vendredi, 06 juin 2014

Prêche socialiste de Pentecôte : Vive la commune !

Dimanche,pentecotesinaiviie.jpg c'est la Pentecôte. Une fête chrétienne célébrant la descente enflammée du Saint-Esprit sur les combustibles apôtres de Jésus de Nazareth et sur leurs amis, cinquante jours après Pâques. En ce jour, les chrétiens sont supposés prier leur dieu pour que pareille descente (moins enflammée, sans doute) de pareil Esprit leur soit accordée. Combien le font-ils ? La réponse la plus plausible, dans nos contrées, aujourd'hui, serait de nature à désespérer les fidèles -aussi nous abstiendrons-nous de la donner. En revanche, nous ne nous abstiendrons pas de faire notre petite Pentecôte à nous. Et comme il n'y aura pas de Pentecôte avant les prochaines élections municipales genevoises, nous nous prierons donc nous-mêmes de bien vouloir accorder un peu d'attention à la nécessité de ne pas se présenter à des élections municipales sans un programme politique qui fasse de la commune autre chose, et plus, et mieux que l'étage inférieur de l'Etat, son entresol -sa loge de conciergerie. 


«  Il faut remplacer le "il était une fois" par "il y aura une fois" » (André Breton)

On ne se privera pas, en ce bicentenaire de la naissance du camarade Mikhaïl Alexandrovitch Bakounine, de rappeler, comme le faisait Adhémar Schwytzguébel le 29 février 1876 dans une conférence à Saint-Imier sur « le programme politique du parti socialiste », que « le socialisme veut l'organisation de la souveraineté du peuple d'une manière réelle, par la reconnaissance complète de l'autonomie et de la liberté des individus, des groupes, des communes, des fédérations », de telle manière que « le peuple ne délègue plus sa souveraineté, mais l'exerce directement dans chacun des organes nécessaires à la satisfaction de ses intérêts », que « toute action gouvernementale et autoritaire (soit) supprimée » et que la loi soit remplacée par « le contrat librement débattu et consenti dans les groupes et n'engageant que les contractants ». Rêve anarchiste ? sans doute -mais ce rêve fut assez longtemps éveillé pour que le socialisme endormi d'aujourd'hui y puisse tout de même trouver de quoi sortir de sa torpeur gestionnaire.

Comme moyen de réalisation du programme socialiste tel qu'il le concevait, Adhémar n'y allait pas pas quatre chemins : il prônait «  le soulèvement des communes contre la centralisation de l'Etat, pour la conquête de leur autonomie, puis la Fédération révolutionnaires des Communes pour la défense générale ». Nos espérances ayant été quelque peu domestiquées, nous nous en tiendrons pour l'émancipation des communes plutôt que pour leur soulèvement, et, qu'Adhémar nous pardonne, ne suivrons pas son mot d'ordre de «  pratique générale de l'abstention électorale », en quoi il voyait le moyen « d’isoler les classes gouvernantes de la masse du peuple qui, se constituant au point de vue économique, pourrait, lorsque l’heure de la débâcle aurait sonné, faire crouler l’édifice de l’Etat ». Ici et maintenant, nous y voyons surtout le moyen pour les gouvernants réels (les maîtres de l'économie) de continuer à faire leurs petites et grandes affaires sans être gênés par un pouvoir politique qui pourrait, sait-on jamais, avoir d'autres ambitions de faire régner l'ordre qui convient à ces gouvernants réels et que les gouvernants formels sont précisément là pour garantir. Nous faisons même pire que ne pas suivre le mot d'ordre d'abstention lancé par Schwytzguébel : nous votons, nous élisons et même, et pire, nous nous présentons à des élections (municipales, puisque ce sont les seules à qui nous acccordons quelque légitimité).

