jeudi, 03 avril 2014

Répression des actes pédophiles : Marche Blanche, initiative grise ?

On marche sur des oeufs, lorsque l'on évoque, en prenant avec elle quelque distance critique, une démarche comme celle de l'initiative de la « Marche Blanche » proposant -comme d'ailleurs l'a déjà fait une révision de la loi- un renforcement de la répression des actes atteignant à l'intégrité sexuelle des enfants ou des personnes dépendantes. Critiquer ladite initiative, lui préférer la loi, ce serait faire preuve de laxisme envers des comportements que l'on proclame désormais comme les pires de tous ceux que réprouve le droit pénal. Et pourtant, l'initiative de la « Marche Blanche » est moins immaculée, un peu plus grise, qu'il semble : elle a des défauts, des lacunes, et des prétentions impossibles à satisfaire en respectant les principes du droit... marchons donc sur des œufs , mais essayons d'y voir un peu clair dans un débat à tout moment menacé d'être submergé par l'émotion..


L'illusion commode d'une répression de la pédophilie capable d'y mettre fin...

Elle passe assez inaperçue, à gauche, l'initiative populaire de la « Marche blanche » contre la pédophilie, qui sera soumise au vote le 18 mai prochain. Mobilisés pour le salaire minimum, on l'a presque oubliée, cette initiative à laquelle le parlement s'est opposé -et a opposé préventivement une sorte de contre-projet indirect en modifiant la loi existante, mais à laquelle presque personne, à quelques téméraires près (et résignés à se faire injurier), n'ose s'opposer publiquement. Il y aurait pourtant de quoi : l'initiative, en effet, est à la fois catégorique et lacunaire. Catégorique par sa proposition d'interdire définitivement toute activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes, à toute personne ayant été condamnée pour avoir atteint à leur intégrité sexuelle -« enfant » étant ici entendu, abusivement, comme synonyme de mineur de moins de 16 ans. Et lacunaire parce qu'elle n'évoque que l'interdiction d'activité et pas l'interdiction de contact, ne prévoit aucune interdiction géographique, et ne s'applique qu'aux actes commis par des professionnels ou des bénévoles.
L'initiative de la « Marche blanche » pour un renforcement de la répression des actes pédophiles a le défaut cardinal de toutes les initiatives du même genre (du genre « renvoi automatique des délinquants étrangers »...) : elle est une « mauvaise réponse à un vrai enjeu », résume le socialiste genevois Carlo Sommaruga, car elle ignore totalement le principe de proportionnalité, remplacé par une sanction automatique, sans examen au cas par cas. Et cette sanction automatique, elle ne la gradue pas : un adolescent ou une adolescente de 18 ans ayant des relations amoureuses avec un adolescent ou une adolescente de 15 ans y est traité comme le serait un vieux dégueulasse de soixante ans abusant d'un enfant de dix ans.

« Je ne veux pas faire partie du troupeau de lâches, ces élus sachant que l'initiative est problématique, mais la soutenant par commodité », explique Carlo Sommaruga. Et le courageux créateur du comité d'opposition à la loi, le PLR appenzellois Andrea Caroni, d'ajouter qu'« en politique, on se bat pour des valeurs. L'Etat de droit en est une » que l'initiative foule aux pieds par son automaticité mécanique et son ignorance du principe constitutionnel de proportionnalité des sanctions au crime commis. Et, ce qui devrait être plus grave aux yeux de celles ceux qui la soutiennent pour son objectif proclamé de protéger les enfants des atteintes les plus graves que l'on puisse leur faire subir, parce que non seulement elle oublie que les agresseurs sexuels ne forment qu'une minorité des agresseurs d'enfants, mais qu'elle oublie surtout que 80 % des agressions sexuelles dont des enfants sont victimes sont commises dans le cadre familial, ou son entourage amical immédiat.

L'initiative entretient l'illusion rassurante d'une répression de la pédophilie capable d'y mettre fin -ou à tout le moins, d'empêcher la récidive des actes qui, pénalement, la constituent, mais ses objectifs proclamés, la loi révisée les atteint mieux qu'elle, en permettant notamment d'éloigner physiquement les pédophiles des enfants, ce que l'initiative ne prévoit pas (elle ne prévoit qu'une interdiction d'activité professionnelle ou bénévole -que la loi, d'ailleurs, prévoit aussi). S'y opposer passe pourtant pour de l'indulgence à l'égard des pédophiles, alors qu'il ne s'agit que de choisir d'entre deux texte le applicable et le plus apte à protéger les victimes des pédophiles -et ce texte le plus efficace, c'est celui de la loi, pas celui de l'initiative.

16:29 Publié dans Justice | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : votation, pédophilie, marche blanche | |  Facebook | | | |

Commentaires

J'ai juste envie de remercier les gens qui montent au front pour combattre cette initiative relevant du populisme le plus crasse et le plus dégueulasse qui soit. Et qui sera pourtant très largement acceptée, par des gens qui ne l'auront pas lue, ou qui n'auront pas réfléchi à ses implications (s'ils imaginaient par ex. que leur fils de 18 ans couche avec sa petite amie qui en a 16, cela changerait la donne... et leur vote, à coup sûr !). C'est comme les initiatives de l'UDC : un slogan bien fort, bien simpliste, bien clair... et le peuple suit. Quelle désolation !

Écrit par : Mathilde Lavenex | vendredi, 04 avril 2014

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