lundi, 24 février 2014

Salaire minimum : on votera le 18 mai, et toute la droite défend le dumping salarial

La campagne syndicale pour l'initiative en faveur d'un salaire minimum légal de 22 francs de l'heure (ou 4000 francs par mois) a été lancée. On votera le 18 mai. Et toute la droite s'est déjà mise en ordre de bataille, pour défendre le dumping salarial.


Donner à 300'000 personnes les moyens d'échapper à l'endettement et de se passer de l'aide sociale

Le 18 mai, on votera pour le plus efficace des moyens de lutter contre le dumping salarial légal pratiqué sur (entre) les bas salaires. Trois mois après avoir perdu un vote dont on retrouvera à la fois les vainqueurs (l'UDC et ses satellites leghistes et èmecégistes) et quelques vaincus (Le patronat, le PLR, le PDC...) solidement unis contre l'initiative syndicale. Ce qui devrait au moins nous permettre de démontrer, par l'exemple, qui fraie avec qui pour défendre quoi :  Le PLR, le PDC, l'UDC, les ligues genevoise et tessinoise, toute la droite « modérée » ou « extrême » est coalisée avec le patronat pour défendre le dumping salarial en chantant les mérites d'un « partenariat social » brandi comme un étendard, alors que  la moitié seulement des salariés de ce pays sont couverts par une convention collective...
L'initiative syndicale n'est ni révolutionnaire (elle est foncièrement social-démocrate), ni hors de prix : relever tous les bas salaires à 4000 francs coûterait (sur quatre ans) 1,6 milliard à l'économie suisse à raison d'une hausse salariale moyenne de 460 francs par mois pour les salaires inférieurs à celui proposé comme plancher -ce qui rapporterait en retour un demi-milliard aux caisses publiques et aux caisses sociales, et ferait économiser une centaine de millions de dépenses d'aide sociale. En outre, ces ressources supplémentaires disponibles pour 300'000 personnes seraient en totalité consommées, réinjectées dans l'économie « réelle » puisque on se situerait toujours dans des niveaux de revenu ne permettant ni d'investir, ni de thésauriser.

L'instauration d'un salaire minimum légal serait particulièrement appréciable pour les jeunes et les femmes, et pour toutes les travailleuses  et travailleurs oeuvrant à temps partiel pour moins de 22 francs de l'heure -et dont le directeur de l'USAM, le syndicat patronal des PME, fait petit cas, en disant des femmes qui sont dans ce cas qu'elle ne travaillent « que pour avoir un supplément dans le ménage » -à quoi on répondra en se demandant si le salaire doit être à nouveau fixé non en fonction du travail, mais du statut matrimonial, comme au XIXe siècle ?
Il va falloir se mobiliser, et mobiliser tous les électorats que nous pouvons mobiliser, pour que le 18 mai ne ressemble pas au 9 février. On pourra dans trois mois évaluer la part de celles et ceux qui, votant « oui » à l'initiative xénophobe de l'UDC, disaient voter contre le dumping salarial mais ne votaient en fait que contre les étrangers (et les étrangers en général et en bloc, immigrants économiques, requérants d'asile et frontaliers mis dans le même sac) : ceux-là voteront contre le salaire minimum -ou ne voteront pas. Le 9 février les principaux concernés par l'initiative xénophobe de l'UDC, les étrangers (immigrés ou non) ne votèrent pas -ils n'en avaient pas le droit.  Or, comme le rappelle le député socialiste vaudois Samuel Bendahan, la majorité des gens qui voteront le 18 mai gagnent plus que 4000 francs par mois (les pauvres ne votent pas...) et  que « beaucoup d'entre eux ne réalisent pas ce que représente de gagner » moins de 4000 francs par mois  :  ce ne sont pas seulement sur les vacances, les loisirs, la culture que l'on « rogne », mais aussi sur les soins médicaux. Lorsque le salaire est insuffisant à couvrir les besoins essentiels à quoi a-t-on recours ? A l'endettement personnel, ou à l'aide sociale.

Plus de 300'000 personnes travaillant à plein temps, dont 75 % de femmes, doivent aujourd'hui en Suisse se contenter d'un salaire inférieur 4000 francs par mois. Et donc se priver de tout ce qui n'est pas nécessaire ou obligatoire, dans ce pays où ce qui est nécessaire comme une bonne partie de ce qui est obligatoire (l'assurance-maladie, par exemple) coûte plus cher qu'ailleurs, Or nous sommes de ceux qui prèfèrent donner aux « travailleurs pauvres »  les moyens d'échapper à l'endettement et de se passer de l'aide sociale. A entendre les adversaires du salaire minimum, c'est encore, dans le pays le plus riche d'Europe, une position subversive...
Il est vrai qu'urbains, romands et de gauche, nous sommes forcément de mauvais Suisses.

