jeudi, 20 mars 2014

« Intégration » des métèques et génitoires indigènes : Certification AOC et importation

Au Parlement fédéral,  le Conseil des Etats a proposé au Conseil national un « compromis» à propos de la loi sur la nationalité: le Conseil national veut considérablement durcir les conditions d’obtention de la nationalité suisse par des étrangers, le Conseil des Etats est d’accord de les durcir un peu, mais pas trop. Les deux chambres sont notamment d’accord sur l’obligation faite aux candidats à la naturalisation de savoir communiquer oralement et par écrit dans une langue nationale. Contrairement à pas mal d’indigènes à qui rien de ce genre n’est demandé : l’heur d’être sorti de génitoires helvétique suffit à leur AOC quand le métèque doit prouver qu’il est digne d’être une sorte d’indigène au mérite -et encore ne doit-il, pas trop se prendre pour l’égal des produits du terroir : on lui rappellera alors qu’il n’est au fond qu’un demi-Suisse, comme ne se firent pas faute de le rappeler récemment à quelques élues municipales genevoises (de gauche, forcément) quelques représentants de l’extrême-droite.


Pis d'abord, moi aussi, je veux qu’on vérifie si je suis bien intégré !

Il faut bien dire qu’il y a dans toute cette histoire de durcissement des critères (et de renforcement de leur vérification) mesurant l'« intégration » des candidats à la nationalité suisse à la Suisse, ses us, ses coutumes, ses lois et ses doctrines,  une inégalité fort vexante pour nous, indigènes de souche : On ne s’intéresse qu’à l’« intégration » des immigrants étrangers, jamais à la nôtre. Alors quoi ? personne ne se préoccupe de notre degré d’intégration à nous? On ne mérite pas cette belle attention? On s’en fout, de notre socialisation helvétique? Parce qu’enfin, c’est pas parce qu’on a, pour prendre un exemple au hasard, été élu conseiller municipal et qu’on est membre d’un parti gouvernemental (ce n’est d’ailleurs de notre faute ni dans un cas, ni dans l’autre...) qu’on est forcément bien intégré. On a pu se glisser frauduleusement dans ces deux cénacles, se faire passer pour ce qu’on est pas, dissimuler sournoisement de noires intentions et de sombres incompatibilités de culture et de mœurs politiques derrière une apparence de conformité aux us et coutumes de la tribu. Et personne ne s’en inquiète ? Coupable négligence...

On pourrait se satisfaire de cette situation, puisqu’elle nous privilégie sans que nous n’ayons rien fait pour mériter ce privilège (à supposer qu’un privilège pût se mériter). Mais voilà : nous, à gauche, on croit au principe d’égalité. Il nous semble même être le principe cardinal de tout projet de gauche, et que c’est ce principe qui distingue la gauche et la droite. Alors on ne voit pas pourquoi il faudrait que soit vérifiée, de quelque manière que ce soit, la capacité d’intégration de nos voisins, de nos copains, de nos semblables et pas la nôtre. Nous aussi, on a droit d’être scrutés, soupesés, évalués, disséqués vivants. Nous aussi, on a le droit de devoir prouver qu’on jaspine bien frouze (ou tudesque, ou rital, ou le bas latin germanisé que quelques  rupestres s’obstinent à parler dans quelques vallées reculées des Grisons).

Et puis, puisqu’il s’agit d’intégration, et de la mesure de cette intégration, et des critères de cette mesure, on pourrait, innocemment (eh oui, on est innocent, forcément, puisqu’on est Suisse de souche...) demander à nos « faiseurs de Suisses » qui est le plus profondément intégré dans la société d’ici, des 7000 employées de maison qui travaillent à Genève sans autorisation de séjour, parfois onze heures par jour pour des salaires de misère, sans aucune frontière entre leur vie professionnelle et leur vie privée, et ceux qui, lorsqu’on réclame la régularisation de ces «sans-papiers», la refusent, comme l’UDC, « pour ne pas créer un appel d’air » (il serait pourtant bienvenu, tant il nous semble qu’on commence sérieusement à manquer d’air, dans ce pays),  ou demandent, comme le MCG, qu’on vérifie d’abord si ces métèques illégales « n’occupent pas des emplois qui pourraient être octroyés à des Genevois ».
Dont on sait qu’ils sont en effet des milliers à vouloir travailler 70 heures par semaine pour 1500 balles par mois.

15:32 Publié dans Immigration, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nationalité, intégration | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le taux d'immigration en Suisse est tel que c'est les suisses qui sont obligés de s'intégrer. C'est de l'intégration à l'envers. Heureusement que ces braves helvètes n'ont pas perdu le sens des valeurs qui ont fait leur succès. Demander aux immigrés de maîtriser le français c'est un minimum, sinon seuls les suisses seraient capables de vous lire. Quant à l'égalité ça n'existe pas, essayez de vous faire inviter chez certains libéraux et vous verrez.

Écrit par : norbertmaendly | jeudi, 20 mars 2014

Ne confondez pas le taux d'immigration et la proportion d'étrangers : un bon tiers des étrangers vivant en Suisse y sont nés. Ils n'y ont donc pas immigré. Quant à la maîtrise de la langue, j'y suis évidemment favorable. Mais pour tout le monde.Suisses compris. C'est ça, l'égalité. Et y'a du boulot...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 20 mars 2014

«Quant à la maîtrise de la langue, j'y suis évidemment favorable. Mais pour tout le monde.Suisses compris. C'est ça, l'égalité. Et y'a du boulot…»

J'y étais favorable également; mais, lorsque j'entends les bobos branchés, dans le train, baragouiner un globish approximatif dans leur iphone… je me suis dit que c'était foutu, peine perdue.
Autant donc enseigner le globish approximatif à nos tête blondes (pour autant que ça s'enseigne).
Et pis, y'a le rebeu parlé très couramment à partir de 11 ans, dans et hors des préaux.

Et pourquoi pas éditer des journaux, des blogs, bilingues globish/rebeu… y'en aurait pour tout le monde, c'est ça l'égalité !

Globish: dialecte planétaire du 3e millénaire, ou niveau d’anglais suffisant pour acheter un BigMac ou demander où sont les gogues. Le globish approximatif étant la version simplifée du globish.

youtu.be/054zM_ON_z8
www.jpn-globish.com/

Écrit par : petard | vendredi, 21 mars 2014

Les commentaires sont fermés.