mardi, 07 octobre 2014

Les rites de Piogre

Genève : Autocongratulation policière, défoulement antipolicier       

La manifestation (non autorisée par la police) de contestation du défilé autocongratulatoire (autorisé par le syndicat de la police) des polices genevoises, romandes, tessinoise, bernoise et françaises, a donné lieu samedi à quelques débordements. On avait soutenu cette contre-manifestation et on ne retire rien de ce soutien. On ne dira même rien de comminatoire des «débordements» unanimement déplorés à gauche -on ne va tout de même pas faire semblant d'oublier que nous pratiquions il y a quelques décennies, lorsque l'état de nos articulations et de nos poumons le permettaient, ce que les « éléments incontrôlés » d'aujourd'hui pratiquent. Quant au défilé policier, si on devait n'en retenir qu'une image ce serait celle, éminemment roborative, d'élus MCG applaudissant les détachements de la gendarmerie et de la police nationale françaises. Quant on vous dit que la République de Piogre a quelque chose d'ubuesque et de pataphysique...


 

« S'agglutine-t-on par connerie ou devient-on con parce qu'on s'agglutine ? »

Pierre Maudet, illustre ministre de la Justice et de la Police de l'illustre République de Genève, est content. De lui, en général, et en particulier du défilé des polices, gendarmeries, garde-frontières, guets et chasse-gueux de toute la région (et au-delà). Et de la contention de la manif « antipolice » à laquelle appelaient des anars. 500 poulets, gabelous et pandores d'un côté, 300 manifestants de l'autre : chaque cohorte a donné le spectacle qu'on attendait d'elle et une animation à la mesure de notre paisible République.
La manif se voulait pacifique. Et de fait, la grande majorité des manifestants partageait cette volonté, celle de « danser contre la police », de lui reprendre la rue. Mais elle était aussi libertaire, ce qui excluait qu'elle se dotât d'un service d'ordre chargé de faire la police dans une manifestation contre la police. Il arriva donc ce qu'on ne pouvait éviter qu'il arrivât, et que l'on désignera par les mots de «débordement» et de « dérapages », quj nous évitent au moins le ridicule d'évoquer une « émeute ».

Dès qu'il y a un Etat, il y a une police, dès qu'il y a une police il y a des adversaires de la police. Une police, tant qu'elle est démocratiquement contrôlable, vaut mieux qu'une milice, et un Etat de droit qu'un Etat de proie. Il y a donc pire possible, bien pire, que la police genevoise (et bien plus dangereux, à commencer par ceux qui s'en proclament les défenseurs, que ses adversaires). Mais ce satisfecit très relatif n'enlève rien à la nécessité de la critique de cette police et, surtout de la politique sécuritaire dont elle est le bras armé.
La manif antipolicière de samedi « était avant tout une réaction viscérale contre le discours sécuritaire voulu et mis en place par le duo Pierre Maudet-Olivier Jornot », écrit Le Courrier d'hier. Il n'a sans doute pas tort de l'écrire -mais le plus inquiétant dans ce discours sécuritaire n'est pas qu'il soit tenu mais qu'il se tienne sans réplique ou presque : le duo Maudet-Jornot n'a pas pris le pouvoir par les armes mais par les urnes, et d'autant plus facilement que le camp supposé être celui d'en face (le nôtre, donc) a fait à peu près tout ce qu'il pouvait pour leur faciliter la tâche, à commencer par se diviser, et à continuer par s'abstenir de se battre, y compris dans les urnes (souvenez-vous de l'abstention de la gauche gouvernementale dans le soutien à la candidature de gauche contre Olivier Jornot, une abstention qui avait succédé à celle de presque toute la gauche en général, « gauche de la gauche » comprise (à l'exception du Parti du Travail, de la Jeunesse socialiste et de quelques énergumènes dans notre genre) lors de l'élection du successeur de Pierre Maudet à la Municipalité de Genève (et à la tête de la police municipale).

Dans son essai incontournable et définitif, « De la connerie », Georges Picard pose LA question fondamentale à se poser avant toute manif et après tout défilé : « s'agglutine-t-on par connerie ou devient-on con parce qu'on s'agglutine ? ». Les quelques « casseurs » de samedi ont certes déconné (pas plus, cependant, et même plutôt moins, que nous-mêmes naguère en semblables circonstances), mais la manif qu'ils ont détournée par la « casse stérile » évoquée par Le Courrier protestait contre un autre détournement, politique celui-là, et dont « notre camp » fut quelque peu complice : le détournement de la Justice et de la Police pour les mettre au service de l'épuration sociale de la cité. Genève ne se couvre pas de prisons, et on n'y gonfle pas les effectifs de la police, par hasard ou par complot, mais par absence de contestation et de résistance (de gauche, forcément, d'où, sinon ?) à la paranoïa sécuritaire...

   

14:24 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : police | |  Facebook | | | |

Commentaires

Genève est devenue un foutoir, et ça n'est pas les bisounours libre-circulationnistes qui sont en place qui vont faire quelque chose.

Au même moment, samedi passé, se déroulait une fête pour la Guardia civil de la région de Valence, en Espagne. 700 gendarmes en défilé.

Pas un des ploucs que l'on a ici n'a perturbé quoi que ce soit là-bas, ni de près ni de loin.

Écrit par : JDJ | mardi, 07 octobre 2014

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