vendredi, 17 octobre 2014

Grand Conseil genevois : cri primal, thérapie de groupe et autoabsolution

Donc, Gominator ne sera pas sanctionné pour avoir mis le souk au Grand Conseil vendredi soir, et avoir refusé (avec le soutien de ses spadassins à la double casquette de députés et de policiers) d'être conduit vers la sortie par des gendarmes lambdas, même pas députés : « sollicité de se prononcer » sur une proposition de sanction, « le Bureau n'a pas adopté cette proposition » -ni ne l'a d'ailleurs refusée puisqu'il y avait égalité des voix (les représentants du PS, du PLR et du PDC étaient favorables à une sanction, celui du MCG -Gominator lui-même- et ceux de l'UDC et d'Ensemble à Gauche y étaient opposés, et le représentant vert était absent). Comme il faut une majorité pour qu'une décision soit prise, dans un sens ou un autre, aucune décision n'a été prise. Et le MCG, annonçant la nouvelle de l'autoabsolution de Stauffer avant même que le bureau le fasse, de plastronner : « la sagesse l'a emporté et la démocratie se voit renforcée ». D'où il appert que la sagesse consiste à ne rien décider, qu'on renforce la démocratie en allant à la pêche mais que le bureau du Grand Conseil ne convient pas mieux à une thérapie de groupe que le Grand Conseil lui-même à un cri primal.


Golem.jpgLe Golem, deuxième parti politique genevois

"Dans ce quartier qui s'est senti abandonné par l'Etat, il était important d'agir » en posant des caméras de vidéosurveillance, a déclaré Maudet mercredi. De quel quartier «  abandonné par l'Etat » parlait-il ? De la salle du Grand Conseil ? Non : des Pâquis. Car dans la salle du Grand Conseil, les caméras filment les séances. Et magie de la vidéosurveillance, les incivilités et la délinquance en ont été extirpées, du fait même qu'elles sont filmées. Mais trève d'ironie :  Un parlement doit être un lieu de liberté la plus absolue et supportable possible. En tout cas, de liberté de parole. Pour nous, évidemment (reste à être capable d'en user, et c'est une autre paire de manches...) mais aussi, pour les autres, puisqu'ils y ont, comme nous, été élus...

Le MCG se dit « ni ne droite, ni de gauche » ? Il est là où ses chefs le posent. A droite si c'est Stauffer qui décide, à la Chambre genevoise immobilière si c'est Zacharias qui paie, nulle part si c'est Medeiros qui parle, mais à l'extrême-droite si personne ne lui dit où se mettre et qu'il se laisse guider par son instinct. Dans le souk créé par le MCG au Grand Conseil le 10 décembre, un député PLR tente de prendre des photos de l'événement avec son portable. Hurlement de la doublure du chef du MCG : «  Si tu mets une photo sur les réseaux sociaux, t'es mort ». A part ça, le MCG n'a rien à voir avec un groupe fasciste. Rien. Seulement les pratiques, le langage et les menaces. Et quelques uns de ses membres.
Cela étant, le problème que pose le MCG n'est pas tant le comportement de son Conducator ou de tel ou tel(le) élément de sa meute, que le fait que cette benne à recyclage des politiciens brouillés avec leurs partis, ce Golem fait de ce qu'on a ramassé ça et là et agrégé tant bien que mal, soit devenu le deuxième parti du canton.
Le débat qui s'est engagé depuis vendredi dernier dans les media et les réseaux sociaux sur l'attitude à adopter à l'égard du MCG et de son Conducator porte-t-il sur la tactique (sanctionner Stauffer, n'est-ce pas lui offrir en cadeau un statut de «  dissident » dont il ferait usage ? ne pas le sanctionner, n'est-ce pas lui offrir en revanche une stature de héros de la libre expression, même réduite à des bramements? ) ou sur le fond (le comportement et celui du MCG sont-ils acceptables politiquement ?) ? En tous les cas, il nous paraît singulièrement réduit à l'événementiel. Parce que sanctionner Stauffer aujourd'hui (mais pas seulement Stauffer: il faudrait sanctionner tout son groupe avec lui, parce qu'il n'est rien tout seul, même s'il est persuadé du contraire) pour ensuite l'élire à la présidence du Grand Conseil après-demain, ou élire sa doublure à celle du Conseil Municipal demain, relèverait du foutage de gueule pur et simple. On se donnerait bonne conscience et belle apparence par de vibrantes et indignées condamnations du MCG tout en continuant, avec lui aussi, les petits arrangements de couloir et de buvette, le petit partage des postes, le petit tournus des honneurs qu'il fait mine de dénoncer tout en les pratiquant avec autant, sinon plus, d'assiduité que les autres... Ainsi jouerions nous les vierges effarouchées pour les media, mais resterions fleurs de trottoir pour les coulissses -et point n'est besoin de désigner des coupables d'absences ou de trahison : tous les groupes parlementaires, sans exception aucune, et toutes les composantes de ces groupes, sans exception aucune, sont impliqués dans ce double jeu...

Sauf nous, évidemment.

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Commentaires

Le drame, c'est qu'il y a des milliers de crétins qui votent pour le parti de ces écervelés...

Écrit par : Cramia | vendredi, 17 octobre 2014

Ce billet a le mérite de poser le problème noir sur blanc et d'aller au-delà du premier plan, l'événementiel.
Le déroulement de la scène est certes important, surtout que le MCG a essayé de faire passer sa version, dans laquelle sa figure de proue a le beau rôle.

Avec le recul d'une semaine et les précisions qui sont arrivées, petit à petit, le tableau prend de la perspective, les détails ressortent et le présent billet amène encore un éclairage sur l'arrière-plan.

Les électeurs sont responsables de leur choix et après cet épisode, ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.

Écrit par : Calendula | samedi, 18 octobre 2014

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