Et que pour aggraver nos cas déjà pendable, nous en sommes fiers...

16:07 Publié dans Suisse, syndicats | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : salaire, salaire minimum, votation | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le salaire Minimum de 4000 francs c'est bien mais si c'est pour attirer encore plus des travailleurs de la communauté Européenne car a même temps vous vous battez contre la limitation des travailleurs frontaliers cela ne servira a rien. Car sans aucun contrôle cela ne servira a rien car nous serons toujours au chômage et ceux qui sont endettés justement a cause d'avoir des salaires précaires ne s'en sortiront pas car la compensation sera absorbé par l'office des poursuites et nous resterons toujours dans une situation précaire.

Écrit par : Manco | lundi, 24 février 2014

C'est bien ce que j'écrivais : ceux qui ont voté pour l'initiative xénophobe de l'UDC en prétendant voter contre le dumping salarial vont voter contre la seule mesure capable de lutter contre le dumping salarial...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 24 février 2014

Comme l'a écrit Schwaab sur son blog : ce sera surtout gagnant-gagnant pour le fisc et l'état!
Les salariés ne verront rien de plus dans leur porte-monnaie à la fin du mois, une fois les factures payées. Et pour certains, cela risque d'être pire! Les subventions d'assurance maladie qui seront diminuées, l'aide sociale supprimée pour quelques francs en plus et la facture d'impôt alourdie.
Bien sûr ceux en dessus des 4'000 seront bien à l'abri et sans conséquences.
Cette votation est discriminatoire car elle ne touche qu'une partie des gens, et les plus faibles bien sûr!

Écrit par : Corélande | lundi, 24 février 2014

«....toute la droite défend le dumping salarial...»
«...ceux qui ont voté pour l'initiative xénophobe...»

Et vous pensez qu'en vous faisant un tel cinéma, vous allez faire avancer le schmilblic...

«...la seule mesure capable de lutter contre le dumping...»

Au fait, votre billet, c'est la totale: le billet et le commentaire, tout en un.

Écrit par : petard | lundi, 24 février 2014

Je suis très tenté. Et pourtant c'est à l'opposé de mes positions libertaires.
D'une part je trouve que vos arguments font sens et d'autre part je ne puis concevoir que nous puissions vivre dans ce pays avec un salaire inférieur.
Et pourtant il existe tant de cas de figure qui n'entrent pas dans vos projections.

Il y a les couples dont les salaires sont cumulés. Certaines petites entreprises modestes qui devraient fermer boutique avec de telles contraintes.

J'aurais voulu pouvoir mesurer l'impact de la votation du 9/2 avant de me prononcer. Vérifier l'ampleur du dumping salarial qui n'a jamais fait l'objet de contrôles sérieux.

Et puis nous allons aussi nous prononcer prochainement sur le RBI. Vous me direz que c'est une chimère qui sera balayée. Peut-être. Mais comment concilierons-nous un revenu minimal pour tous avec un salaire minimum de 4000.- ?

J'aime la souplesse de notre système. J'aime la liberté contractuelle entre un patron et son collaborateur. Je déteste les contraintes qui n'encouragent pas l'initiative.

Mais je vous promet d'y réfléchir à fond avant de me prononcer.

Écrit par : Pierre Jenni | lundi, 24 février 2014

Le succès de la Suisse elle le doit à son économie libérale. Le fait que vous défendiez les pauvres est tout à votre honneur et c'est nécessaire mais vous savez aussi qu'en donnant 4000.-- fr à tous le monde vous allez aspirer encore plus d'émigrés et plomber l'économie.




















. S'il y a comme vous le prétendez 50% de xénophobe en Suisse, alors il faut en chercher la raison. Une phobie à toujours une origine et vous seriez bien inspiré d'en trouver la cause. Vous défendez les pauvres qui ne votent pas et les étrangers qui n'ont pas le droit de vote. Les premiers n'ont qu'a voter et les seconds se naturaliser. Dans la vie rien n'est acquis d'avance. les droits et leur usage non plus. C'est pareil pour les salaires. L'UDC ne dicte rien à personne ni aucun autre parti d'ailleurs. Si vous n'avez pas les faveurs du peuple c'est qu'il y a une raison. Ce ne sont pas les élites qui votent UDC comme vous le savez. En chaque suisse qu'il soit salarié ou pas il y a un petit patron. Etatiser le revenu, le social, le médical, le culturel des suisse ça ne marche pas. Le suisse aime son indépendance c'est un fait historique même s'il sait que l'union fait la force, il n'aime pas qu'on choisisse pour lui.

