samedi, 05 avril 2014

L'analyse VOX du scrutin du 9 février : Autopsie d'un vote à la con

dissection.jpgLe 9 février, nous dit l'analyse VOX du vote, c'est bien la xénophobie, qui animait une majorité des partisans de l'initiative contre l'« immigration  de masse ». Qui l'eût cru ? on ironise ? à peine, tant les dénégations furent nombreuses, au lendemain de ce vote, de ses motivations profondes. La xénophobie, donc, mais aussi l'europhobie, l'envie de gifler le gouvernement et la pulsion identitaire. Et ce vote à la fois xénophobe, anti-européen, anti-gouvernemental et identitaire fut clairement, incontestablement, fondamentalement un vote de droite  : 94 % des électeurs UDC ont voté l'initiative UDC, ce qui est après tout logique (comme il est logique que 80 % des électeurs PS aient voté contre) mais 40 % des électeurs PLR (nombreux à avoir voté) et 34 % des électeurs PDC (nombreux à s'être abstenus) en ont fait autant alors que leur parti les appelait au contraire à la refuser.... Cela dit, l'analyse VOX dissipe tout de même une illusion que nous avons pu cultiver : les partisans de l'initiative ne se sont pas trompés de vote : ils ont soutenu l'initiative en toute connaissance de cause, et de ses conséquences. Un vote à la con ? sans doute. Mais qui le fut sciemment. Ce qui après tout est parfaitement conforme à la nature même de la démocratie : non le régime où le peuple a toujours raison, mais celui où il a le pouvoir de déconner comme tout souverain.


Nous ne sommes pas le 49,7 %. Nous ne sommes que le tiers. Et même pas le Tiers-Etat : le tiers de l'électorat

Le vote du 9 février fut donc, d'abord, un vote xénophobe :  un tiers des électrices et des électeurs ayant soutenu l'initiative l'ont fait en votant, explicitement et par principe, contre les immigrants, et 75 % évoquent, sous une formulation ou une autre, l'immigration comme le premier critère (négatif) de leur choix Le vote «oui» fut ensuite un vote anti-européen : seuls 15 % des partisans de l'initiative disent tenir malgré tout aux accords bilatéraux avec l'Union Européenne. Il fut également un vote de vieux : si les moins de trente ans ont  clairement voté « non », ils sont aussi 83 % à s'être, alors que les 60-69 ans, qui ont voté «oui», furent 82 % à voter. Il fut surtout un vote de droite, même si la proportion de refus dépasse de beaucoup celle des votes de gauche en Suisse : la gauche ne pèse qu'un tiers des suffrages dans ce pays alors que l'initiative udéciste a été refusée par près de la moitié des votantes et des votants. Il faut donc qu'au socle des suffrages de gauche (raboté par quelques défections d'idiots utiles, dont on ne peut vérifier s'ils ont été assez nombreux pour faire basculer la majorité ou s'ils se sont contentés de la renforcer à la marge) se soit ajouté, tout de même, comme leur parti les y invitait, suffisamment d'électrices et d'électeurs PLR et PDC pour frôler la majorité, mais insuffisamment pour l'atteindre.
Xénophobe, europhobe, identitaire : il était aussi con que cela, le vote du 9 février ? ben oui. Et on peut être majoritaire, dans ce pays, avec ce genre de motivations politiques, après trois siècles de Lumières, deux de démocratie et un d'Etat social  ? Ben oui. Et pas seulement dans ce pays : on se doute bien que si un vote de cette nature avait eu lieu ailleurs, le résultat n'aurait pas été différent, et que peut-être même aurait-il été encore pire (imaginez un vote sur la «libre circulation» en Grèce...). Et quand on entend proposer un nouveau vote, pour contrebalancer celui du 9 février, on s'autorise cette interrogation : A quoi rimerait de faire revoter des gens dont tout indique qu'ils savaient pertinemment ce qu'ils faisaient en votant l'initiative UDC ? A sauver les meubles, peut-être, mais les meubles de qui ? Et sur quoi les faire revoter ? sur les "bilatérales", pour les sauver alors qu'elles ne sont, au mieux, qu'un pis-aller de l'espace Economique Européen qui n'était lui-même qu'un pis-aller de l'adhésion à l'Union Européenne ? Sur une "libre" circulation réduite à celle des cadres supérieurs européens dont "l'économie" a besoin ? Marx disait que l'histoire se répète une première fois en farce, une deuxième en tragédie -pourquoi en serait-il autrement de la répétition de scrutins "historiques" ?

