ans auparavant...). Et c'est vers elle que se dirige la circulation de « pendulaires » se précipitant dans l'entassement de l'hyper-centre ou l'encombrement de sa périphérie immédiate,  parce que presque toutes les grandes voies de circulation y convergent de toutes les frontières du canton, mais aussi parce que c'est la solution de facilité apparente puisque la circulation automobile reste « libre » (de s'embouteiller), et que les transports publics souffrent encore d'un retard de vingt ou trente ans sur la réalité de l'espace qu'ils desservent.  Résultat : tous les jours, pendant plus de trois heures, le réseau routier genevois est saturé. Et les Genevois, piétons, cyclistes, motards, automobilistes, usagers des transports publics ensemble, n'en peuvent plus. Et le disent. Et disent comment ils veulent que soit conçue la mobilité dans leur espace de vie : à partir d'abord des transports publics, ensuite de la mobilité douce, et enfin seulement, quasi accessoirement, de l'automobile.

La clef pour sortir de l'impasse de l'immobilité genevoise ouvre ainsi deux portes : celle des transports publics, pour sortir de la ville et y entrer, celle de la mobilité douce pour se déplacer à l'intérieur de la ville. Et cette clef ferme une troisième porte : celle du garage à bagnole. Du fond duquel nous parviennent d'ailleurs déjà les sanglots longs et les aigres dénégations des fétichistes de la bagnole en ville.
Mais on avouera que cette petite musique nous plaît, comme un requiem pour un absurde « libre choix du mode de transport ».

15:36 Publié dans Genève, Politique, Transports | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tpg, mobilité douce, automobile | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bon, là tu pousses et du coup je te tutoie !
Oui, ce coup-ci tu réussis l'exploit de me contrarier, moi qui me croyais plutôt zen.
La cause en est relativement simple; J'aime tes prises de position, ton avis m'importe, tu fais partie de ceux qui comptent pour moi. Et là, tu es misérable, pour ne pas dire minable.
Tu hurles avec ta meute d'assoiffés anti-bagnoles, t'as peut-être même pas le permis, ce qui expliquerait bien des choses à ta décharge. Enfin, pas sûr...
Je vais être simple. Basique. Je te la fais très courte :
- Depuis que des enfoirés de ton genre ont réussi à convaincre une large majorité des Genevois de refuser la traversée de la rade, tes rêves se sont envolés. Et oui, ce tunnel était la seule alternative à l'augmentation programmée des TIM (transports individuels motorisés) de près de 30% à l'horizon 2030.
- la bagnole est non seulement sexy (Tesla), mais indispensable pour tous les citoyens qui n'ont juste pas les moyens de s'offrir une résidence dans le canton. Et oui, le m2 coûte cher, et y'a juste rien de potable à louer.
- Sans traversée du lac, ou de la rade, il sera impossible de commencer à envisager un hypercentre dédié à la mobilité douce et aux TPG pour la simple et bonne raison qu'il faudra passer par ce foutu pont du Mont-Blanc.
T'es content j'espère !?
- Enfin, juste pour le dessert, tu fais partie de ceux qui demandent le beurre et l'argent du beurre, et tout le reste, en soutenant la baisse des tarifs TPG alors même que tu dénonces l'absence d'envergure et de développement de ces derniers.
Bref, tu m'emmerdes et je suis ravi de te le dire aussi crument. C'est pas digne d'un mec comme toi. Et du coup, je me demande comment c'est possible que j'attache tant d'importance à tes contributions.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 06 novembre 2014

Bon, ben on répond, posément :
1. Je n'ai en effet pas le permis. Qu'aurais-je à en faire, puisque je n'ai pas de bagnole, ni n'ai la moindre intention d'en avoir, et que, quel qu'ait été mon domicile (Onex, Meinier, Genève, la France voisine) je n'en ai jamais eu besoin pour me déplacer ? etg que cette caisse à roulette m'est toujours apparue comme à peu près aussi sexy qu'une boîte de conserve ?
2. La traversée de la rade (ou du lac) n'est évidemment pas une "alternative" aux TIM puisqu'elle ne répond qu'à leur prééminence actuelle. Une alternative, par définition, c'est "autre chose" : l'alternative aux transports individuels motorisés ce sont les transports collectifs et les transports individuels non motorisés.
3. Pour ceux qui n'ont "pas les moyens de s'offrir une résidence dans le canton", et qui donc résident sur Vaud ou en France, la bagnole n'est indispensable que parce que les transports publics sont insuffisants.
4. Le Pont du Mont-Blanc n'est "incontournable" que quand on se déplace en bagnole, à l'intérieur de la ville, d'une rive à l'autre du lac ou du Rhône. A pied ou à vélo, on passe ailleurs. Et en transports publics on peut aussi. Dès lors que la priorité sera donnée, en ville, aux transports publics et à la mobilité douce, le pont pourra ne plus être emprunté que par les 15 % d'"automobilistes contraints" (personnes à mobilité réduite, professionnels -dont les taxis..., services d'urgence, personnes se déplaçant hors des horaires de fonctionnement régulier des transports publics...
5. Il n'y a aucune fatalité à ce que la baisse des tarifs des TPG se traduise par une baisse de leurs prestations : la subvention publique est précisément là pour équilibrer les rentrées et les coûts.
Ouala...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 06 novembre 2014

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