Ne reste plus alors qu'à savoir pourquoi nous nous livrons à cet exercice de sociaux-traîtres. Cela s'appelle un programme. Non un programme électoral, mais un programme politique : Changer le monde réel, sans prendre le pouvoir, mais en multipliant les lieux, les espaces, les réseaux, les moyens permettant à chacune et chacun, toutes et tous, de s’autodéterminer : telle est le sens que nous devrions donner à un programme politique municipal.
Nous ne sommes pas « municipalistes » par fétichisme historique, ou par chauvinisme local. Nous le sommes parce que c'est de la commune que nous attendons la concrétisation des principes mêmes de la démocratie, que nous en attendons ce qu’elle seule peut offrir sans appareil de contrainte, et que les vieux socialistes résumaient en une formule : « passer du gouvernement des hommes à l’administration des choses ». En d’autres termes : passer de l’ordre public au service public, la commune, sans capacité normative réelle, étant l’exemple même, et le seul en tant qu’institution politique, d’une collectivité définie par les services qu’elle rend à « sa » population.
La commune est le service public, parce qu’elle n’est rien d’autre –sauf à se nier en tant que commune. N’étant pas fauteuse de lois, sa réalité politique est celle de la mise à disposition de services, de la concrétisation de droits fondamentaux, de la matérialisation des discours politiques.

Bref, en trois mots comme en cent, et à la Pentecôte comme aux  élections : Vive la Commune !

16:50 Publié dans Politique, religion | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : socialisme, commune, schwytzguébel | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Changer le monde réel, sans prendre le pouvoir, mais en multipliant les lieux, les espaces, les réseaux, les moyens permettant à chacune et chacun, toutes et tous, de s’autodéterminer : telle est le sens que nous devrions donner à un programme politique municipal."

Ouais le bordel à tous les étages quoi !

Vous êtes pourtant un grand garçon doué d'une certaine culture, d'un niveau d'intelligence plus qu'honorable et souvent vos propos sont intéressants - quoique les billets trop longuets m'épuisent - comment diable n'arrivez-vous pas à comprendre que de changer le monde réel, de s'autodéterminer (le grand mot est lâché) les masses n'en veulent surtout pas et j'irai même jusqu'à vous faire une confidence, je crois qu'en Helvétie elles s'en tapent souverainement.

Tant qu'à vendre des balivernes autant qu'elles fassent rêver le chaland, non ? Regardez, même le MCG, avec le succès que vous savez, a compris ce principe de base en politique et viré opportunément sa cuti sous l'impulsion d'un nouveau joueur de flute enchantée qui, en fait, ne prêche que pour sa paroisse. Un monde de petits propriétaires et Blanche neige aux fourneaux quoi.

Je ne sais plus lequel des députés de la IIIème République Française qui, rentré chez sa maitresse après une séance à l'Assemblée lui en relatait, tout goguenard et rempli de contentement, les moments épiques tout en se versant généreusement une rasade d'un grand cru : j'ai assurément tué ce projet de loi tout en feignant de le défendre avec la dernière énergie.

Bonne soirée camarade, la lutte continue.

Écrit par : Giona | vendredi, 06 juin 2014

Confidence pour confidence, je vous en fait une : je me fous comme de ma première manif de ce que veulent les masses...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 06 juin 2014

le truc c'est que c'est que la "pentecôte" est d'ordre spirituel. Et quelque soient les croyances, cela reste dans ce domaine. Pentecôte ayant à voir avec l'élévation mentale.
De nos jours décrié, le spirituel touche à des domaines non commerciables.
Quelques victimes d'avc ont vécu des expériences de type "exogène" aux modes de fonctionnement actuels reconnus, de type à les rapprocher avec ce que la signification d'élévation mentale peut recouvrir sous "Pentecôte".

Le génial malgré tout est que grâce à d'obscures auteurs de SF et de scénars de jeux vidéos,
nos djeuns ont ingérés tant de fictions que leur mental est aujourd'hui pré-formaté pour accéder à la compréhension de niveaux mentaux différents, style "tardis" Dr Who ou autres.
Le génial Asimov et d'autres auteurs de SF des années 50 ayant exprimé leurs talents d'auteurs pour former ces producteurs de jeux vidéo.

et au fait, la pentecôte en 2014: ça veut dire quoi quand de nouvelles planètes exogènes sont découvertes?

Écrit par : pierre à feu | vendredi, 06 juin 2014

Les communes se fédérant pour le bien général, on dirait que c'est la combourgeoisie, Genève s'alliant avec Berne.

Écrit par : Rémi Mogenet | samedi, 07 juin 2014

... sauf que ni Genève ni Berne n'étaient des communes, mais des seigneuries (républicaines)...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 07 juin 2014

Les commentaires sont fermés.