mercredi, 29 janvier 2014

De quoi parle-t-on quand on parle de "libre circulation" ?

libre circulationDu beau principe à la réalité

De quoi parle-t-on quand on parle de "libre circulation" ? de "libre circulation" des personnes ou de "libre circulation" des travailleurs ? Ce qui est en cause dans le vote du 9 février sur l'initiative udéciste, ce n'est pas la "libre circulation", mais ce que les accords passés et les politiques menées en font, et qu'on nomme "libre circulation des travailleurs" alors que chacun des mots de cette expression est, dans la réalité, mensonger. Libre, la circulation ? Non : elle ne s'applique (et encore, avec des restrictions pour certains) qu'aux ressortissants de l'Union Européenne (ou aux pays avec lesquels des accords spécifiques ont été passés).  S'agit-il de "circulation" ? Non :  il s'agit, pour la Suisse, d'importation de main d'oeuvre. S'agit-il de "libre circulation des personnes" ? Non, il s'agit de "libre circulation" des travailleurs utiles à l'économie du pays.  On a donc d'abord une discrimination entre les Européens et les autres : La "libre circulation" n'est pas libre. On a ensuite une discrimination entre les travailleurs, et entre les travailleurs et les autres : la "libre circulation" est utilitariste. On a enfin un droit fondamental (la libre circulation) réduit à une politique spécifique de l'emploi. Bref,
la "libre circulation des travailleurs" n'est pas libre, n'est pas une circulation, est discriminatoire et utilitariste. Tromperie sur la marchandise...


Les socialistes sont,  en principe, et du moins à l'origine, fondamentalement favorables à la libre circulation des personnes. Nous revendiquons pour nous le droit de nous rendre où nous voulons, quand nous voulons, pour y travailler ou non. Cela, c'est la libre circulation.  Mais cette revendication n'est légitime que si elle est aussi une revendication pour les autres : Je n'ai que les droits que je reconnais aux autres, les autres ont tous les droits que je revendique pour moi.  La libre circulation n'est donc légitime que si elle est réciproque.

Ce qui est en cause, concrètement, sur le terrain, et dans la campagne sur l'initiative udéciste agitant le spectre de l'"immigration de masse", c'est une libre circulation des travailleurs qui n'est pas libre, qui est discriminatoire et qui est utilitariste.  Et là, on n'est plus dans le principe, on est dans ce que le rapport des forces politiques, sociales et culturelles en font. Et ce qu'ils en font, c'est ce que nous connaissons aujourd'hui après les accords bilatéraux : la satisfaction des besoins de main d'oeuvre de l'économie suisse -toute la campagne de la droite et du patronat tourne d'ailleurs autour de cet objectif là, et si l'initiative de l'UDC devait, comme nous le souhaitons ardemment, être repoussée, ce ne sera pas par adhésion au principe libertaire de la "libre circulation" mais majoritairement, comme à l'époque des initiatives Schwarzenbach, par peur de "remettre en cause notre prospérité".

L'enjeu politique du débat est donc être de confronter un principe dont on se gargarise avec la réalité de ce qu'on en fait, et avec les conséquences de cette réalité. De confronter la libre circulation des personnes avec la libre importation de la main d'oeuvre nécessaire. Et notre tâche politique n'est pas d'abolir cette libre circulation de la main d'oeuvre nécessaire, mais de l'élargir à la libre circulation tout court, en restaurant le droit d'asile, en abolissant les discriminations entre immigrants et résidents, entre anciens immigrants et nouveaux immigrants,  entre suisses et étrangers, entre habitants d'un côté ou de l'autre de la frontière -tous "frontaliers" par définition. Et ce sont les rapports de force politiques (mais aussi économiques, sociaux et culturels) qui vont déterminer la réalité de la libre circulation, et ce qu'on fera du principe quand on le traduira en une politique.  L'initiative de l'UDC est lancée contre la "libre circulation" à la fois en tant que principe et en tant que politique : sa contestation des bilatérales est le prétexte pour réchauffer le vieille soupe xénophobe. D'ailleurs, elle assimile, mélange et additionne tout : les immigrants et les frontaliers, les travailleurs étrangers et les requérants d'asile, ce qui permet au coordinateur des Verts tessinois, expliquant la position de son parti, favorable à l'initiative de l'UDC contre "l'immigration de masse", de se justifier  de son soutien à une initiative dont il désapprouve la quasi totalité du texte ("nous n'avons pas écrit ce texte" qui contient des dispositions "inadmissibles", comme "inclure les demandeurs d'asile dans les contingents", "limiter le regroupement familial" ou, de fait, se préparer à en "revenir au statut indigne de saisonnier"), mais qu'il soutient tout de même, avec ses dispositions "indamissibles", parce qu'elle parle des frontaliers (en les mélangeant aux immigrants)...

