lundi, 06 octobre 2014

Qui a peur des BRICS ? Un contre-pouvoir au capitalisme international, vraiment ?

En juillet dernier, les BRICS (Brésil+Russie+Inde+Chine+Afrique du Sud) ont créé, au Brésil, une « nouvelle banque de développement » (la NDB dans son sigle anglais), au capital de 50 milliards de dollars qu'elle distribuera sous forme de prêts, et dont le but est de « mobiliser des ressources pour le financement d'infrastructures et de projets de développement durable », dans les cinq pays et d'autres «pays émergents». Parallèlement à la création de cette banque, où les BRICS sont tous représentés de manière égale, indépendamment de leur apport financier, ils se sont dotés d'un fonds de réserve d'urgence de 100 milliards de dollars (dont 41 assurés par la Chine). Est-ce suffisant pour faire réellement contrepoids aux « institutions de Bretton Woods », le FMI et la Banque Mondiale, dominées par les « Occidentaux » ? Sans doute pas.      


 


« Les opprimés refont plus tard des oppresseurs » (Victor Hugo)

Brésil+Russie+Inde+Chine+Afrique du Sud (BRICS) = un contrepoids aux puissances économiques dominantes (les USA, l'Europe, le Japon), ou plutôt un partenaire de ces puissances pour un partage du pouvoir ? En tout cas, un poids, et le signe d'une influence grandissante, qui pourrait pousser à rééquilibrer le système de « gouvernance mondiale » -mais sans le renverser : les BRICS ne sont pas anticapitalistes, ils veulent simplement leur part du capitalisme. La Chine et l'Inde, déjà, investissent massivement dans les pays en développement, non pour le développement de ces pays mais pour leurs propres intérêts. Le seul point commun des cinq Etats constituant les BRICS est d'être des « puissances émergentes » (encore que la Chine ait franchi le cap de l'émergence pour être une puissance tout court...), mais ils restent hétéroclites en termes de choix politiques et inégaux en termes de poids financier (et politique). Leur alliance signifie une convergence, permet des accords stratégiques, comme celui (400 milliards de dollars sur 30 ans) entre le russe Gazprom et le chinois CNPC, mais reste structurée par des intérêts et des raisons d'Etat contradictoires.

Ensemble, les BRICS représentent 40 % de la population mondiale et pèsent un quart de l'économie mondiale, mais n'ont qu'un dixième des droits de vote au FMI. Ils exigent un rééquilibrage, et des investissements dans les infrastructures des pays « émergents » -ils se donnent donc les moyens, encore insuffisants (les pays en développement ont besoin de 1000 milliards par an d'investissements dans leurs infrastructures) mais pouvant être accrus, d'un tel effort. D'ici 2020, la « nouvelle banque de développement» des BRICS pourrait consentir des prêts à hauteur totale d'un peu plus d'une trentaine de milliards de dollars par an -la Banque Mondiale en ayant octroyé pour 52 milliards en 2012. Différences notables d'avec les institutions financières existantes : la NDB ne devrait pas poser à ses prêts de conditions du genre des plans d'ajustement structurels imposés par le FMI et la BM, et respecter en son sein le principe « un pays une voix » indépendamment de la contribution financière de chacun. Car au sein même des BRICS, un acteur est déterminant : la Chine, deuxième puissance économique mondiale avec un PIB de 8000 milliards de dollars US, et premier créancier des USA. Sa devise a dépassé l'Euro dans le classement des devises de transactions financières (où le dollar reste largement dominant, avec 80 % du marché contre 8 % pour le yuan), mais, non convertible, elle est quasiment absente des réserves de change (60 % en dollars, 25 % en euros) dont la Chine détient pourtant les plus colossales au monde (plus de 3000 milliards de dollars US, soit deux fois le total de toutes les dettes publiques des pays en développement).

Avant de fêter l'émergence d'une alternative au capitalisme international, et de cultiver l'heureuse illusion que les BRICS représentent cette alternative, prudence et discernement s'imposent donc : les cinq pays qui forment ce conglomérat sont certes des puissances économiques, industrielles et politiques, mais sur le terrain, dans la gadoue, les mines, les gisements de pétrole et les usines, ils sont surtout des espaces de surexploitation du travail et de négation des droits sociaux les plus élémentaires -bref : d'accumulation du capital par les méthodes les plus brutales du XIXe siècle européen.
Si un spectre hante le monde des pouvoirs économiques et financiers, ce n'est certes pas celui-là, qui n'est, au pire, qu'un concurrent. Du genre ce ceux avec qui on négocie un partage du monde et du pouvoir sur le monde, pas un changement de monde.
Poutine n'est pas Zapata et le PC chinois n'est pas un bastion de l'altermondialisme.

 

14:43 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ndb, fmi, banque mondiale, brics, chine | |  Facebook | | | |

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