vendredi, 11 avril 2014

Election du Procureur Général : Cela s'appelle la démocratie...

Participation probabAerez !.jpgle à l'élection du procureur Général de Genève : 40 %

A en juger par le taux de participation enregistré vendredi matin (72'050 votes enregistrés, 29,59% de participation), on peut attendre un taux final de 40 %. Ou, a contrario, de 60 % d'abstention. Une participation électorale de 40 %, c'est médiocre, mais on a vu pire (en fait, on voit régulièrement pire aux élections municipales). Et cela fera tout de même autour de 100'000 citoyennes et citoyens (les étrangers n'ont pas le droit de participer à cette élection, cantonale) qui auront pu, grâce à la candidature de Pierre Bayenet, choisir, pour les six années à venir, le « troisième personnage de la République ». Cela s'appelle la démocratie.
Au fait, vous, vous avez voté ? Parce que sinon, il ne vous reste pour le faire que la bonne vieille méthode (la seule réellement compatible avec un usage réfléchi des instruments de la démocratie) qui consiste à vous lever dimanche matin pour vous rendre au local de vote de votre quartier, et glisser, avec vos petites mains, votre bulletin (la liste n° 6, par exemple) dans l'urne...


 

On est de gauche, d'accord, mais c'est pas marqué « Sacher-Masoch » sur nos cartes de membres...

Le comité de soutien de Pierre Bayenet ayant « pris connaissance de la présence temporaire de nombreux noms fictifs dans la liste de soutien d’Olivier Jornot » (genre : Abus Yves, Avocat, ou Albain De Siège, fondé de pouvoir, ou encore Ewaz-Ionfis Al, trader, ou même Bonnant Marc, Avocat, ancien bâtonnier), et « au-delà de l’anecdote qui soulève des doutes quant à l’exactitude de cette liste », estime que « celle-ci pose d’autres questions autrement plus sérieuses », comme celle de «l'omniprésence des avocats d’affaires et des représentants des milieux immobiliers », ce qui interroge sur « l’impartialité du Procureur général à l'égard de ces milieux ». Sans parler du soutien d'individus clairement situés à l'extrême-droite, comme l'avocat Pierre Schifferl. Bref, Olivier Jornot est, sans conteste, le candidat de la droitunie à la chefferie du Parquet genevois. Candidat pourquoi ? Pour poursuivre la politique menée depuis son élection (par le Grand Conseil) à la succession impromptue de Daniel Zappelli. Une politique dont l'une des première manifestations fut, datée du 1er octobre 2012, une directive, concertée avec Pierre Maudet (Conseiller d'Etat chargé de la sécurité, sauf à Champ-Dollon), qui suggère aux procureurs de punir de six mois de prison ferme le délit de séjour illégal en Suisse. Argument officiel de la directive : ne pas attendre que les sans-papiers, privés de tout moyen d'obtenir leur subsistance légalement, passent à l'acte illégal pour survivre. Une forme de justice préventive à la fois impossible à rationaliser, sauf à boucler tous les sans-papiers pour cette seule raison, et par ailleurs parfaitement illégale, puisque relevant du délit supposé d'intention (ou même de possibilité supposée d'intention). On aboutit donc à ce que l'avocat Dominique Bavarel qualifiait de « loterie complète » (mais sans possibilité de gagner, avec juste le risque de perdre), et son confrère Raymond de Morawitz de « vraie mauvaise idée ».

La candidature de gauche, celle de Pierre Bayenet, contre la candidature de droite, celle d'Olivier Jornot, a d'abord obligé à une élection démocratique, au détriment d'une cooptation clanique. Autrement dit : elle a obligé au respect de la constitution. Elle a ensuite ouvert, sur la justice et la prison, un débat qu'on qualifierait de « citoyen », de « républicain », si ces qualificatifs n'étaient depuis longtemps galvaudés à force d'être apposés n'importe où, sur n'importe quoi. Un débat qui, sans cette candidature et la campagne menée pour la soutenir, ne serait jamais sorti du petit cercle des spécialistes et des militants. L'élection de dimanche ne clora pas ce débat -mais meilleur sera le résultat de Pierre Bayenet, meilleur sera le rapport de forces politique qui, seul, pourra permettre d'infléchir, voire de changer radicalement, de politique judiciaire et carcérale dans cette République, que nous ne nous résignons pas à voir transformée en la plus grande concentration carcérale de Suisse. Hier, 100 gardiens de prison se sont mis en grève pour dénoncer ce à quoi le bourrage de la prison par Jornot et Maudet aboutit : une dégradation des conditions de détention des prisonniers et de travail du personnel.

Dans une conférence de presse tenue mardi, les Verts ont dénoncé vigoureusement la politique pénale et carcérale d'Olivier Jornot, Procureur Général soumis à réélection, et contre lequel se présente un candidat de gauche, Pierre Bayenet. Pour lequel les Verts, pas plus que les socialistes, n'appellent officiellement à voter. Quoique des Verts (comme des socialistes) aient tout de même déposé une liste électorale officieuse pour Pierre Bayenet et que le parti Vert appelle à voter blanc (alors que le PS n'appelle à rien du tout).  Le Courrier trouve l'exercice rose-vert « illisible ». Ben quoi ? C'est déjà assez difficile comme ça d'être de gauche à Genève en ce moment, on va pas en plus le crier sur les toits, c'est pas marqué « Sacher-Masoch » sur nos cartes de membres...
Quoique...


16:58 Publié dans Genève, Justice, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bayenet, jornot, ps, élection | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui, j'ai voté. Mais 40 % pour un vote local, vous êtes très optimiste lorsque l'on voit le taux de participants sur les sujets fédéraux.

Écrit par : Jmemêledetout | vendredi, 11 avril 2014

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