Pour s'extirper de cette confusion (dont les Verts tessinois ne sont pas les seules victimes, les lambertistes -et d'autres- sont grosso modo sur la même ligne, faisant de l'Union Européenne et de sa Commission l'"ennemi principal" en oubliant qu'ici et maintenant, notre "ennemi principal", c'est la droite et le patronat de notre pays... et que le cadre légal suisse ne vaut pas mieux que le cadre légal européen, et est même considérablement plus contestable s'agissant des droits syndicaux... ), le choix de la gauche doit être celui de la défense du principe de la libre circulation de toutes et tous, et, dans la traduction de ce principe, non seulement du renforcement des mesures d'accompagnement existantes, mais aussi de l'introduction de mesures nouvelles : le salaire minimum, la protection des droits syndicaux, la protection contre les licenciements, l'élargissement des conventions collectives, le contrôle syndical sur le respect des lois, des conventions et des mesures d'accompagnement.
A quoi on ajoutera, au-delà des aspects liés à l'emploi, aux conditions de travail, aux salaires, les revendications fondamentales d'égalité des droits entre immigrants et résidents, suisses et étrangers, de défense du droit d'asile, de réforme du droit de la nationalité avec la revendication du droit du sol -ceux qui sont nés ici sont des nôtres- et de la naturalisation facilitée. Toutes revendications  que le patronat, le Conseil fédéral et les partis de droite, opposés à l'initiative udéciste, combattront avec au moins autant d'acharnement et de moyens qu'ils mettent à préserver leur "armée de réserve" de main d'oeuvre.
Rien de ce que nous énumérons ici n'est contradictoire du principe de la liberté de circulation, tout, au contraire, en est la condition. Et tout y est aussi la condition d'une "alternative" de gauche  à la xénophobie d'Etat, comme à la politique migratoire purement utilitariste de la droite, du patronat... et du Conseil fédéral. Car
il n'y a pas de "problème de l'immigration" en Suisse : il y a un problème de faiblesse des
organisations, syndicales et politiques de travailleurs -une faiblesse en grande partie due à leur intégration dans les institutions politiques et sociales, et à une culture de "refus du conflit" (ou de plutôt : de peur du conflit) qui les pousse à se désarmer elle-même, avant les combats qu'elles ont à mener.

Ce n'est pas la loi qui peut décider du nombre d'étrangers dans un pays : la loi ne détermine que leurs conditions de séjour, et les critères de leur séjour légal. Et plus elle durcit ces conditions et ces critères, plus elle fait de l'immigration un problème.  Aucune loi, jamais, ne peut "gérer" l'immigration. L'immigration est la conséquence de situations qui échappent totalement aux lois nationales -et même aux lois internationales. L'immigration va toujours de la plus grande pauvreté vers moins de pauvreté, de l'absence de libertés vers plus de libertés. Tant que la Suisse sera plus riche que la plupart des autres pays, et qu'on y sera plus libre qu'ailleurs, on y émigrera. légalement ou non. Plus la loi sera dure à l'égard des immigrants, plus elle sera restrictive à l'immigration, plus l'immigration la contournera, et se fera illégale. Les politiques d'immigration restrictives produisent de l'immigration illégale : des gens qui sont prêts à traverser la Méditerranée sur des bateaux pourris en risquant de s'y noyer ne vont pas se préoccuper des textes de lois et des accords internationaux : quand on risque sa vie, on ne se préoccupe pas de le faire dans la légalité ou non
.