Écrit par : norbertmaendly | lundi, 24 février 2014

@u opposants:

Vous défendez le discours des patrons qui dit que payer 4'000.- un employé de base c'est trop et insupportable pour l'économie.
Mais cela revient à quoi?
Si le nombre avancé d'une augmentation moyenne de 460.- est exacte, Cela fait une augmentation pour ces bas revenus de 13% (un peu moins en réalité).
13%, c'est moins que le rendement demandé par les actionnaires aux entreprises cotées en bourse (bénéfice donc). C'est moins que l'augmentation de la majorité des dividendes distribuées l'année dernière. C'est moins que l'augmentation moyenne des membres des conseils d'administration des grosses sociétés ces dernières années...
Vous pensez sincèrement que cela va plomber les sociétés? Regardez simplement les chiffres annoncés par les conseils d'administration...
Par contre, il est certain que cela va aider des familles à mieux vivre, cela ne fait aucun doute.
Il y a un moment, où il faut penser à son intérêt propre et pas toujours à celui de son patron. Il n'a pas ce genre de soucis, ni scrupule.
S'ils se battaient pour qu'effectivement il y ait dans toutes les branches des CCT avec un salaire minimum négocié, on pourrait encore leur prêter un léger crédit sur la question. Mais qu'en est-il réellement? Ils vantent les CCT maintenant qu'ils se sentent acculés, mais ils ne cessent de les combattre ou de les dénoncer dès que l'occasion se présente.
Des chiffres ont été avancé, clair et faciles à estimer, puisque connu, sur le réel impact de ce que "couterait" cette mesure. 1,6 millard sur 4 ans.
Je vous rappelle que la dernière révision de l'imposition des entreprises en à couter 7 ou 8 sur une seule année. Et que ces économies, les entreprises ne les injectent pas majoritairement dans l'économie, mais dans les augmentations de dividendes.
Alors que là, non seulement, les familles et les gens en bénéficieraient immédiatement, mais ils l'injecterait directement dans l'économie locale.
Cela ne coûtera rien à personne, cela diminuera un peu le dividende de l'actionnaire, au profit de l'employé. Première fois que cela se verrait depuis des dizaines d'années.

Écrit par : Lefredo | mardi, 25 février 2014

Il faut dans un tel dossier distinguer le fonds et la forme.

Sur le principe, l'idée que tout employé reçoive un salaire minimal de 4'000.- me semble une bonne chose et un minimum pour se permettre une vie décente dans des villes comme Genève.

Le problème avec cette initative est son manque de finesse. Si elle avait requis un salaire minimal de 4'000 CHF, voire même un peu plus, garanti pour tout employé d'une entreprise de plus de 50 personnes, j'aurais voté "oui" sans y réfléchir à deux fois. Le problème est que l'initiative veut soumettre toutes les sociétés à cette règle, même de petites PME qui ne pourront se le permettre. En cas de succès de l'initiative, ces dernières vont donc soit licencier du personnel ou dans tous les cas différer ou annuler certains recrutements. L'on aboutit donc à l'effet inverse de l'objectif recherché.

J'y vois un parallèle avec les lois relatives au travail en vigueur en France. Si il est souhaitable de rendre les licenciements pour les CDI difficiles pour des entreprises fortement profitables, le faire pour l'ensemble des sociétés est véritablement imbécile. J'ai eu connaissance de petits employeurs ayant été obligé de fermer leur entreprise lors d'une période de récession, dans la mesure où les pénalités requises pour le licenciement de quelques employés n'étaient pas supportables financièrement. Au final, au lieu de 2-3 chômeurs la société se retrouve avec une dizaine de personnes en situation difficile.

Mon coeur balance souvent à gauche, mais ma raison à droite. En effet, je suis souvent affligé de constater à quel point un grand nombre de personnes de gauche n'ont aucune idée des réalités de l'économie de marché...

Écrit par : Warren | jeudi, 27 février 2014

Comme l'a dit Warren, cette initiative manque de finesse.

Je ne vois pas comment on peut, dans un pays avec de telles disparités du coût de la vie d'un canton à l'autre, parler d'un salaire minimum national.
C'est idiot ! Le genevois survivra à peine avec ce salaire alors que le bonhomme planqué en Valais profond sera "large" à la fin du mois.

Bref, c'est idéologiquement louable mais pratiquement peu applicable. Un peu comme les 6 semaines de vacances...

Écrit par : André | dimanche, 02 mars 2014

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