mardi, 28 janvier 2014

Aménagement du territoire genevois : L'ire de Malthus

Genève Plonk et Replonk2.jpgDans le copieux paquet de sujets soumis à la sagacité de nos votes le 9 février, il en est un, cantonal et genevois, qui passe à peu près inaperçu : celui sur la loi générale sur les zones de développement, attaquée par un référendum porté par les propriétaires de villas, soutenus par le MCG et l'UDC, les « vert'libéraux » -et plus curieusement par le Parti du travail. Le crime de la loi ? prévoir des densités minimales de construction dans les zones de développement (mais sans toucher aux zones villas, forestière, agricoles, c'est-à-dire à la majorité du territoire cantonal). Elle est prudente, la loi, mais cette prudence ne l'a pas préservée de l'ire des milieux pour qui tout nouvel habitant est un habitant de trop. L'ire de Malthus contre le poids de la réalité, en somme.


Une loi qui n'est pas une réforme, mais qui, involontairement, en dit l'exigence

Genève n'arrive pas à loger sa propre population : Il lui manque déjà au moins 8000 logements et ce manque s'accroît chaque année de 1500 logements supplémentaires, puisqu'on n'en construit qu'un millier au lieu des 2500 qu'il faudrait pour maintenir la situation en son état (extrêmement tendu) actuel, dans un canton en croissance démographique continue, qui exporte dans le canton de Vaud et en France la population qu'il n'arrive pas à loger : 16'500 ressortissants suisses venus de Genève sont déjà installés en France voisine, sans compter ceux (ils seraient 20'000) qui s'y sont installés en faisant passer leur résidence principale réelle pour une résidence secondaire. Dans ces conditions, chaque mètre carré de terrain non construit à Genève pour du logement prend une importance considérable : les 50'000 logements projetés en vingt ans par le plan directeur cantonal, il va bien falloir les construire quelque part; or la commune-centre, Ville de Genève, déjà surdensifiée, ne peut guère faire plus que ce qu'elle fait actuellement (accueillir un millier d'habitants supplémentaires  chaque année), à moins de répéter l'opération de 1930, c'est-à-dire fusionner la Ville et les communes urbaines adjacentes, ce qui relèverait du bon sens puisqu'il y a continuité du domaine bâti et que cela étendrait la surface encore constructible de la commune-centre, mais ce qui se heurte, pour user d'un prudent euphémisme, à de fortes résistances, puisque cela renforcerait le poids politique de la Ville... Faute de cet élargissement du territoire de la commune-centre, c'est bien ailleurs qu'il va falloir les implanter, ces 50'000 logements. Et « ailleurs », cela veut dire dans la zone de développement puisqu'on n'ose pas déclasser les zones villas que l'on pourrait aussi prudemment densifier, ni les zones agricoles que l'on pourrait pourtant partiellement déclasser.

Le projet de loi soumis au vote du 9 février ne menace donc nullement de « bétonner » les zones villas et les zones agricoles -au contraire, il contribue à les préserver dans la mesure où la densification minimale proposée par la loi (un indice de densité, mesurant la surface de plancher et la surface du périmètre, de 2,5 au centre-ville et de 1,8 à la périphérie) ne s'applique qu'aux zones de développement. Pourtant, dans la seule zone agricole, l'association des agriculteurs genevois (Agri-Gnève) et l'Etat ont recensé 17 parcelles bordées de constructions existantes, dispersées dans tout le canton, et pouvant accueillir 1500 logements.
Seul le quart du territoire cantonal genevois est voué à l'habitat. Malgré cela, le canton, avec 1639 habitants au kilomètre carré, est le deuxième plus densément peuplé de Suisse, derrière Bâle-Ville. Le « zonage » de cet espace urbain (car tout l'espace genevois est un espace socialement urbain) est un héritage des années cinquante : une ville très dense entourée d'une couronne suburbaine moins densément peuplée, d'une zone villas gaspilleuse d'espace et d'une pseudo-campagne faiblement peuplée, mais dont la quasi totalité de la population adulte vit, professionnellement et socialement (loisirs, culture, consommation) « en ville » même lorsqu'elle habite « à la campagne ».
Il faudrait faire sauter les zones villas et agricole, mais on n'en est de loin pas là : la loi proposée ne remet pas en cause le principe du zonage, pourtant obsolète (il est vieux de soixante ans, et Genève a quelque peu changé, en trois générations...), elle ne plafonne pas la densité, alors que dans certains quartiers elle est déjà excessive, et ne propose de densifier que la zone déjà vouée à l'être -la zone de développement. C'est encore trop pour ceux que l'hypothèse d'une Genève de 600'000 habitants en 2030 terrifie, alors que ces 600'000 habitants, Genève les abritera bien avant le terme perçu comme l'apocalypse par ceux qui veulent bien admettre que Genève soit une ville depuis 2000 ans, mais pas qu'elle soit habitée demain par d'autre qu'eux et leurs proches.