C'est une vieille illusion que celle de croire qu'on protégera les travailleurs en restreignant leur liberté de circulation et d'établissement, en "protégeant" les travailleurs d'autres travailleurs.
Le dumping salarial et social est constitutif du capitalisme : on met en concurrence les forces de travail entre elles, pour en faire baisser le prix pour l'employeur -femmes contre hommes, jeunes contre vieux, immigrants contre résidents, étrangers contre indigènes etc.. Les frontières ne protègent que les Etats, les pouvoirs, les capitalismes et les patronats nationaux. Les frontières ne protègent pas les travailleurs, elles protègent ceux qui détiennent le pouvoir à l'intérieur des frontières.
Et que l'on sache, en Suisse, aujourd'hui, ce ne sont pas les travailleurs.

13:46 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : libre circulation, frontières, protectionnisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

Drôle d’«union sacrée» qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite libérale



L’initiative de l’UDC «contre une immigration massive» a l’inquiétant mérite d’avoir dressé contre elle un front aligné-couvert derrière le Conseil fédéral allant de l’extrême gauche aux faîtières patronales les plus libérales. Plus inquiétant encore, les arguments des uns et des autres se recoupent tous en un point d’intersection précis : l’accord bilatéral Suisse/UE sur la «libre circulation des travailleurs et des services» qu’un OUI à l’initiative de l’UDC remettrait en question.



Que les patrons, les gros entrepreneurs, les capitaines d’industrie, la grande distribution et les banquiers, grands bénéficiaires de la «libre circulation des personnes et des services», combattent l’initiative de l’UDC pour «sauver» cet accord et le dumping salarial qui en résulte, on comprend… mais à gauche ?



Oublie-t-on que, sous son vernis «humaniste», la «libre circulation des personnes et des services» constitue l’une des pièces maîtresses de l’arsenal maastrichtien destiné à casser le coût de la force de travail ? Oublie-t-on que dans les conditions de l’exploitation capitaliste, des restructurations, délocalisations et privatisations, les directives et lois qui s’y attachent permettent la constitution d’une imposante armée de réserve réunissant tous les chômeurs et travailleurs précaires que les politiques antisociales décidées à Bruxelles produisent («baisse compétitive du coût de la force de travail», plans d’austérité, assainissement des «dettes» prétendues pour recapitaliser les banques et spéculateurs, etc.) ? Enfin, oublie-t-on que la «libre circulation des personnes et des services» est le moyen par lequel l’UE met tous les travailleurs d’Europe en concurrence tendant à imposer le plus petit dénominateur commun en matières sociale et salariale ?



Un syndicaliste tessinois, s’interrogeant sur la revendication d’un salaire minimum à 4000 CHF, lance une alerte et s’inquiète en mentionnant l’exemple d’une entreprise établie au Tessin qui vient de licencier neuf de ses dix ingénieurs hautement qualifiés, rémunérés à hauteur d’environ 10'000 CHF par mois, et qui réengage, dans la foulée, huit ingénieurs italiens qu’elle paie désormais 4000 CHF par mois.



Ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas, pour l’auteur de ces lignes, de donner un blanc-seing à l’initiative de l’UDC mais bien de signaler qu’en la combattant pour la raison essentielle qu’elle remettrait en cause l’accord bilatéral de la Suisse avec l’UE sur la libre circulation de la sous-enchère salariale, les tenants d’une certaine gauche se noient, une fois de plus, dans l’insoluble contradiction du soutien «critique» aux institutions politiques et réactionnaires de l’UE. En passant sous silence le contenu véritable du «permis L» délivré aux esclaves des temps «modernes» au titre de la libre circulation des travailleurs détachés et, comme font aussi les patrons, en ne colportant que l’argument selon lequel un OUI à l’initiative du parti «nationaliste» restaurerait les contingents et l’«inhumain» permis de saisonnier (qui n’a justement rien à envier au permis L… accordé pour seulement 90 jours d’intense exploitation), les comités de cette gauche bien pensante participent d’une imposture politique et intellectuelle.



