mercredi, 15 octobre 2014

Choses vues au parlement de Mahagonny

(texte paru dans "Le Courrier" d'hier)


 

   
A Genève, des policiers députés, on avait déjà. Mais des policiers dépêchés pour expulser de la salle du Grand Conseil le chef de brigade des policiers députés, c'est nouveau, ça vient de sortir. Pouvait-ce sortir ailleurs qu'à Genève ? Et où, sinon à Genève, aurait-on pu assister au spectacle rare d'un cordon de députés policiers protégeant leur padrino des policiers appelés pour l'expulser de la salle des séances où il faisait esclandre ? Il manquait bien encore quelques policiers municipaux, pompiers, garde-frontières et agents de sécurité privés pour corser le spectacle de clôture du bicentenaire de la police genevoise (ou d'ouverture de la récolte de signatures du référendum contre la loi sur la police), mais pour l'essentiel, la distribution était assez convaincante, et, d'une certaine manière, le spectacle assez bienvenu : rien ne vaut une démonstration par l'acte de la validité de l'une des hypothèses que nous formulons depuis quelque temps : le MCG n'est pas un parti politique mais un gang. Et qui les entend intervenir dans un parlement conviendra sans peine que, tant qu'à faire rempart de quelque chose pour protéger Gominator, il valait en effet mieux pour lui que ses spadassins lui fassent rempart de leur corps que de leur esprit.

A l’origine de l'esclandre, la décision du président du Grand Conseil, Antoine Droin, de ne pas procéder à la relecture complète d’un amendement déjà traité, initialement déposé par les Verts et repris malgré eux par le MCG pour couler une loi qui lui déplaît parce qu'elle permet des "fronts républicains" contre le MCG, comme à Vernier. Et peut-être à Onex, où c'est précisément l'absence d'un tel "front" (et le renoncement de la gauche à un siège qu'elle détenait à l'exécutif municipal) qui a permis à Stauffer de sévir, aussi, au Conseil administratif

Mais au fond, ce n'est pas Stauffer qui pose problème. Après tout, comme le disaient nos grandes tantes mômières, "il lui a été peu donné, il lui sera peu demandé" (à prononcer avec l'accent vaudois) -non plus d'ailleurs qu'à sa meute (qui sévit aussi au Conseil Municipal de la Ville). Ce qui pose problème, c'est la proximité, la consanguinité (et comme disait le Papé dans "Manon des Sources", "c'est pas bon pour les lapins, c'est pas bon non plus pour les humains"...) du MCG et de la police. D'ailleurs, ce n'est même pas la police qui a finalement expulsé Stauffer, c'est le président du Conseil d'Etat et le Conseiller d'Etat MCG qui l'ont gentiment conduit vers la sortie (tiens, d'ailleurs, il était où le Maudet en chef de toutes nos polices ?). Il ne leur manquait que la blouse blanche pour qu'ils fassent de très crédibles infirmiers de Belle-Idée, à ces deux-là. S'ils doivent se reconvertir, ils n'auront pas besoin de solliciter un Emploi de solidarité. 

"La police appartient à tout le monde. Elle se veut proche des gens" déclarait Pierre Maudet, lors du 200e anniversaire de la police cantonale genevoise, il y a dix jours à peine. En effet : une semaine plus tard, entre les flics appelés pour expulser Stauffer et les flics députés de son parti les empêchant de faire leur boulot, elle était très proche de certaines gens, la police qui appartient à tout le monde mais apparemment à certains plus qu'à d'autre.

Et c'est ainsi qu'on passe d'une police de proximité à une police de promiscuité.

   

 

02:47 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, mcg | |  Facebook | | | |

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