mercredi, 11 juin 2014

La gentille gauche et l'extrême-doite méchante

Bureau des pleurs ou riposte politique ? 

La gauche gentille (qu'on nous pardonne ce pléonasme) se plaint : le MCG pourrit l'ambiance dans les parlements, et c'est pas juste, on y était si bien avant qu'il y entre. Dans « Gauche Hebdo » (du 31 mai) les nouvelles présidentes des Verts, Lisa Mazzone, et du Parti socialiste, Carole-Anne Kast, invitent la gauche à « s'unir pour dénoncer les agissements du MCG qui menace la démocratie » -curieusement, les caissettes sur lesquelles les affichettes du journal résumaient l'appel des présidentes verte et socialiste par « le MCG est un parti dangereux pour la démocratie » ont été systématiquement vandalisées (« par des inconnus », ajoute l'hebdo -des inconnus sans doute « ni de gauche ni de droite »...). S'unir pour dénoncer les agissements du MCG, soit. ça ne mange pas de pain. Mais après la dénonciation, on fait quoi ? On la fait aboutir à quoi, la dénonciation ? A un bureau des pleurs démocratiques, ou à une capacité de riposter comme ils le méritent aux « agissements » qu'on dénonce ?


Quand nous nous enfermons nous-mêmes dans le respect des règles qui nous désarment...

Les séances de plusieurs parlements municipaux et du parlement cantonal genevois sont le théâtre d'affrontements verbaux récurrents. Au Conseil municipal d'Onex, raconte la Tribune de Genève du 15 mai, le débat, mi-mai, s'est transformé « en pugilat en bonne et due forme où le verbe dépasse largement le politiquement correct et où les insinuations douteuses n'ont plus rien à voir avec l'intérêt public » -et à Onex comme à Vernier ou à Ville, ce sont (presque) toujours des mêmes bancs que sourdent, s'exhalent et s'expriment initialement injures et provocations plus ou moins nauséabondes : des bancs du MCG. Il nous arrive certes, parfois, d'y répondre sur le même ton, mais tout se passe comme si la gauche se trouvait désarmée, tétanisée, devant les brâmes de l'extrême-droite. Le plus souvent, elle se contente de les dénoncer et de s'en plaindre. Et d'exiger des excuses. Qui finissent par tomber de quelque générateur automatique de contritions calibrées où l'on s'excuse soi-même. Or ce dont la gauche devrait se plaindre surtout, c'est de ne pas savoir comment répondre à ces agressions. De ne pas savoir, de ne plus savoir ou de ne plus vouloir ?

Dans l'entretien accordé, avec sa collègue présidente des Verts, Lisa Mazzone, à Gauche Hebdo, la présidente du PS genevois, Carole-Anne Kast, décrit assez bien ce que fait le MCG, comment il fonctionne et à quels fins : n'ayant pas de programme, « il utilise les institutions, non pour développer ses idées, mais pour attaquer celles des autres, bloquer des processus, se faire de la pub, de l'auto-promo et de temps en temps accorder des avantages à ses membres ». Contrairement à la droite « bourgeoise », qui, si elle « défend des privilégiés », respecte au moins « certains principes, ne triche pas avec les règles du système » -ce qui est d'ailleurs la moindre des choses puisque le « système » est le sien... Une fois ce constat fait, quelles conclusions en tire-t-on quant à notre propre situation dans le champ politique (et on ne parle pas là seulement du PS) ?

Les partis d'extrême-droite gagnent parce qu'ils se présentent aux victimes du « système » comme des partis « anti-système », lors même qu'ils ne rêvent que d'être eux-mêmes au centre du « système ». Mais les partis « anti-système », il fut un temps où c'étaient les nôtres... un temps où nous ne nous accrochions pas ou « système » pour y défendre nos places contre ceux qui veulent les prendre (pour n'en rien faire d'autre que ce qu'ils contestent)... un temps où le qualificatif de « socialiste » signifiait une volonté de changer radicalement le jeu social et politique, ses règles et ses fins...
Nous nous enfermons nous-mêmes dans un respect des règles qui nous désarment. Mais d'où nous tombent-elles, ces règles ? Sont-elles les nôtres ? Et qui gagne à ce que nous les respections comme des fétichistes leurs fétiches, sinon nos adversaires ? Eux s'en émancipent de ces règles, pourquoi pas nous ? Parce que nous, nous les avons intériorisées. Au point d'ailleurs de ne pas hésiter longtemps à passer quelques petites alliances crapoteuses ou nouer quelques bonnes connivences de buvette avec ceux dont nous déclarons par ailleurs qu'ils sont «un danger pour la démocratie ».

Certes, des partis comme le MCG, le Front National en France, Jobbik en Hongrie ou « Aube Dorée » en Grèce, n'entrent pas dans les parlements en forçant leurs portes : ils y entrent parce qu'ils font élire. Cela en fait-il pour autant des « partis comme les autres », avec lesquels il conviendrait de travailler comme avec les partis de la droite démocratique ? Et nos partis, à nous, d'ailleurs, ne paient-ils pas le prix politique fort d'être devenus des « partis comme les autres » alors que ce qui les justifiait, et qui toujours peut les justifier, les légitimer, est précisément leur différence (s'il en reste une qui soit notable) d'avec « les autres », leurs règles et leurs institutions ?
   

