mardi, 11 février 2014

Refus de la vente des actions municipales dans Télégenève : Merci aux idiots utiles !

siphonnage Naxoo.jpgJamais l'expression « idiots utiles » n'aura pris un sens si clair (et donc un autre sens que celui que lui donnait Lénine, lorsqu'il évoquait les braves humanistes occidentaux voyant en le régime instauré par les bolchéviks la réalisation de leurs propres rêves) que lors du vote municipal genevois de dimanche : sans ceux qui se sont offerts à nous, nous n'aurions sans doute pas réussi à obtenir 53 % des suffrages contre la proposition de vendre Naxoo à UPC Cablecom. On ne partait en effet pas gagnants dans ce vote : le référendum lancé par les syndicats n'était soutenu que par Ensemble à gauche, la Jeunesse socialiste et une frange du PS, ce qui ne fait pas une majorité, et l'appât des 57 millions que pouvait rapporter à la Ville la vente de ses actions était tentant. Il nous fallait un renfort -et nous l'eûmes. On n'oubliera donc pas de remercier chaleureusement UPC Cablecom d'avoir commencé avant le vote à se servir dans le fichier des abonnés de Naxoo, et Télégenève de l'y avoir autorisé : on ne pouvait mieux inciter les abonnés de Naxoo à envoyer paître le vendeur et l'acheteur des actions (ou à voter blanc, comme 11,4 % des votant-e-s -un record...).


Le vote du consommateur s'ajoutant à celui du militant, ça fait une majorité...

La Ville ne vendra donc pas, comme le souhaitait le Conseil administratif et le Conseil Municipal, son paquet majoritaire (51 %) d'actions dans son téléréseau à son « partenaire » minoritaire (UPC Cablecom, 49 %). Avec une minorité du groupe socialiste et la Jeunesse Socialiste, nous espérions en cette issue, ayant soutenu le référendum lancé par les syndicats contre cette proposition de vente.  Nous avons tenu dans la campagne référendaire campagne le genre de discours politique qui ne convainc guère que ceux qui en sont déjà convaincus. Discours  insuffisant à constituer une majorité -mais le réflexe du consommateur refusant de se laisser flouer a compensé cette insuffisance que ne pouvait combler notre dénonciation de la rapacité d'une multinationale : après tout, le consommateur défendant son téléréseau local le reçoit sur une télé, et est connecté à internet par un ordinateur, une tablette, un mobile, tous ustensiles dont on peut légitimement douter qu'ils soient produits par de petites mains genevoises employées dans une entreprise locale.  Notre dénonciation d'UPC Cablecom relevait de nos réflexes politiques basiques et nous faisait plaisir -c'est essentiel, dans une campagne, de ne pas oublier ses réflexes et de se faire plaisir, mais ça ne suffit pas. Il fallait donc que l'enjeu s'invite directement chez l'habitant -grâce à UPC Cablecom et à Télégenève, ce fut le cas. et le vote du consommateur s'ajoutant au vote du militant fit une majorité.
Plus sérieuses -à notre humble (c'est une clause de style) avis- était notre volonté de défendre l'emploi, les conditions sociales et salariales du personnel de Télégenève, et de défendre aussi ce fameux « partenariat social » (les conventions collectives, donc) dont on fait si bruyant gargarisme dans notre beau pays. cette volonté, nous la crûmes, un temps, partagée par le Conseil Municipal, qui avait en effet à la quasi unanimité, avant de retourner sa veste, posé des conditions à toute autorisation de vente : la garantie des emplois, le maintien de la convention collective Télégenève existante, le maintien de l'entreprise, la conclusion d'une convention collective par l'acheteur... il n'y avait donc pas de refus a priori de vente, il y avait exigence de garanties. Or la seule condition acceptée a été le maintien de la caisse de retraite. Le maintien de la convention collective Naxoo a certes été accepté, mais comme le maintien de l'entreprise ne l'a pas été, le maintien de la CCT d'entreprise n'était pas plus garanti que celui de l'entreprise elle-même. Quant au maintien de l'emploi et à la signature d'une CCT Cablecom, macache !
Il s'agit donc maintenant de reprendre ces exigences comme un préalable à toute autorisation de vente, et de n'accepter de négociation avec un acheteur que sur la base de ces exigences, et seulement avec qui les accepte -mais chacun son rôle : le Conseil Municipal donne (ou pas) le feu vert à la vente, le peuple, le cas échéant, ratifie (ou pas), mais la négociation des conditions de la vente, c'est l'affaire de l'exécutif municipal (gestionnaire de l'actionnariat majoritaire dans Télégenève) et du Conseil d'administration de Télégenève. A qui une chose est désormais demandée  : faites votre boulot dans l'intérêt d'une société majoritairement en mains publiques, et donc dans l'intérêt des habitants de la Ville et des abonnés à Naxoo : la renégociation du contrat d'actionnariat avec Cablecom (ou tout autre actionnaire potentiel) est prévue l'année prochaine,  l'offre du « triple play », prévue dans la convention d'actionnariat et ses annexes, reste à développer, l'infrastructure doit être entretenue (elle reste propriété de Télégenève), l'entreprise doit sans doute être refinancée -mais elle fait 45 millions de chiffre d'affaire annuel...