C'est entendu, indubitable : nous sommes dans le  camp des bons et des intelligents, ceux qui savent lire le monde... mais si le vote du 9 février fut, majoritairement, xénophobe, europhobe, et identitaire, que fut donc le vote minoritaire ? a contrario de celui de la majorité, était-il solidaire, europhile et internationaliste ? « Nous sommes le 49,7 % », clamait-on le 10 février, mais qui est ce « nous », quand le grand patronat, le Conseil fédéral et la majorité des partis de droite appelaient eux aussi à repousser l'initiative ? Cette alliance objective fait-elle d'Economiesuisse, du PLR et du PDC des alliés de la gauche ?   Le 9 février, la majorité acceptante fut si faible qu'un rien eût pu l'inverser -les opposants, et cela vaut évidemment pour nous, sont donc, forcément, responsables « quelque part » (et pas seulement au Tessin) responsables de leur défaite. Là où les syndicats ont fait leur boulot, où les partis de gauche ont mené une campagne offensive, où les associations se sont mobilisées, l'initiative a été repoussée... Là où, de notre côté, on s'est contenté de reprendre l'argumentaire trivial de la "défense de notre prospérité", elle a été acceptée.
Un ancien président du Parti socialiste l'avait défini comme "le parti de tous ceux qui ne sont pas 'les gros'". Cela faisait de nous non le 49,7 % ou le tiers, mais le 90 % de la société. C'était simpliste, et c'est désormais imperceptible à ceux qui, au sein des "classes populaires", rangent le PS (et la gauche en général) dans le camp, précisément, de ceux qui "profitent du système", ou en tout cas de ceux qui n'en sont pas les victimes. Et ce n'est pas la défense d'Erasmus ou des subventions européennes au cinéma qui vont mobiliser les masses laborieuses dans la lutte contre la xénophobie et le tribalisme identitaire.

Nous ne sommes pas le 49,7 %, nous ne sommes que le tiers. Pas même ce Tiers-Etat qui était tout et voulait être quelque chose, mais le tiers de l'électorat. C'est suffisant pour résister, peut-être, mais pas pour l'emporter. Car en plus de confirmer la nature xénophobe du vote du 9 février, l'analyse VOX dissipe quelques illusions de gauche : alors même qu'ils ont été très nombreux chez les ouvriers, les indépendants et les groupes sociaux les moins favorisés, les partisans de l'initiative n'ont pas exprimé une demande de protection sociale, mais de protection tribale. Ils n'ont pas voté contre le dumping salarial, les licenciements, le manque de logement,  mais contre les gens d'à côté et les gens d'à côté des gens d'à côté. Quant aux opposants, seuls 8 % des votants ont refusé l'initiative parce qu'elle était xénophobe : les arguments économiques ont pesé plus lourd que le discours principiel. Et cela signe avec évidence, dans ce pays comme ailleurs en Europe, la perte de l'hégémonie culturelle des discours de gauche, et donc la nécessité de la retrouver : sans elle, nous continuerons à passer d'un combat défensif à un autre, en les perdant quand ils ne concernent pas des droits matériels acquis, comme si la défense du statu quo était en soi un projet de gauche, dans cette situation où la moindre proposition réformiste (un salaire minimum, par exemple...) tient déjà d'un acte révolutionnaire.
Et où l'extrême-gauche du parlement fédéral, c'est le Parti socialiste.

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Commentaires

Excusez-moi... mais être solidaire, europhile et internationaliste n'empêche pas la clairvoyance qui signifie que ceux qui gouvernent, dits responsables, doivent savoir prévoir! Hors la libre circulation doit avoir ses propres lois visant à contrôler les migrations pour le plus grand bien de tous à commencer par les foules de migrants sans emplois... clandestins ou épousant juste pour les papiers en mentant et leurrant non seulement les autorités mais les partenaires suisses contribuant ainsi (mais, à leur place, ne ferions-nous pas de même?!) en contribuant, vu tant de divorces s'en suivant dès que possible, à démanteler encore un peu plus les liens familiaux (la cellule familiale, comme on sait, la stabilité du couple assurant le bien-être général! Nous allons voter cette fois concernant les bilatérales sachant qu'on ne peut les accepter sans accepter en même temps la libre circulation telle qu'elle se présente aujourd'hui, sauvage et sans contrôle, sans limite d'où l'appréciation de Mr Blocher selon laquelle "des bilatérale, la Suisse peut s'en passer"! Le problème réel est-il celui d'une Suisse xénophobe, europhobe, identitaire ou de la mainmise de LL EE de Bruxelles sur les pays membres de l'UE, mainmise, férule excluant tout respect du bien-être d'autrui tout en privilégiant l'indifférence à tout ce qui n'est pas gain, profit? Non? demandez à la Grèce! notamment et quid de la grande misère en Allemagne malgré ses prodigieuses avancées ou prouesses?! Comme on l'a dit au lendemain des votations du mois de février 2014, invités à voter, combien de pays de l'UE n'auraient-ils pas voté comme la Suisse?! Voir venir, vouloir éviter un chaos sans précédent est-ce être xénophobe, "sot" ou niais?! Etaient-ils xénophobes, mesquins, sans esprit d'ouverture ceux qui luttèrent pour l'indépendance, la neutralité d'une Suisse pourquoi et pour commencer maîtresse chez elle? Faut-il forcément glousser en retrouvant dans un livre de chant le patriotique "O monts indépendants"? Depuis quand et "pour" "quoi"? avons-nous à avoir honte d'être attaché é ce pays, "pays au sein des nations tel "pur diamant" vu sa neutralité (Edmond Kaiser)

Edmond Kaiser, son travail humanitaire, ayant adopté un Sénégalais, était-il xénophobe? Adoptions nembreuses d'enfants étrangers de continents lointains par familles suisses?!

Écrit par : Alix | dimanche, 06 avril 2014

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