lundi, 26 mai 2014

Election du parlement européen : L'Europe vote suisse, on peut adhérer...

Elections européennes : en France, le Front National fait un tabac (pur caporal de troupe), loin devant la droite démocratique -le PS marinant en troisième position avec moins du sixième des suffrages, et l'ensemble de la gauche, des Verts au Front de Gauche stagnant à un niveau helvétique.  Au Danemark aussi, l'extrême-droite est en tête, devant les sociaux-démocrates. Quelques îlots de résistance, tout de même. Et de bons (ou du moins pas mauvais) résultats en Grèce (Syriza en tête), en Irlande (le Sinn Féin à 17 %), à Malte (les travaillistes en tête), au Portugal (la coalition de centre droit au pouvoir largement devancée par l'opposition socialiste), en Espagne (la « Gauche unie » progresse et Podemos, issu du mouvement des Indignés, fait son entrée au parlement européen), en Italie (le Parti démocratique est en tête -mais devant les « grillistes ») et en Suède (les sociaux-démocrates en tête). On se console avec ce qu'on peut. La gauche européenne pèse ce que pèse la gauche en Suisse ? On peut adhérer à l'Union Européenne, on y sera pas dépaysés...


« Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce » (Arthur Rimbaud)

Le Premier ministre français, Manuel Valls, en appelait l'autre jour à Villeurbanne, à l'« insurrection démocratique pour dire non aux populismes ». Il faut dire «non» aux populismes -mais Valls était-il le meilleur héraut de cette résistance ? Ce sont les gouvernants, tous les gouvernants, nationaux et européens, qui ont été sanctionnés par les élections continentales de ce dimanche... Et qui gouverne l'Europe (à supposer qu'elle soit gouvernée) depuis dix ans ? Avec quelle majorité au parlement européen ? la droite libérale alliée à la droite conservatrice. Or dans la campagne électorale européenne, ce n'est pas la gauche qui a donné le ton (sauf en quelques pays, et pas les plus grands), mais l'extrême-droite. Qui sort donc, logiquement, gagnante de ce scrutin, quoi qu'elle puisse faire ensuite de sa victoire.

Ces élections très politiques ont accouché d'un vote contre la politique. Non contre la politique en soi, mais contre ce que la politique a fait d'elle-même. Et la cible, là, ce n'est plus «l'Europe», mais les pouvoirs en place, quelle que soit la place. Un sondage européen donne certes 53 % des opinions publiques des 28 pays de l'Union refusant leur confiance au Parlement européen, et 59 % à l'Union européenne en tant que telle, mais ce refus de confiance ascende à 79 % à l'égard des partis politiques (de gauche comme de droite...), 71 % à l'égard des gouvernements (80 % en France...), 68 % à l'égard des parlements. Plus qu'à de l'europhobie on a affaire à de la «politicophobie , sur le ton du bon vieux « tous les mêmes », « tous pourris », « ils font de toute façon ce qu'ils veulent » servant depuis 150 ans de prétexte au refus de l'engagement politique ou au refuge dans la protestation électorale exaspérée.
Il y a à cette démobilisation, à ce défoulement, une raison : l'absence de forces politiques majeures porteuses d'un projet politique de changement social. De Tchernobyl à Fukushima, on est passés par la plus grave crise économique depuis celle des années trente. La conséquence en a été que nous sommes passés, en Europe (et quoiqu'elle en rêve, la Suisse est en Europe, de ce point de vue comme de tous les autres...), d'une angoisse environnementale à une angoisse sociale à laqauelle ne répond plus l'internationalisme, mais, y compris à gauche, le repli sur les frontières -et, à droite, la réduction de la nation à la tribu. Cette angoisse sociale est sans espérance. Elle n'est pas de celle à quoi répond un projet de changement social, elle est de celle qu'on exploite par l'ouverture de la chasse au bouc émissaire : les juifs étant passés de mode, restent les immigrants (et, dans notre coin de pays, les frontaliers) et les Rroms. Quand on n'a plus d'alternative, il reste des boucs-émissaires. Il pleut ? C'est la faute à l'Angleterre. La canicule ? C'est la faute aux Açores. Le chômage ? c'est la faute aux Roumains. L'insécurité ? c'est la faute aux Rroms. Les embouteillages à l'entrée de Genève ? c'est la faute aux frontaliers. Peu importe le problème et peu importe même le bouc-émissaire (ils sont substituables les uns aux autres) : l'important est que ce soit la faute des autres. De n'importe quels autres, pourvu qu'ils soient identifiables. Et pas trop puissants, de sorte qu'ils puissent être dénoncés, et atteints, sans risque. Ou alors, suffisamment lointains pour qu'on n'en craigne pas la riposte : la Commission Européenne, dans ce rôle, est parfaite -même à Bruxelles, on peut voter « contre Bruxelles » en croyant. voter contre l'austérité, la technocratie, l'alignement de la politique sur des dogmes économiques, toutes dérives dont pourtant les gouvernements nationaux ne sont pas moins (bien au contraire) coupables que ce qui tient lieu de gouvernement à l'Union européenne

Cela dit, si noire soit l'humeur, grises les perspectives électorales et brunes les urnes, le combat continue -en Suisse comme en Europe, et contre les mêmes adversaires : « Au revoir, ici, n'importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce; ignorants pour la science, roués pour le confort; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, toute ! » (Arthur Rimbaud)

16:02 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

" les juifs étant passés de mode,...."

Vraiment? Quelle mauvaise foi!

Cela n'est pas une insulte mais une constatation!

Écrit par : Patoucha | lundi, 26 mai 2014

S'il faut que cela soit toujours de la faute aux uns ou aux autres on évitera de reprendre en choeur la chanson du duc de Bordeaux qui finit par ressemmbler à mon (...) comme à deux gouttes d'eau. Sans quoi périlleux votre, d'après Rimbaud "C'est la vraie marche. En avant, toute"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | lundi, 26 mai 2014

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