vendredi, 25 avril 2014

Il y a 99 ans, le Génocide arménien...

Vers la fin d'une dénégation séculaire ?

Genocide_Armenien.jpgCe 25 avril est jour de commémoration :  en avril 1915, était déclenché dans ce qui était encore l'Empire Ottoman, le génocide des Arméniens. Il ne fut de loin pas le premier génocide (l'expansion coloniale les accumula), mais de ceux d'un siècle qui les vit se succéder et en définit les critères comme crime contre l'humanité, il est celui qui tarde le plus à être reconnu comme tel, alors qu'il n'y manque aucun de ces critères. Pourquoi ? Parce que les régimes qui se sont succédés en Turquie après le génocide des Arméniens étaient des alliés trop indispensables aux puissances « occidentales » face à l'Union Soviétique, pour que le risque soit pris de les convoquer au ban des accusés de crime contre l'humanité. Ils ont donc pu, pendant un siècle, nier que le génocide fût commis.


Ce ne sont pas les Turcs d'aujourd'hui qui sont coupables du génocide de 1915

Crime des crimes, le génocide est un crime de vaincus -il faut que les nazis perdent la guerre, que les Khmers Rouges soient chasséss par l'armée vietnamienne et les extrémistes hutus par l'armée tutsie, pour que leurs actes soient qualifiés de ce qu'ils furent. Les massacres coloniaux ne sont pas reconnus comme des génocides, non parce qu'il leur manquerait quoi que ce soit pour l'être, mais parce que les Etats qui les ont commis, ou les régimes au pouvoir dans ces Etats, ne pouvaient être condamnés puisqu'ils n'avaient pas été vaincus, ou que, l'ayant été tout de même, il n'était pas dans l'intérêt de leurs vainqueurs de leur faire payer le poids de leurs crimes. Tel est le cas de la Turquie, après 1918 -car ce n'est pas la Turquie qui fut vaincue en 1918, c'est ce qui restait de l'Empire Ottoman -et non la Turquie de Mustapha Kemal et de ses successeurs, née des cendres de cet empire, et refusant d'en assumer les actes lorsqu'il leur convenait de le refuser, sans que nul ne s'en scandalise, sinon les Arméniens, rescapés du génocide et exilés, ou désormais citoyens de la République soviétique d'Arménie, se retrouvaient dans le camp de l'Adversaire majuscule. Les négationnistes turcs du génocide arménien ont ainsi pendant des décennies eu partie facile. Même en Suisse : on se souvient que, la Ville de Genève commémorant le génocide des Arméniens fut en butte à une offensive des négationnistes locaux, ceux-ci s'étant trouvés un relais politique en recrutant le MCG.  L'épisode est (provisoirement) clos, non l'exercice de la négation des faits et du crime. Et ce n'est pas seulement affaire de mémoire, c'est aussi affaire de projet politique : celui d'une réconciliation, entre les peuples arménien et turc. Les Kurdes de Turquie, qui furent instrumentalisés par les fauteurs du génocide pour s'en prendre aux Arméniens, ont d'ailleurs donné l'exemple de cette reconnaissance des faits comme condition d'une réconciliation des peuples.

La réconciliation entre les peuples, c'est l'affaire des peuples. C'est aussi l'affaire des historiens, des organisations culturelles et politiques, et même religieuses, et cela suppose la reconnaissance de ce qui entrave cette réconciliation :  le refus de voir la réalité passée en face, d'admettre le crime passé, ce premier génocide du XXe siècle, que l'on tienne à la chronologie qui fait commencer ce siècle le 1er janvier 1901, ou à l'histoire qui le fait commencer au déclenchement de la Grande Guerre, en 1914. La réconciliation entre les peuples d'Arménie et de Turquie se fera. Elle se fera malgré les négationnistes, mais elle se fera. Elle se fait d'ailleurs déjà : Les Kurdes de Turquie, et les Alévis, et de plus en plus d'intellectuels et d'artistes turcs montrent l'exemple. Le combat des négationnistes  n'est pas seulement un combat odieux, c'est aussi un combat absurde, parce que déjà perdu. Le premier ministre islamiste de Turquie vient d'ailleurs lui-même d'exprimer publiquement son  souhait  « que les Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances qui ont marqué le début du XXe siècle reposent en paix et nous exprimons nos condoléances à leurs petits-enfants ». Ce n'est pas encore la reconnaissance du génocide comme tel, mais c'est un premier pas. Il peut sembler paradoxal qu'il soit fait par un gouvernant islamiste -mais  Recep Tayyip Erdogan est sans doute moins l'héritier des Jeunes Turcs que celui des Ottomans...

Ce que les Kurdes, les Alévis, les démocrates turcs ont déjà reconnu, la Turquie officielle le reconnaîtra aussi, malgré les cadavres politiques réunis autour du catafalque d’Atatürk pour nier à la fois la justice et l'évidence. L'année prochaine sera celle du centenaire du génocide : il serait temps qu'elle soit aussi celle de sa reconnaissance officielle par la Turquie. Car ce ne sont pas les Turcs d'aujourd'hui qui sont coupables du génocide de 1915. Ils n'en portent la souillure que parce qu'en leur nom ce crime est nié par des groupes négationnistes qui parasitent le travail de réconciliation 
Ce n'est pas le gouvernement turc de 2014 qui a commis le crime de 1915, et il n'en portera la responsabilité que tant qu'il refusera de le reconnaître.

16:36 Publié dans Droits de l'Homme, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : génocide, arménie, turquie, 1915, négationnisme | |  Facebook | | | |

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