jeudi, 05 juin 2014

Insoutenable suspense politique à Piogre : Guéguerre pour un perchoir

Subitement, mardi, les armes se sont tues en Syrie, les affrontements ont cessé en Ukraine, et à Odessa les mères, inquiètes, ont recouché  leurs bébés dans les poussettes et remonté les marches des grands escaliers pour interroger les cosaques : mais qui va être élu à la présidence  du Conseil Municipal de la Ville de Genève ? le candidat de la gauche ou un candidat de droite ? L'angoisse montait la crise menaçait, l'affrontement grondait, les hallebardes avaient été graissées et les tripes étaient nouées. Pour « Le Courrier », si le candidat d'« Ensemble à gauche » n'était pas élu à la «  fonction précieuse en termes de symbolique et de visibilité, le coup serait rude« ». Ah bon. Parce qu'en année électorale, dans un parlement où les décisions les plus importantes se prennent à une ou deux voix de majorité, rien n'était plus essentiel pour la gauche que de perdre une voix dans les votes (le président ne vote qu'en cas d'égalité des voix...) et dans les débats (il n'y prend pas part), et d'en faire gracieusement cadeau à la droite ? Il faut croire.  On y a cru.


Vitium impotens virtus vocatur

Un drame s'était noué en février dernier, lors d'une séance du Conseil Municipal :  une sombre histoire de liste de signatures demandant la convocation d'une séance extraordinaire, qui avait mystérieusement des écrans radars alors que des signataires voulaient en retirer leur signature, comme ils ont le droit de le faire pour toute proposition soumise au Conseil tant qu'elle n'a pas été soumise au vote. Le vice-président du Conseil municipal, Olivier Baud, élu de la coalition de la gauche de la gauche (« Ensemble à Gauche ») avait été accusé de l'avoir subtilisée. Il s'en est défendu (la liste en question avait d'ailleurs été retrouvée dans la serviette d'un autre élu) et on pensait l'épisode clos par les explications données par Olivier Baud. Seulement voilà, les élections municipales, à Genève, c'est dans moins d'un an. Le principal parti de la droite locale, le PLR, qui veut récupérer un siège dans l'exécutif municipal et une partie de ceux, nombreux, qu'il avait perdu lors des dernières élection), a donc trouvé judicieux de réchauffer cette histoire pour contester l'accession programmée à la présidence du Conseil Municipal d'Olivier Baud, devant, puisqu'il en est vice-président, en devenir président, cela au nom d'une coutume de « tournus » entre forces politiques ne reposant sur aucun règlement, aucune loi, pas plus sur la constitution que sur une jurisprudence, mais à laquelle tous les groupes du parlement municipal semblent tenir comme un borgne à la prunelle de son oeil valide, alors qu'on pourrait sans dommage pour personne (sinon quelques égos) s'asseoir sur elle avec la même légèreté qu'on asseoit quelqu'un à la présidence du Conseil Municipal -et peu importe qui, au fond, pourvu qu'il ou elle sache lire, écrire, compter et parler -ce qui après tout n'exclut qu'un petit nombre des membres du parlement communal.
Bref, le PLR a lancé un candidat contre Olivier Baud, et le PDC (le petit frère de la droite) a suivi. L'extrême-droite se marrait, les socialistes et les Verts se demandaient, perplexes, à quoi tout ce petit monde jouait et Ensemble à Gauche nous la faisait façon résistance héroïque, donnait de l'olifant et proclamait qu'elle ne présentera pas d'autre candidat que celui qu'elle a choisi, tout en reconnaissant que « perdre la présidence, ce n'est pas un grand enjeu ». On ne saurait mieux dire, en effet : Imaginez « Che » Guevara prenant les armes pour être décoré du mérite agricole, Louise Michel montant sur les barricades pour être élue à l'Académie française ou les anars catalans déclenchant une insurrection pour que Buenaventura Durrutti soit anobli par Juan Carlos de Burbòn y Burbòn y abdicaciòn... eh bien, toutes proportions d'absurde gardées, nous y étions, mardi : à Genève, on ne monte plus sur les barricades, on grimpe sur les tribunes présidentielles, et quand l'adversaire politique nous en conteste le droit, sous quelque prétexte que ce soit, on ameute toute la République, pour un enjeu dont on sait pertinemment qu'il n'en est pas un.
Mais sachant que le Conseil Municipal est partagé en deux camps quasiment égaux, que les votes sur les enjeux politiques les plus importants s'y gagnent et s'y perdent souvent à une ou deux voix près, que le président ou la présidente ne participe aux votes qu'en cas d'égalité des voix, et donc que le camp, gauche ou droite, qui assoit l'un-e des sien-nes à la présidence perd une voix et fait cadeau d'une autre au camp d'en face, que les uns et les autres tiennent si ardemment à faire élire leur candidat-e à ce fauteuil d'amputé politique, cela relève-t-il du crétinisme parlementaire ou du masochisme ? Finalement, le candidat de la gauche a été élu (et bien élu) à la présidence « parce que c'est son tour », et le candidat de l'extrême-droite élu (et mal élu) à la vice-présidence «parce que c'est son tour».

Voilà. C'est rassurant, une démocratie locale qui fonctionne. Qui couronne. Qui ronronne.  Et qui a le sens des grands enjeux historiques.
Non ?

16:07 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : conseil municipal | |  Facebook | | | |

Commentaires

Sale Hasard ,l'an prochain, " et le candidat de l'extrême-droite élu (et mal élu) à la vice-présidence parce que c'est son tour" sera candidat mécanique pour succéder à Baud qui entre- temps aura retrouvé sa serviette.

Écrit par : briand | jeudi, 05 juin 2014

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