 

16:16 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | | |

Commentaires

C'est tellement vrai qu'il n'y a rien à ajouter !Excepté que l'Extrême Droite a imité la scientologie qui en voyant les chambardements au sein de nombreuses professions même en milieu scolaire en profita pour s'y infiltrer !

Écrit par : lovsmeralda | mercredi, 11 juin 2014

Mme KAST: Une dangereuse réactionnaire conservatrice, défendant becs et ongles les privilèges de sa Caste, en trahissant ouvertement celles et ceux qu'elle a juré de protéger!

Malheureusement, l'illusion fait encore recette!

Le même commentaire vaut pour les Khmers Verts!

Tous unis derrière le bouclier de la pensée unique qui consiste à diaboliser le seul véritable parti de Progrès Social à Genève: Le Mouvement Citoyens Genevois.

Les Urnes ont parlé!

Profiteurs de tous horizons, prosternez-vous devant le Souverain, soit la population genevoise et priez afin qu'il continue à être magnanime!

Mais attention, on ne peut tromper son monde tout le temps!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | mercredi, 11 juin 2014

Peur de publier mon commentaire?

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | mercredi, 11 juin 2014

Non, absent, en train de fêter l'accession de Sami Kanaan à la Mairie de Genève... j'aurais eu mauvaise grâce à priver nos lecteurs de votre lyrisme de cantine...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 juin 2014

Avec Sarko on parlait des cadeaux faits aux riches.

Désormais, en France seulement? on ne comprend pas pourquoi dès qu'il s'agit de "faire des économies" la gauche qui devrait assurer leurs prestations sociales aux plus démunis... comme avec un malin plaisir s'empresse d'y porter atteinte en les faisant rétrécir comme peau de chagrin ce qui fait que les plus démunis qui devraient soutenir ceux qui devraient veiller sur eux en leur garantissant l'intégrité de leurs prestations sociales se tournent vers le FN!

Écrit par : Myriam Belakovsky | jeudi, 12 juin 2014

point Godwin s'agissant du nazisme. "Le même commentaire vaut pour les Khmers Verts!" pour les Khmers et vu les attaches du MCG au milieu concerné le point G conviendrait mieux

Écrit par : briand | jeudi, 12 juin 2014

Effectivement, il ne fallait pas rater ça!

Lyrisme d'opérette ou pas, le message n'en est pas moins vrai.

Mais la vérité des urnes, ce n'est pas trop votre 'truc' à gauche..

Pour la Gauche cela serait plutôt la Doctrine de La Démocratie Relative (DDR), qui consiste à tempérer la quantité par la qualité.
Ainsi, quelque soit le score, si contraire à vos idées, il ne saurait être légitime.

Mais fort heureusement, pour cette 'Gôche' là, ça sent le sapin!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | jeudi, 12 juin 2014

En démocratie, les urnes ne produisent aucune vérité, mais seulement des décisions. Quelles qu'elle soient. Si stupides (ou pire) qu'elles puissent être. A chacun ensuite d'en faire ce qu'il veut ou peut. De les accepter, les refuser ou les ignorer.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 juin 2014

Monsieur le Député Zacharias,
17'645 bulletins de vote (dont 14'617 Bulletins compacts) pour le MCG lors de l’élection du Grand Conseil.
Tous les genevois ne sont pas pour le MCG, loin de la.
476 006 personnes habitaient à Genève, en 2013. Nous sommes 281 383 suisses.
On peut donc en déduire que tous les partis politiques du Grand Conseil ne sont que des minorités.
Aucun parti politique de notre canton représente tous les genevois.

Écrit par : Steve Roeck | vendredi, 13 juin 2014

Bravo Pascal pour cette analyse lucide que je partage entièrement !

Écrit par : Laurent Tettamanti | vendredi, 13 juin 2014

Aucun parti politique, ni même tous ensemble, puisque l'addition des abstentions, des votes blancs, des votes nuls et de la population sans droit de vote correspond à l'écrasante majorité de la population du canton...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 13 juin 2014

Ta démonstration est très éclairante sur l'état de déliquescence du dialogue dans les parlements et sur l'effet du populisme sur la démocratie.

Mais en prônant que le PS devienne un parti qui ne discute ni ne transige plus, tu nous encourages (nous, les parlementaires) à prêcher chacun dans le désert.

Est-ce pour cela que nous avons été élus? Je préfère penser que nous sommes là pour chercher des solutions concrètes aux problèmes du moment et que cela passe par un nécessaire dialogue.

Le MCG ne pourra plus longtemps prétendre être en dehors du système.

Les fruits mûrs tombent, les fruits pourris aussi, mais personne ne les ramasse.

En tous les cas,merci et bravo pour ton stimulant billet.

Écrit par : Alexis Barbey | mardi, 08 juillet 2014

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