vendredi, 28 février 2014

Le PS et la candidature de Pierre Bayenet : Ni à gauche, ni à droite : au Palais !

Bayenet, Jornot, élection, PSPar 34 voix contre 29 (et quatre abstentions), l'Assemblée générale du PS genevois a donc décidé hier soir de ne pas soutenir le candidat de gauche, Pierre Bayenet, contre le candidat de droite, Olivier Jornot, au poste de Procureur Général de Genève. Le débat fut long, vif, très politique (malgré plusieurs interventions tentant de le réduire à un examen des compétences personnelles de deux candidats en lice), et marqué par une forte mobilisation des magistrats socialistes du pouvoir judiciaire. L'aile gauche du Palais, en quelque sorte (il est vrai qu'on y est vite, à l'aile gauche, au Palais Jornot...).  Que cette Assemblée Générale arrivait un peu comme la grêle après les vendanges nous arrangeait. Parce que toute une série de questions avaient déjà obtenu réponse dans les faits, et que le PS n'avait donc plus ni à se les poser, ni à y répondre. D'autant que si le parti ne soutient pas officiellement Pierre Bayenet, une liste socialiste le soutenant a tout de même été déposée. On plaide coupables.


A gauche ou nulle part ? Ben... nulle part, c'est plus confortable...

Ce qui devrait nous importer, dans une élection comme celle du Procureur Général genevois, c'est le contenu politique que lui donnera la gauche présente dans cette campagne, avec ou sans le PS. Parce que c'est cela, et cela seul, qui justifie une candidature de gauche contre la candidature de droite. On n'élira pas en avril prochain le directeur des ressources humaines du Palais de Justice, mais le Procureur Général de la République. Or Pierre Bayenet a clairement situé sa candidature dans un projet politique de gauche, dans la dénonciation de la chasse aux sans-papiers, de la banalisation et du bourrage de la prison, de la restriction du droit de manifester, de la restriction des libertés syndicales, de la pénalisation de tous les comportements déviant de la norme majoritaire,  de la définition de l'efficacité de la machine judiciaire en fonction du nombre de personnes incarcérées... Sur tous ces thèmes, les socialistes ont quelque chose à dire -et que leur parti ne le dise pas, ou ne se souvienne pas de ce qu'il a à dire,  ne nous empêchera pas d'y suppléer.

Quant au résultat de l'élection, même s'il devait être aussi déséquilibré que certains nous l'annoncent déjà, nous nous en satisferons, quel qu'il soit :  deux, trois ou quatre (ou plus) dizaines de milliers de Genevoises et de Genevois, en votant Bayenet refuseront de considérer la prison comme l'alpha et l'omega de la réponse aux déréglements sociaux, refuseront de considérer la mendicité comme un crime, refuseront qu'une prison préventive soit utilisée comme centre de rétention d'étrangers sans-papiers, et refuseront d'admettre que le droit de manifester ne soit précisément plus un droit, mais un octroi princier du Département de la Sécurité ou du Parquet Général. Nous sommes de cet électorat-là.

Ce qui dépendait du mot d'ordre soumis à l'assemblée générale socialiste d'hier soir,  ce n'était pas le résultat de l'élection, c'était le positionnement politique du PS dans la campagne électorale :  à gauche, ou nulle part. Le PS a choisi de n'être nulle part. Même pas sur le banc de touche, même pas le hors-jeu (puisque pour cela il aurait fallu qu'il accepte de jouer), mais sur les gradins des spectateurs. Ce choix est celui du parti (et des magistrats socialistes du pouvoir judiciaire) pas celui des militants; au moins n'entrave-t-il aucun socialiste, et nous laisse-t-il, tous et toutes autant que nous sommes, et comme nous sommes, libres de notre engagement aux côtés du candidat de gauche à une élection qui, on ne cessera de le répéter, est désormais, n'en déplaise à ceux qui la voudraient réduire à une cooptation corporatiste, un choix politique. Et que le parti socialiste (comme le parti vert) refuse de faire ce choix n'y change rien. D'autant qu'on l'a ici, avec la Jeunesse Socialiste, fait à sa place... Notre liste n'est pas une liste officielle du parti ? On s'en fout, c'est quand même une liste socialiste.
Le PS n'est nulle part ? Nous sommes à gauche.

15:26 Publié dans Genève, Justice, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : bayenet, jornot, élection, ps | |  Facebook | | | |

Commentaires

Résultat d'un accord minable entre le PLR et le PS lors de l'élection du Procureur Jornot...

Écrit par : jacques joray | vendredi, 28 février 2014

Petite question de démocratie participative :

Comment le PS peut-il prendre des décisions avec ... 67 votants en assemblée générale alors que tous les militants y était conviés. Même pas la moitié des élus (communaux, députés et nationaux) étaient présents.

Quelle est la représentativité de cette décision prise à moins de 5% des militants PS ?

Écrit par : toto | vendredi, 28 février 2014

Bonne question... mais faut plutôt la poser aux absents qu'aux présents... cela dit, si "même pas la moitié des élus" étaient présents, les trois quarts des magistrats socialistes du pouvoir judiciaires l'étaient, eux, présents...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 28 février 2014

Voici encore une lamentable démonstration de politique politicienne. La gauche, enfin... le PS plutôt puisque dorénavant ce n'est plus tout à fait la même chose, ne veut pas se prendre une claque et n'assume pas.

Comme je l'ai déjà dit, je soutiens Pierre Bayenet, pas pour ses nobles idées, mais pour limiter les dégâts et inciter Olivier Jornot à tenir compte de la minorité pour "assainir" sa ligne.

Ceci dit, je ne vois pas comment un procureur pourrait ne pas appliquer les règles définies par le parlement, notamment en matière du droit de manifester.

Merci d'éclairer ma lanterne.

Écrit par : Pierre Jenni | vendredi, 28 février 2014

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