mardi, 27 mai 2014

Conseil d'administration de Naxoo : Comment faire entrer Goupil dans le poulailler ?

L'autre jour, au Conseil Municipal on devait désigner trois personnes à proposer à l'assemblée générale des actionnaires de Télégenève (Naxoo, quoi) pour représenter au Conseil d'administration de la société son actionnaire principal -la Ville de Genève- après que trois de ses représentants aient démissionné, suite au désaveu infligé par le peuple municipal à la proposition de la Ville et du Conseil d'administration de vendre les actions détenues par la Municipalité dans la société, et de les vendre à l'actionnaire minoritaire (devenant ainsi actionnaire unique), la filiale de la multinationale ricaine UPC -Cablecom. Et on a en effet désigné trois personnes à proposer à l'assemblée générale des actionnaires de Télégenève : une conseillère municipale d'« Ensemble à Gauche », un conseiller municipal MCG, et une démo-chrétienne pas conseillère municipale. Fin de l'épisode ? Ben non. Finalement, l'élue d'Ensemble à Gauche n'accepte pas son élection et son groupe ne présentera aucune candidature pour la remplacer. Comment  dès lors faire entrer Goupil dans le poulailler de Naxoo ?


... Si nos coleos haberemus...

La représentation de la Ville au Conseil d'administration de Télégenève ne sera-t-elle assurée que par des partisans d'une proposition refusée par le peuple (la vente des actions de la Ville dans la société à l'actionnaire minoritaire, UPC-Cablecom) ? Pour l'instant, on en est là, après que la « gauche de la gauche » ait, gauchement, proposé, pour trois postes à repourvoir, trois de ses élus municipaux, plus une résolution donnant mandat aux représentants de la Ville dans le Conseil de défendre les positions d'« Ensemble à Gauche ». Le Conseil municipal ayant refusé d'en débattre et une seule des trois candidatures d'« Ensemble à Gauche » ayant été retenue, il reste un-e représentant-e de la Ville au Conseil d'administration à faire présenter par le Conseil Municipal.
Avouons d'emblée qu'on n'avait pas perçu toute la probable ironie de l'opération de nos camarades de bâbord. Parce que si on n'était pas dans le second degré, on aurait été dans une banale tentative pré-électorale de se faire mousser en s'appropriant à  la fois le lancement du référendum, son aboutissement, sa victoire en votation et sa signification politique. Or le référendum contre la vente des actions de la Ville dans Télégenève a été lancé par les syndicats, non par une formation politique, le tiers du groupe socialiste l'a soutenu et la vente des actions de la Ville de Genève dans Télégenève a été repoussée à la majorité des suffrages alors qu'aucune formation politique ne peut se targuer de représenter une telle proportion de l'électorat en Ville. Le mandat donné par le peuple aux représentants de la Ville tenait en cette seule phrase : on ne vend pas à UPC Cablecom les actions de la Ville de Genève dans Télégenève. Une fois compris pour ce qu'il dit réellement, ce mandat est incontournable, et s'impose à Télégenève, à UPC Cablecom, au Conseil administratif et au Conseil Municipal. Il s'impose aux représentants de la Ville au sein du Conseil d'Administration comme n'importe quel mandat donné par un actionnaire à ses administrateurs.

On n'a pas affaire avec Télégenève à une entreprise publique au sein de laquelle les collectivités publiques désignent souverainement leurs représentants, mais à une société anonyme. Les membres du Conseil d'administration proposés par le Conseil Municipal y sont les représentants de l'actionnaire majoritaire en tant que tel.  S'ils étaient les représentants d'un groupe, d'un parti ou d'une instance politique, ils seraient d'ailleurs dans l'incapacité d'exercer leur mandat de représentant, puisque le droit régissant la société Télégenève est celui qui régit les sociétés anonymes, qui impose aux membres du Conseil d'administration la confidentialité des informations qu'ils obtiennent en tant qu'administrateurs. Ils ne pourraient donc pas rendre compte de leur mandat à leurs mandants sauf à se retrouver dans l'illégalité. Le seul choix qui leur est offert est donc celui d'être soit un otage, muet, soit un délinquant. Et de toute façon, au sein du Conseil d'Administration de Télégenève, l'actionnaire minoritaire dispose d'un droit de veto sur le choix des représentants de l'actionnaire majoritaire. UPC Cablecom peut refuser que la Ville soit représentée par celles et ceux que le Conseil Municipal propose. Et même si les candidates et candidats d'Ensemble à Gauche avaient été  adoubés par le Conseil Municipal, il leur aurait encore fallu l'être par UPC Cablecom. La gauche de la gauche genevoise adoubée par la succursale locale d'une multinationale américaine, avouez que la situation n'aurait pas manqué d'une certaine cocasserie.

La messe, toutefois, n'est pas dite : il y a un acteur, dans cette histoire, dont plus grand monde ne semble se soucier : les salariés de la société. Ce sont eux, bien plus que la Ville, qui ont en ce moment besoin d'être défendus. Mais ils ne sont pas représentés au Conseil d'administration de la société qu'ils font vivre. Et si on tentait d'y remédier ?

16:47 Publié dans Genève, Médias, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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