vendredi, 23 mai 2014

Tarifs des Transports publics genevois : Bis repetita placent

Dimanche dernier, pour la deuxième fois, le corps électoral genevois (puisqu'on ne dit plus le « Conseil Général », ce qui est fort dommage, ne serait-ce que pour la symbolique d'une appellation qui faisait du peuple, non un agglomérat de votants mais une instance de la République) a approuvé l'initiative de l'Avivo sur les tarifs des Transports Publics Genevois. Sous des prétextes parfaitement futiles, le premier vote du 3 mars 2013 avait été annulé, et le peuple amené à se prononcer à nouveau. Il l'a fait, en douchant les espoirs de ceux qui attendaient qu'il se désavouât lui-même : l'initiative déjà adoptée à 56 % en 2013 a été réadoptée à 54 % en 2014.  « Les Genevois sont insatisfaits du rapport qualité-prix » des TPG, a résumé le Conseiller d'Etat Luc Barthassat après le vote de dimanche dernier : fallait-il vraiment le leur faire dire deux fois pour que les TPG et le Conseil d'Etat le comprenne, et comprenne également que ceux qui ont refusé une hausse des tarifs refuseront également une baisse des prestations ?


La baisse des tarifs, c'est fait. Et maintenant, la gratuité ?

Ainsi, les tarifs des transports publics genevois vont-ils baisser, grâce à l'approbation réitérée de l'initiative populaire de l'Avivo. Il y a évidemment des dispositions de l'initiative à corriger, mais le Grand Conseil a, puisque c'est à lui qu'incombe désormais le pouvoir de fixer les tarifs des TPG, la charge de cette correction. Et qui, à Genève, oserait douter à la fois de la volonté et de la capacité du Grand Conseil de faire son travail, hein, qui ?

De toute façon, le peuple, lui aussi, a acquis, par sa propre volonté, le droit de s'opposer aux tarifs décidés par le Grand Conseil. Et puis, une partie du travail de rectification  du texte adopté en mars 2013 et en mai 2014 a déjà été faite : après la première acceptation de l'initiative de l'Avivo, le Conseil d'Etat avait déposé un projet de loi rectifiant les erreurs du texte adopté, et rendant les tarifs proposés par l'initiative compatibles avec la communauté tarifaire régionale « unireso ». Ce qui au passage démontrait que l'initiative n'était pas le moins du monde incompatible avec cette communauté tarifaire, contrairement à ce qu'assuraient les adversaires du texte. La mise en oeuvre du CEVA rendant indispensable le « ticket unique » de la communauté tarifaire pour tout le « Grand Genève », on voit mal sous quel prétexte les TPG, le gouvernement ou le parlement auraient pu refuser d'adapter le texte de l'initiative à cette réalité. Le Conseil d'Etat a changé, pas le texte adopté une seconde fois. Le projet de loi rédigé en 2013 peut donc être sorti du congélateur et servi aux députés. Qui pourront ainsi eux-mêmes rétablir le tarif réduit pour les 18-25 ans, le tarif « saut de puces » et la carte journalière.

Et puis, le parlement aura à compenser le manque à gagner provoqué par la baisse des tarifs imposée par l'initiative. Ce manque à gagner avait été l'un des arguments les plus récurrents de la campagne des opposants au projet de l'Avivo -il s'avère que ceux qui le considéraient comme assez aisément compensable lors du premier vote ont persisté dans cette conviction. Les TPG estimaient la perte de recette à une quinzaine ou une vingtaine de millions de francs, soit l'équivalent des charges de trois lignes de bus, mais gageons que le vote ayant eu lieu et la tentative d'impressionner les usagers-contribuables-citoyens par ce chiffre (et la menace, même exprimée sous forme hypothétique, de supprimer les, lignes 3, 7 etg 23), ayant fait long feu, la profondeur du trou s'avèrera finalement moins abyssale qu'annoncé.


On sait en tout cas que rien, sinon sa propre mauvaise volonté, n'empêche le parlement d'augmenter la subvention publique à l'entreprise publique de transports publics : le budget cantonal se chiffre en milliards et peut parfaitement, n'en déplaise au PLR qui envisage carrément de réduire les prestations des TPG, supporter une augmentation de subvention n'en représentant que quelques pour-mille.

Le réseau genevois ne va pas cesser de se développer, ni le nombre de ses usagers de s'accroître : la population de la région s'accroît, le nombre d'emplois aussi, et donc les déplacements entre les lieux de logement et les lieux de travail. Or il y a une double limite, physique et environnementale, à ce que l'on peut supporter de trafic automobile privé. Mais il y a aussi une limite, et elle devient de plus en plus évidente, à l'effort financier que l'on peut demander aux usagers des transports publics, et à la rentabilité de cet effort. Le renforcement de tout l'appareil technique de distribution des billets, de tout l'appareil humain de contrôle du paiement de l'utilisation des véhicules (contrôleurs, services de sécurité privés, police des transports) et de tout l'appareil administratif d'encaissement des amendes pour resquille, va finir par coûter plus cher que ce que rapportent la billetterie et les abonnements.

Il restera quoi, alors, comme argument, contre la gratuité des transports publics ? Ce débat-là, celui de la gratuité, peut reprendre.



15:49 Publié dans Genève, Politique, Transports, votations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tpg | |  Facebook | | | |

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