lundi, 03 novembre 2014

Déclinisme, décadentisme et catastrophisme au menu : Déprime time

Il y a comme cela, régulièrement, des bouquins dont on cause tellement dans tous les media possibles qu'on a l'impression de les avoir déjà lus alors même qu'on n'en a pas tourné la première page, et qu'on n'en a même pas envie. Ce buzz nous avait dissuadés de décoder le Da Vinci, d'aller au-delà de la première nuance de Grey, de célébrer un autre Dicker que Jacques ou de nous abîmer dans les règlements de compte adultérins de Valérie Valérie Trierweiler, il nous dissuade aujourd'hui de prendre, ou de perdre, pour lire Eric Zemmour la plus petite part du temps que nous consacrons à relire Dostoïevski. Pourtant, il faudrait peut-être que nous nous résignions à ce sacrifice, puisqu'on nous serine que le succès du pavé de Zemmour, « Le Suicide français », est « révélateur ». Reste à savoir de quoi... d'un temps de déprime politique, en tout cas, mais encore ?


...comme un vieux vinyle rayé d'avoir trop passé sous le vieux saphir d'un vieil électrophone...

La France se meurt, la France est morte », pleurniche (bruyamment), sur tous les plateau de télé, dans tous les studios de radio, Eric Zemmour. De quelle France signe-t-il l'acte de décès ? De la sienne, sans doute, mais quelle est-elle, ou quelle fut-elle ? Et de quoi la nostalgie du Grand Homme (De Gaulle, Napoléon) est-elle le signe, sinon de la petitesse de celui qui la cultive et à qui il faut un chef pour ne pas se sentir orphelin, un sauveur pour ne pas se croire damné, un homme providentiel pour croire à la providence et un dogme pour ne pas se retrouver perdu dans le désordre du pluralisme des idées ?

Que nous dit, sinon une double impuissance, à comprendre le monde dans lequel on vit, et à le changer,  la nostalgie du joli temps du « travail, famille, patrie », de la terre qui ne ment pas et de quelques autres foutaises du même genre (en harmonie avec ce jourd'hui du 13 Brumaire, qui se trouve être celui du topinambour) ? Pourquoi des Zemmour voudraient-ils d'ailleurs le changer, ce monde, puisqu'ils y font leur trou en y faisant le buzz sur l'air du « c'était mieux avant », du temps des hiérarchies stables, des vérités absolues, des pouvoirs vénérés et des vérités révérées. Mais quand donc était ce temps, et qui le connut, et où ? Jamais, personne, nulle part...
Il n'y jamais eu de pouvoir, même totalitaire, incontesté (il y avait des antinazis allemands, des antistaliniens soviétiques, des antimaoïstes chinois), ni d'autorité incritiquée (il y avait des gaullistes sous Pétain  et des antigaullistes sous De Gaulle) -ce qui a changé, c'est le prix que paient les contestataires et les critiques : on ne brûle plus les hérétiques.
Il est vrai qu'il faut des dogmes pour qu'il y ait des hérésies et qu'en nos sociétés, il n'y a plus guère de dogmes et que c'est moins là une victoire de la liberté qu'une victoire du « marché des idées » : les dogmes font de mauvaises marchandises puisqu'ils sont immuables, et la concurrences des vérités relatives permet au moins d'en tirer quelque profit -et de faire passer pour de l'anticonformisme l'éloge amnésique du conformisme d'hier.
La gauche n'échappe d'ailleurs pas à cette incapacité de projeter, à ce confit de frustration vindicative : Comme la République sous l'Empire, que la gauche était belle sous la droite, que le mouvement ouvrier était grand sous le capitalisme industriel, que la liberté était radieuse sous le fascisme, et le socialisme démocratique ou libertaire sous le stalinisme...

C'est l'« éternel retour du même » que ce «déclinisme» qui tourne en boucle comme un vieux vinyle rayé d'avoir trop passé sous le vieux saphir d'un vieil électrophone. Cette psalmodie déprimée est une permanence depuis plus de deux millénaires (du moins le « déclinisme » nourrissait-il, quand il était le fait de Socrate, une réflexion sur le possible social et politique), et scande toute l'histoire du débat politique depuis la fin du Moyen-Age. Ce qu'elle a sans doute de nouveau, en plus de l'écho que lui donnent des media dont la puissance, aujourd'hui, est incomparable à toute autre époque, c'est son caractère acrimonieux : à gauche comme à droite, les Zemmour n'ont de pensée sure qu'au sens d'une pensée aigre.

13:27 Publié dans Politique, Société - People | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : déclinisme, zemmour | |  Facebook | | | |

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