vendredi, 31 janvier 2014

Référendum contre l'achat des avions de combat « Gripen » : Combat aérien le 18 mai

SnoopyVsTheRedBaron.jpgLe Parlement fédéral ayant accepté de claquer trois milliards pour acheter 22 nouveaux avions de combat (des « Gripen » de chez Saab et Ikea), un référendum avait été  lancé par une large coalition d'opposants à cet achat somptuaire, que la majorité parlementaire (et gouvernementale) entend faire payer par un plan d'austérité frappant l'AVS, l'éducation, et même... la protection contre les inondations. Tout en présentant un budget militaire annuel de cinq milliards. Le référendum a abouti et on votera le 18 mai prochain. La droite s'est mise en ordre de bataille pour une campagne qui pourrait bien être payée en partie par le bénéficiaire du contrat.





L'avion Ikea, pour parer demain aux menaces d'avant-hier

A droite, on va s'activer pour défendre l'achat des avions suédois. Un comité interpartis présidé par un PDC saint.gallois, Jakob Büchlert, a été mis sur pieds, et il est plus que vraisemblable, puisque cela a été quasiment annoncé publiquement par l'avionneur suédois, que Saab va la financer en grande partie, la campagne des supporters de son appareil. L'Association gripophile, « Pour une Suisse en sécurité », qui rassemble 134 parlementaires fédéraux de droite, n'exclut d'ailleurs pas ce soutien. Elle aurait tort de se gêner, rien n'est illégal dans ce qui est, pour Saab, un investissement : la Suisse ne dispose d'aucune législation excluant que des entreprises étrangères sponsorisent des campagnes politiques en faveur de contrats (juteux) dont elles bénéficieront. Pour le comité de campagne des partisans du Gripen, l'argent n'a pas d'odeur. Mais pour nous, il a un poids : Les trois milliards de francs (au moins) que va coûter l'achat des Gripen vont manquer ailleurs s'ils y sont consacrés. Ils vont manquer à la formation, aux assurances sociales, aux transports publics -parce que la même majorité qui a voté cet achat s'opposera à toute augmentation des moyens dont dispose, par l'impôt, la Confédération, moyens qu'elle ne cesse d'ailleurs de vouloir réduire au gré de cadeaux fiscaux accordés à ceux qui n'en ont pas besoin.  C'est donc, au-delà même du choix des « Gripen » plutôt que des « Rafale » français ou des « Eurofighters » allemands, un choix de priorités politiques dont il s'agit.  Et on ne s'étonnera guère que celles de la gauche ne soient pas celles de la droite.

Et puis, il y a quelques détails gênants, tout de même, dans ce contrat. De petits détails, assez coûteux : D'abord, l'avion que la Suisse veut acheter à Saab est aussi un avion d'Ikea : il n'existe encore que sur plan et des dizaines de ses composants ne sont pas encore développés. La Suisse devra pourtant avancer 40 % du prix d'achat de cet avion avant même qu'il existe. Et ce prix est surévalué : le même avion est vendu à la Suisse 23 millions plus cher, par pièce, qu'au Brésil -les Suisses devraient payer 142 millions ce que les Brésiliens paieraient 119 millions (mais eux aussi ont pourtant des dépenses plus urgentes à consentir, pour leur population...). C'est la chaleur des tropiques qui fait fondre le prix ou l'acharnement helvétique à vouloir acheter des avions de combat qui le fait monter ? alors même que la flotte de FA-18 (une trentaine d'appareils, si on ne les envoie pas se crasher contre des falaises) restera en service, en étant rénovée, pendant encore au moins vingt ans...

Enfin, puisque le comité «  proGripen » s'intitule lui-même «  Pour une Suisse en sécurité », ne pourrait-on pas lui suggérer de s'attacher à trouver plutôt les moyens de répondre aux menaces réelles sur la « sécurité nationale » et celle de la population que ceux de répondre aux souvenirs des guerres du passé ? Il faudra bien qu'on nous explique à quoi peut bien servir  un «  Gripen » (ou un « Rafale », ou un « Eurofighter »...) contre une cyberattaque, un attentat à l'arme chimique ou à la voiture piégée ? A faire du bruit autour des victimes ?  A montrer aux invités du Forum de Davos qu'on est prêts à empêcher un commando d'extraterrestres de les prendre en otages ?  A repousser les armées du Pacte de Varsovie ?

13:48 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : armée, avions de combat, gripen, saab | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je suis contre l'achat de ses avions.
Je voterais donc en conséquence.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | vendredi, 31 janvier 2014

Victor-Liviu DUMITRESCU @ Un peu court. Vous avez bien quelques arguments à nous mettre sous la dent ?

Écrit par : Géo | vendredi, 31 janvier 2014

Les questions sont encore bien plus simples.
A quoi sert une défense de la souveraineté de notre ciel si elle ne se pratique qu'aux heures de bureau et que pour intercepter un éventuel violeur de cet espace il faudrait que le pilote soit sanglé dans l'avion et que le moteur tourne.
Je vous encourage à prendre connaissance d'autres éléments révélateurs de l'aberration d'un tel achat sur mon site : www.pierrejenni.ch/blog/35-gripen

Écrit par : Pierre Jenni | vendredi, 31 janvier 2014

@ Géo
Tout simplement une meilleure utilisation de cet argent pour des besoins bien plus spécifiques, comme par exemple la création d'une véritable agence de renseignements.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | dimanche, 02 février 2014

N'empeche, avec Poutine qui nous rappelle que la loi du plus fort prime toujours a l'est, il serait simplement normal de demander a la Suisse sa part dans la defense de la maison Europe. D'autant qu'avec l'achat de 22 avions, on est pas dans la sur-militarisation...
Mais le choix du Gripen est incomprehensible : un avion de papier, avec des promesses de developpement contre 2 avions combat-proofed.

Écrit par : Steph | lundi, 19 mai 2014

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