Au final, nous saurons, le 9 février prochain, si l’initiative de l’UDC sera acceptée ou non. Toujours est-il qu’en focalisant le débat sur la «libre circulation des personnes – en fait, des travailleurs – et des services», il ne faudrait pas que les directions syndicales et les gauches, plus ou moins radicales et/ou bien pensantes, ne stigmatisent trop les travailleurs qui auront glissé un OUI désespéré dans l’urne. De fait, n’eut-il pas été préférable que les dirigeants syndicaux et les responsables du PS ne se fendent d’une déclaration dont les accents eussent, peu ou prou, résonnés comme suit : « Pour nous, syndicaliste, militants socialistes, travailleurs, apprentis et étudiants, l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» s’appuie sur d’inacceptables motifs xénophobes qui, comme pour l’initiative Schwarzenbach de l’Action nationale en 1970, doivent être combattus. Cependant, nous constatons que créant la confusion, le Conseil fédéral, soutenu en cela par le patronat, cherche à transformer le rejet de cette initiative en plébiscite à l’appui de l’accord bilatéral Suisse/UE sur la «libre circulation des personnes et des services». Attentifs à cette manœuvre de diversion, nous ne nous laissons pas berner et déclarons que tout en rejetant l’initiative de l’UDC pour les motivations racistes et xénophobes qui la distingue, nous prenons l’engagement de combattre, sur notre terrain et par tous les moyens, y compris en lançant le référendum contre la reconduction de l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes et des services et son extension à la Croatie, toutes les politiques fondées sur le dogme de concurrence libre et non faussée consignées dans le traité de Maastricht. Ce faisant, nous apportons, en tant que syndicalistes et sociaux-démocrates, notre concours et notre soutien au combat quotidien que mènent l’ensemble des travailleurs d’Europe qui, dans d’effroyables circonstances, cherchent à résister au rouleau compresseur de la Troïka (FMI, BCE, UE) et de la dictature des marchés et des multinationales dont l’agence européenne se trouve à Bruxelles» ?



Rêvons, rêvons… il en restera toujours quelque chose…



Michel Zimmermann

Écrit par : Zimmermann Michel | jeudi, 30 janvier 2014

Il me semble avoir déjà lu et entendu ce discxours quelque part... il est en tout cas assez exemplaire de la confusion qui règne dans une partie de la "gauche de la gauche", non seulement à l'égard de l'initiative udéciste (et des propositions semblables, émanant par exemple du MCG ou de la Lega), mais de la fonction du protectionnisme et du rôle de l'Union Européenne, devenue "ennemi principal" (même dans un pays qui n'en est pas) à la place des patronats, des droites et des gouvernements des Etats... on se choisit un adversaire lointain en oubliant que nos adversaires réels sont les pouvoirs économiques, sociaux et politiques de notre pays.
L'enjeu du vote du 9 février n'est pas, quoi qu'en dise notre patronat, nos droits et nos gouvernants, nos rappports avec l'UE, ni les accords bilatéraux passés avec elle. L'enjeu, c'est la discrimination entre les travailleurs, selon leur statut de résidence et selon leur nationalité. L'initiative n'est pas une initiative de défense des droits des travailleurs suisses : c'est une reformulation du vieux discours xénophobe qu'on nous balance depuis les initiatives Schwarzenbach (qui, déjà, avaient fait un tabac dans la classe ouvrière) : les difficultés, les atteintes aux droits, les pressions salariales et sociales que subissent les travailleurs d'ici, ce sont les travailleurs d'ailleurs qui en sont la cause et les coupables. Pas le patronat d'ici, pas les gouvernants d'ici, mais les travailleurs immigrants (déjà immigrés ou s'apprêtant à venir)..
Nos adversaires principaux ne siègent pas à Bruxelles mais à Berne. Et l'UDC en fait partie, pleinement, comme on pourra le vérifier lorsqu'au lieu de devoir voter sur la Xème resucée de l'initiative Schwarzenbach et la résurrection, sous un autre nom, du statut de saisonnier que nous avons mis des années à abolir, on votera sur le salaire minimum ou l'extension des conventions collectives avec force obligatoire : là, le clivage sera clair, évident, entre "nous" et "eux", mais entre un "nous" et un "eux" qui ne sera pas défini par la couleur de la peau ou de la couverture du passeport, mais par les choix politiques et les ancrages de classe. Autrement dit : que notre adversaire n'est pas le travailleur européen (croate, par exemple...), mais le patron suisse.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 30 janvier 2014

