mercredi, 26 février 2014

Election à Genève : Un parti de gauche peut-il ne pas soutenir une candidature de gauche ? Un dilemme socialiste...

andycapp.jpgDilemme socialiste au menu jeudi soir : l'Assemblée générale du PS se prononcera sur le soutien (ou non) du parti à la candidature de Pierre Bayenet (ou à celle d'Olivier Jornot ?) au poste de Procureur Général... Pierre Bayenet a déjà le soutien des syndicats (la CGAS) et des Juristes Progressistes. Il est présenté par six listes : celle de son comité de soutien, celle d'Ensemble à gauche, la nôtre (celle de la Gauche Socialiste et de la jeunesse Socialiste), une liste déposées par la gauche des Verts, une liste de syndicalistes et une liste proche de l'Avivo. En face, Olivier Jornot est présenté sur cinq listes : une liste du PLR (son parti), une liste du PDC, une liste de l'Entente et deux listes «attrape-tout » -ni le MCG, ni l'UDC, qui appellent à voter pour lui, n'ont déposé de listes. Dilemme socialiste donc : un parti de gauche peut-il ne pas soutenir une candidature de gauche ?


Un peu de soleil de gauche dans l'eau froide de la corporation du Palais

Le 13 avril prochain, ce n'est pas le directeur des ressources humaines du Palais de Justice que les Genevoises et genevois éliront : c'est le Procureur Général de la parvulissime, quoique auguste, république.  Une élection politique, pas une désignation technique, ni un pavois clanique (ou corporatiste). Le candidat de la gauche à ce poste, candidat que nous (non pas « LES socialistes », mais «  DES socialistes »...)  présentons sur une liste explicitement (mais non officiellement) socialiste, nous ne l'avons pas choisi, puisque le PS a choisi de ne pas présenter de candidat (les Verts ayant fait le même choix). Pierre Bayenet a été présenté par Ensemble à gauche, il n'y  a pas d'autre candidat de gauche, et en face, il n'y a que le candidat de droite. Dès lors, Il y a quatre positions possibles pour le PS : ne pas prendre de position (c'est la position, jusqu'à présent, du Comité directeur du parti); soutenir Pierre Bayenet (c'est, évidemment, notre position d'âmes simples : on est de gauche, il y a un candidat de gauche contre le candidat de la droite, nous soutenons le candidat de gauche...); soutenir Olivier Jornot (personne n'a proposé que le PS adopte cette position, mais nombre de raisons de la prendre ont été données par les adversaires d'un engagement du PS aux côtés du candidat de gauche, et on les sent prêts à appuyer publiquement le candidat du PLR, du PDC, du MCG et de l'UDC); enfin, quatrième position possible, appeler à voter blanc (personne ne l'a non plus proposé -cette position suggérerait comme nous l'avions fait lors du vote sur la nouvelle et l'ancienne constitutions genevoises, que les deux termes de l'alternative soient également inacceptables).

Nos critères pour cette élection sont politiques :  nous considérons qu'un parti de gauche perd toujours plus à ne pas soutenir une candidature de gauche qu'à la soutenir, même si elle ne part pas gagnante. Nombre de socialiste auraient préféré qu'il n'y ait pas d'élection du tout, qu'Olivier Jornot soit seul candidat, incontesté et élu tacitement. Evidemment, une élection ouverte donne une légitimité démocratique à qui la gagne. A Jornot, si c'est lui. Parce qu'en effet, il en manque, de légitimité démocratique, ayant été élu à une voix de majorité au Grand Conseil en ayant voté lui-même pour lui-même... Or de toute façon, cette question, comme une bonne partie du débat, a déjà été tranchée :  On n'a plus à se demander si l'élection doit être ouverte ou tacite, elle est ouverte, que le PS y prenne sa part ou non. On n'a plus à se demander s'il y aura ou non une candidature de gauche contre Jornot, il y en a une, et une seule, que le PS la soutienne ou non. On n'a pas à se demander si Jornot est le candidat de la droite, il l'est, de toute la droite, jusqu'au MCG.  On n'a plus à se demander si cette élection est politique ou non : avec un candidat de gauche contre un candidat de droite, elle l'est forcément. On n'a plus à se demander si le PS va ou non déposer une liste pour Bayenet, c'est trop tard. On n'a plus à se demander si des socialistes peuvent ou non soutenir Bayenet, des socialistes soutiennent déjà Bayenet avec une liste clairement identifiée comme socialiste, même si elle n'est pas celle du parti socialiste. 
On n'a donc plus à se demander qu'une seule chose : est-ce que dans une élection ouverte, politique, gauche contre droite, le parti socialiste soutient ou non le candidat de gauche contre le candidat de droite ? Ou, pour le dire plus clairement : le principal parti de la gauche genevoise (n'en déplaise à nos cousins de sénestre) peut-il ne pas soutenir le seul candidat de la gauche genevoise contre le candidat unique de la droite genevoise ?
Avouons-le : on est tout de même surpris que la question même se pose... Il serait ainsi « irresponsable » que les socialistes soutiennent Pierre Bayenet, fût-ce du bout les urnes. Or nul ne doute que le PS soit un parti «responsable».
Quelques socialistes, cependant (et nous en sommes, forcément, par inclination autant que par vocation) se disent qu'un peu d'«  irresponsabilité » (celle consistant à nous situer là où nous voulons nous situer : à gauche...), de temps en temps, serait de bon aloi, ne serait-ce que pour mettre en valeur, par contraste, l'habituel et foncier sens des responsabilités de notre grand parti responsable...

11:56 Publié dans Genève, Justice, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bayenet, jornot, ps, élection, procureur général | |  Facebook | | | |

Commentaires

Là je dois avouer que j'ai pris le pied.
Pas seulement sur les errements de la gauche, (eh oui, je suis de droite, sorry), mais surtout en raison des pathétiques gesticulations du politique en général.
Sur ce coup, j'ai envie de vous soutenir. Pas parce que je pense que "votre" candidat en vaut le coup, non, il est trop bisounours à mon goût, mais parce que je pense que notre système tout répressif mène à l'impasse et qu'il est vital d'envisager d'autres alternatives.
Je vais donc vraisemblablement voter pour Bayenet afin qu'il obtienne un score décent et obliger ainsi Jornot à revoir sa copie.
C'est assez minable ce genre de calculs quand j'y pense, mais je n'ai rien à envier aux politiques en général, qui s'adonnent régulièrement à ce genre de stratégies de bas étage dès le moment où elles sont destinées à manipuler l'opinion publique sans subir les stigmates de ceux qu'on considère comme les populistes.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 26 février 2014

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