mardi, 15 avril 2014

Pièges mortels au Bangladesh : Solidarité avec les ouvrières du textile

Le Bangladesh est après la Chine le deuxième pays producteur de textiles : quatre millions de personnes (dont trois millions et demi de femmes)  y produisent dans 4500 usines ce qu'on va retrouver dans les grands et petits magasins de nos pays. Et ce travail est effectué dans des conditions désastreuses, pour un salaire inférieur au minimum vital : les ouvrières du textile travaillent au moins treize heures par jour, n'ont droit à aucune vacances, vivent dans des bidonvilles sans accès à l'eau potable. Et leur lieu de travail peut être un piège mortel :  Il y a un an, le 24 avril 2013, le Rana Plaza s'effondrait à Dhaka, au Bangladesh. Plus de 1100 ouvrières (surtout) et ouvriers qui travaillaient dans cet immeuble transformé en usine textile ont été ensevelis sous des décombres. Les patrons, les autorités savaient l'immeuble dégradé, lézardé de fissures, mais couturières et couturiers avaient tout de même été contraints, sous menace de licenciement, de se rendre à leur poste de travail. Cinq mois avant, 112 ouvriers avaient déjà été tués dans l'incendie d'une usine textile dont les portes étaient fermée.


« C'est nous les canuts, nous sommes tous nus »

Le scandale suscité par l'effondrement du Rana Plaza a suscité une mobilisation, nationale et internationale, qui a conduit les autorités bangladaises, et le patronat du textile, à décider de mesures pour assurer la sécurité des travailleurs, et 150 labels de mode de 20 pays ont signé avec les deux fédérations syndicales mondiales du textile, IndustriAll et UNI Global Union,  une convention sur la protection contre les incendies, qui devrait s'appliquer à 1600 fabriques du secteur au Bangladesh, et protéger leurs deux millions de travailleuses et travailleurs, mais l'adhésion des entreprises (et de leurs clients) à cette convention, qui ne s'applique d'ailleurs qu'au Bangladesh alors que la situation n'est pas meilleure dans d'autres pays comparables -elle peut même y être encore pire- reste facultative. En Suisse, Migros et Coop, par exemple, n'y ont pas adhéré, expliquant qu'elles avaient déjà ratifié un code de conduite (celui  de la Business Social Compliance Initiative), qui avait pourtant démontré son insuffisance dans le cas même du Rana Plaza, puisque deux des usines qui y étaient installées avaient été inspectées par le BSCI, qui n'y avait relevé aucun manquement aux normes de sécurité... après quoi, l'immeuble abritant ces usines s'était tout entier effondré sur les travailleuses et les travailleurs.
Les syndicats tentent d'imposer le respect des normes établies (comme celle imposant l'ouverture des portes des usines durant le travail), mais comme les droits syndicaux ne sont pas respectés, ce combat se mène dans des conditions difficiles, et fait l'objet d'une répression patronale, voire judiciaire, qui contribue à l'entraver encore plus. Et les normes ne sont toujours pas respectées, les ateliers restant donc des pièges mortels en cas d'incendie. En novembre 2013, six mois après la catastrophe du Rana Plaza, des milliers d'ouvrières et d'ouvriers étaient descendus dans la rue pour exiger un salaire suffisant pour survivre : ce mouvement fut violemment réprimé par la police, des manifestants ont été abattus, des dizaines d'entre eux grièvement blessés. Le gouvernement a certes ensuite fait passer le salaire minimum  de l'équivalent de 34 à 60 francs suisses (27 à 50 euros) par mois, mais il reste inférieur au minimum vital (environ 90 francs/75 euros par mois).

Le Solifonds lance, pour le 1er mai, une action de solidarité avec le syndicat bangalais du textile, le GWUF dans son sigle anglais (Garment Workers Unity Forum), l'un des rares à défendre explicitement, et en tant que tels, les droits des femmes (contre le harcèlement sexuel au travail, contre la violence domestique, contre l'exploitation par les patrons et les logeurs... le GWUF est d'ailleurs le seul à avoir une femme à sa tête, Mushrefa Mishu, cible d'attaques constantes du gouvernement et du patronat, inculpée quarante fois pour des infractions fictives, en liberté sous caution depuis des années, arrêtée cinq fois, libérée sous pression internationale). A la pointe de la lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs (salaire minimum de 90 francs par mois, ouverture des portes des usines  durant le travail, respect des droits syndicaux, indemnisation des familles des victimes du Rana  Plaza) le GWUF souffre non seulement de la répression, mais aussi de l'extrême limitation de ses moyens financiers,  du fait même de la misère dans laquelle vivent les travailleuses qu'il regroupe, qui ne peuvent s'acquitter de la plus modeste des cotisations.

Le SOLIFONDS lance un appel au soutien du GWUF : souscrivez-y
SOLIFONDS, Quellenstrasse 25, 8031 Zurich
www.solifonds.ch
Compte postal 80-7761-7

16:59 Publié dans Développement durable, Droits de l'Homme, Solidarité, syndicats | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bangladesh, solifonds | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.