mercredi, 09 avril 2014

Rénovation ET extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève : le contenant, le contenu, le pognon

 

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"Faire entrer un musée du XIXe siècle dans le XXIe siècle", pouvoir exposer les collections immenses du MAH (qui ne peut actuellement n'en montrer que 1,5 % en un seul moment)... telles sont les ambitions du projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire (MAH) de Genève, présenté hier  hier par le Conseil administratif aux commissions du Conseil Municipal, qui auront à l'étudier sous forme de quatre crédits. Mais avant même ces ambitions, qui relèvent de la politique culturelle il y a une urgence à relever : celle de la rénovation d'un musée qui n'offre plus les conditions matérielles nécessaires à l'accomplissement de la mission qui lui est assignée -et moins encore celles de la mission qu'il s'assigne à lui-même. Dans le débat qui va s'engager sur ce projet, on va parler du contenant (le bâtiment), du contenu (le rôle du musée) et de pognon (le coût de l'opération). Et on va beaucoup parler. Parce qu'il y a beaucoup à dire.


« C'est un bon projet, y'a rien qui dépasse »

Le crédit de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire sera le plus important de l'histoire de la Ville de Genève. El le projet qu'il finance est à la hauteur de son coût. Le débat qui va s'engager, d'abord au Conseil Municipal, ensuite, si le référendum annoncé est lancé, devant le peuple, s'annonce passionnant tant il va trimballer d'enjeux :
la rénovation et l'extension du principal musée de la République est affaire à la fois de contenant, de contenu et de pognon. De contenant : ce sera le débat sur le projet architectural lui-même, et sur la défense et l'interprétation du patrimoine; de contenu : quel est aujourd'hui le rôle d'un musée, comment le joue-t-il, comment parer au risque de mercantilisation de la muséographie ? et enfin, de pognon : assumer financièrement un projet de 139 millions de francs (en y incluant les crédits d'étude), même avec un gros apport privé, ce n'est pas un effort anodin pour une ville de 200'000 habitants...

Il aurait sans doute été préférable d'offrir le choix entre deux propositions de rénovation avec ou sans extension, mais tel ne sera pas le cas, et dans le projet retenu, ce qui relève de l'extension est si imbriqué dans ce qui relève de la rénovation qu'il n'était sans doute pas possible de l'en distinguer plus clairement que cela a été fait. Le pari éminemment politique de faire passer une extension utile à la faveur de l'incontestation d'une rénovation indispensable (depuis sa construction il y a plus de 100 ans, le MAH n'a jamais fait l'objet d'une rénovation complète), et de miser sur la cohérence de l'une et de l'autre, est risqué : on devra donc « faire avec » une proposition liant la rénovation et l'extension, et sans doute avec un référendum attaquant aussi la rénovation, pourtant incontestée, faute de pouvoir n'attaquer que l'extension. Or dans un référendum, les oppositions s'additionnent, alors que les soutiens se concentrent. A la mobilisation pour la défense du bâtiment Camoletti s'ajouteront, si le référendum, aboutit, toutes les oppositions que peut susciter un projet culturel de cette ampleur : opposition financière (c'est trop cher, le canton ne paie rien), opposition éthique (les fonds investis par le mécène proviennent d'activités économiques prédatrices en Afrique), opposition culturelle (le projet muséographique que matérialise le projet architectural s'inscrit dans une tendance contestable à l'« activisme muséographique » opposition politique, enfin, sur la nature et les conditions du « mécénat » (qui ressemble plutôt à du sponsoring) de la Fondation Gandur finançant l'extension du musée en échange d'une convention avec la Ville. Et pendant ce temps, les collections ne peuvent être exposées faute de place et de conditions matérielles suffisantes -car le musée commence à tomber en morceaux : « tous les matériaux sont usés, les surfaces dégradées, les mesures de sécurité passives et actives hors norme », écrit le Conseil Administratif...

Enfin, il y a le contenu culturel d'un projet qui participe de la « muséomania » qui a déferlé sur nos pays dès les années '80 du siècle passé. Mais cette « muséomania » est surtout quantitative : il y a beaucoup plus de visiteurs, mais ils sont toujours représentatifs des mêmes milieux sociaux. L'enjeu est donc moins celui d'un accroissement quantitatif du public que celui de son élargissement social. Et la question est : qu'est-ce que cela implique, dans la définition même des fonctions du musée ? Avant d'être un lieu culturel, le musée public est un signe social (« au service de la société et de son développement », dit le Conseil international des musées, l'IRCOM) , un signe qui dit l'identité que revendique la collectivité dont il émane. Bref, pour que le débat s'ouvre sur ce que Genève attend de son « musée universel », il faudra sans doute passer par la voie d'un référendum lancé à  partir d'un argumentaire de défense du patrimoine. Or par définition même, le patrimoine est variable, et ce que l'on condamne aujourd'hui au nom de sa défense en fera partie demain -comme la pyramide de Pei au Louvre...

Contraint qu'il est par les lois, les procédure et la démocratie directe (avouons-le : un vieux tropisme « du passé faisons table rase » parfois nous saisit...), le projet Nouvel n'est de toute façon que l'ombre d'un « geste architectural » qui ne mérite ni l'honneur dont on l'accable, ni l'indignité dont on le revêt. L'un des maîtres arguments de la séance de présentation du projet au membres des commissions du Conseil Municipal qui devront l'étudier en détail n'a-t-il pas été : « y'a rien qui dépasse » ?








13:29 Publié dans Culture, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : musées, mah, nouvel | |  Facebook | | | |

Commentaires

le plus simple dans ce débat est probablement d'interviewer le lambda, celui qui vient de temps en temps au Musée, avec ou sans sa petite famille. Pour ma part, je trouve que c'est le musée le plus triste que j'ai jamais vu ( j'en ai vu beaucoup) le moins pratique et le moins accueillant ( y a qu'à voir l'attitude des cerbères à l'entrée)...on pouvait en effet laisser le monument s'écrouler sur lui-même ou vendre tous ses biens pour renflouer les caisses?

Écrit par : le guennec | vendredi, 11 avril 2014

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