«En tant qu'entreprise, nous fonctionnons selon une logique commerciale» s'est justifié le président du Conseil d'administration. Eh bien, votre actionnaire majoritaire, la Ville de Genève, vient de de se faire dire par ceux qui ont le dernier mot, ses habitant,  qu'en tant qu'entreprise en mains publiques, vous avez à fonctionner selon une logique d'intérêt public. Si vous savez encore ce que cela signifie.

16:32 Publié dans Genève, Médias, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : naxoo, télégenève, upc cablecom | |  Facebook | | | |

Commentaires

Effectivement, belle victoire du consommateur/militant... Mais celui qui a gagné le plus, c'est UPC Cablecom qui va gérer Naxoo et sa clientèle pour pas un rond de plus que ce qu'ils ont déjà payé. Et en cas de renégociation, si Cablecom sort, la Ville de Genève devra payer la reprise des actions détenues par Cablecom...

Là, il faudra m'expliquer le bienfondé de cette manoeuvre, car je ne vois pas. Je dois être complètement con, sans doute. Mais ici, l'intérêt public m'échappe complètement.

Écrit par : Déblogueur | mardi, 11 février 2014

Je partage votre "humble" jouissance. Les requins n'obtiennent que ce qu'ils méritent. Mais j'imagine la suite...
Que fera la ville lorsque UPC Cablecom souhaitera se défaire de ses actions plutôt qu'engloutir des fonds dans une société majoritairement en mains publiques, peu susceptible de favoriser le rendement et certainement concernée par les investissements qui lui permettront de rester à la page ?

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 11 février 2014

Si la Ville pouvait racheter la part de Cablecom, ou trouver pour remplacer Cablecom un autre partenaire public (Swisscom, les SIG, par exemple, ou la Banque cantonale, qui était partenaire avant de vendre ses actions à Cablecom), ce serait l'idéal -mais je ne sais pas si elle a en légalement le droit, ni si Cablecom souhaitera vendre ses actions ou plutôt continuer à user de ses droits d'actionnaires pour entraver Télégenève. Une autre solution serait un actionnariat "citoyen", chaque abonné devenant actionnaire...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 11 février 2014

A toutes fins utiles, je rappelle que Cablecom appartient à Lyberty Global, un cartel américain leader mondial dans le domaine de tv par cable et satellite étendu en Europe, Japon, Australie et Amérique Latine.

Alors nous avons doublement bien fait de ne pas laisser entrer dans nos foyers et nos ordis cette source supplémentaire d'espionnage organisé à vitesse supersonique de fibre :-)

Au fait, au gouvernement fédéral, il sont cablés par qui ?

Écrit par : Jmemêledetout | mardi, 11 février 2014

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