Ne me dites pas que mon commentaire vous a échappé !

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 30 janvier 2014

En bon libertaire, je partage évidemment votre analyse sémantique de la libre circulation des personnes.
Dans un monde idéal, tout le monde devrait pouvoir se déplacer où il veut, quand il veut et pour y faire ce qu'il veut.
J'ai beau vous lire depuis quelque temps avec beaucoup de plaisir et d'intérêt, mais je n'ai pas encore vu l'ombre d'une proposition pour se diriger vers un tel idéal.
Au fil des notes, je ne découvre que sarcasme et dénonciation des systèmes.
Peut-être devrions-nous espérer une invasion extra terrestre qui nous mettrait tous d'accord ?
Mais là encore, vous suggérerez peut-être que la Terre, comme la Suisse ou votre maison, ne vous appartiennent pas et qu'il serait de bon ton de partager.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 30 janvier 2014

Monsieur Hollenweg:"on se choisit un adversaire lointain en oubliant que nos adversaires réels sont les pouvoirs économiques, sociaux et politiques de notre pays."
"On" ne choisit rien, justement. "On" oublie rien non plus!
Il semble, à la lecture de votre texte et de la réponse au commentaire de Mr Zimmerman, que pour vous, le "travailleur" étranger soit muni d'une aura de révolutionnaire du fait même de son origine nationale, ce qui ne lasse pas de "nous" étonner sans pourtant "nous" surprendre. Surtout si l'on considère la position de "jaune" qui lui échoit!
Pas plus de grève, d'absteséïsme ou de lutte sociale quelconque depuis "l'ouverture", mais une bonne volonté face au "patronnat", un volontarisme dans l'exploitation, qui doit laisser rêveur tout bon exploiteur!

De fait la position des partis de gauche -dont l'un vous voit au moins membre-, est surtout un aveu d'échec international! "Les pouvoirs économiques, etc"* transnationaux, mondialisé ne rencontrent pas de front international, d'opposition (L'internationale socialiste? AHAH!)

"Nous"ajoutons que dans ce pays, les partis dont le votre, ne brillent pas par l'utilisation du parlementarisme primaire à des fins de combat RÉFORMISTE, ou même de simple protection de ceux que justement "vous" de la-haut, de vos perchoirs PRÉTENDEZ DÉFENDRE! -contre par exemple la spéculation immobilière,par exemple et par exemple-
Bon c'est vrai, "on" perd notre temps lààà.
Ah, juste une chose, ça fait bien depuis 1979, lors d'une conversation avec un troskyste -mais dans ce cas s'agit-il vraiment de conversation?- que l'"on2 avait plus entendu l'adjectif "lambertiste", et "nous" avouaons ne toujours pas savoir de quoi il s'agit! Seriez vous assez aimable pour expliciter?

Dédé pour le Trio-Octet-infernal

*Pour "nous" économique suffit il n'y en a pas d'autre, l suite de votre liste n'est que subdivision de celui-là

Écrit par : Doug Destroy | vendredi, 31 janvier 2014

Si je comprends bien, l'UE, ses traités fondateurs, ses institutions, toutes ses directives, les politiques qu'elle impose, la troïka qu'elle compose avec le FMI et la BCE et tout son dispositif devraient être appréhendés à part et, surtout, ne pas être perçus du point de l'usage qu'en font les patrons, distributeurs, actionnaires et multinationales au niveau des nations membres et non-membres dans lesquelles ces politiques et le contenu de ces dispositifs s'appliquent. Il y aurait, d'un côté, les méchants patrons indigènes (nationaux) qui exploitent brutalement une force de travail "globalisée" conformément aux moyens mis à leur disposition par des traités européens et, de l'autre, les concepteurs, législateurs, vérificateurs, administrateurs de ces traités européens qui, eux, seraient intouchables, immaculés, évanescents et sacrés dans leur tour d'ivoire. Mais c'est Walt Disney !
Comme si la libre circulation des personnes et des services qui a été conçue dans cette "tour d'ivoire" l'avait été d'en bas conformément aux objectifs de l'Internationalisme prolétarien et des principes révolutionnaires qui fondent la lutte à mort du travail contre le Capital pour en finir avec la propriété privée des moyens de production. Il faudrait voir à ne pas exagérer et ne pas tout mélanger.
La Suisse n'est pas membre, certes, toujours est-il que, se conformant d'autorité aux directives et politiques de l'UE, la totalité de ses "ex"-Régies fédérales, feu les services publics de la Confédération, a été libéralisée, puis privatisée, liquidée, bradée, transformée en SA et livrée en pâture à l'actionnariat (en bonne partie privé). Que dire du transport de marchandise des CFF largement contrôlé par les multinationales du transport... routier, pour les mêmes raisons ? Que dire des conditions de travail de feu le personnel de la Confédération remplacé par une masse informe d'individus vendant leur force de travail à la solde des multinationales du travail temporaire que sont Addeco et Manpower (lesquels sont d'ardents défenseurs de la libre circulation des travailleurs, et pour cause) ? Et surtout, que dire de la discrimination qui se produit sur le lieu de travail quand, pour une même tâche, l'un, travailleur originaire de l'Est ou du Sud, est rémunéré le quart de son compagnon d'infortune lequel, résident du pays où il vit et travaille, craint pour son avenir professionnel ? Car, sans blague, c'est pas par hasard que la Directive Bolkestein soit venue se greffer sur la libre circulation des personnes et des services avant d'être écartée pour revenir avec force sous la forme d'arrêts prononcés par la Cour de Justice européenne. Soyons sérieux, les Commissaires européens qui légifèrent, les Juges "européens" qui sanctionnent (notamment les syndicats dans les affaires Ruffert, Laval, Vicking, etc.) et édifient toute la jurisprudence désormais inscrite au chapitre de la libre circulation des personnes et des services ne le font pas par référence aux manifestes et actes fondateurs de la II° Internationale. Il faudrait voir à ne pas confondre l'internationalisme financier, la "globalisation", ses excroissances "sociétales", ses objectifs et ses institutions (FMI, OMC, UE, BCE, OCDE) avec l'internationalisme révolutionnaire des travailleurs. Nourrir l'illusion que l'un serait le moyen de conduire à l'autre sur le thème d'un prétendu principe commun de non-discrimination relève au mieux d'une scolastique de sophiste, au pire d'un jésuitisme coupable, dans tous les cas d'une imposture.
Pour conclure, oui, l'UE est le bras armé des marchés financiers et des multinationales, elle est le principal promoteur institutionnel de la déréglementation sociale et ses politiques n'ont d'autre objectif que de servir les capitalistes, les spéculateurs et leurs marchés, rien que leurs marchés... "concurrence libre et non-faussée", telle est sa devise, et si cette dernière s'applique scrupuleusement dans chacune des 28 nations-membres, elle s'applique aussi en Suisse par l'action concertée du Conseil fédéral et de ses mandants, les patrons et les banquiers.

Michel Zimmermann

Écrit par : Zimmermann Michel | samedi, 01 février 2014

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