Rien que pour renvoyer ces sam'suffistes à la compréhension de la réalité, il convient, malgré ses prudences, de voter le projet de loi sur les zones de développement : il ne réforme pas l'aménagement du territoire, mais, sans le vouloir, il en dit l'exigence.
Même à ceux qui ne veulent pas l'entendre.

16:34 Publié dans Genève, urbanisme | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : aménagement du territoire | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je prends acte de votre engagement pour le développement de l'agglomération genevoise. Je vous imagine assez bien voter le crédits pour le développement des infrastructures, des services de voirie et de police, des prisons et des crèches, de l'aéroport qu'il faudra déplacer, comme la gare d'ailleurs.
Que de réjouissances en perspective.

Écrit par : Pierre Jenni | mardi, 28 janvier 2014

Eh bien ! Rendez-vous dans seulement cent ans !
Précisons qu'il existe depuis longtemps en biologie (en écologie scientifique) des modèles simples qui illustrent (à l'évidence, on ne parlera même pas de démonstration tant c'est élémentaire) la non-durabilité d'une expansion démographique perpétuelle même lente mais devenu inexorable du fait de la pression démographique extérieure. La majorité des étudiants en Sciences dures a eu la chance de devoir programmer un jour des modèles du type "automates cellulaires" et a pu bien constater que selon les conditions (paramètres choisis)l'apparition de crises démographiques ou d'oscillations importantes. Peu importe les détails ! Le fait est que la donne fondamentale (apparition de technologies extrêmement invasives etc.) a changé et qu'il n'est plus raisonnable de baser l'avenir sur une croissance dépendant presque uniquement d'une hausse démographique et peu importe l'occupation des sols (d'ailleurs l'entier des sols sera dégradé progressivement par la hausse de l'activité humaine).
Le problème est plus profond, il n'est pas politique. Il n'est pas rhétorique !
Toutes les raisons du monde ne feront pas changer le cours inéluctable d'une catastrophe écologique à l'échelle globale et Genève grande ou pas y aura contribué plus ou moins !

Écrit par : p.-ph. chappuis | mardi, 28 janvier 2014

Hollenweg- Malthus ,ça m'suffit!

Écrit par : briand | mardi, 28 janvier 2014

Bah, l'agglomération genevoise se développe toute seule, il s'agit seulement d'encadrer ce développement. Quant aux crédits pour les infrastructures (quoique je ne vois pas pourquoi il f audrait déplacer l'aéroport et la gare...) , la gauche les vote -c'est à droite que ça coince pour des raisons budgétaires...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 28 janvier 2014

C'est le seul sujet de la votation sur lequel je ne sais absolument pas quoi voter, je n'y comprends strictement rien et encore moins depuis que je vous ai lu :-)))

Probable que celui-ci restera blanc pour moi.

Écrit par : Jmemêledetout | mardi, 28 janvier 2014

A vous lire, on devrait croire que les zones de développement sont figées à leur état actuel et qu'aucunes nouvelles ne va voir le jour dans les 20 prochaines années... Or, on sait très bien, et c'est prévu par le Plan Directeur Cantonal, que des nouvelles ZD vont être créées sur les zones villas et agricoles... et cela d'autant plus rapidement que des blocages vont apparaître dans les ZD existantes du fait de la nouvelle loi qu'on vote le 9 !!

Écrit par : Philippe Mathenet | mercredi, 29 janvier 2014

Il est évident, comme l'a rappelé @p.-ph.chappuis, que la croissance démographique actuelle, que ce soit celle de Genève, celle de la Suisse et encore plus généralement celle de la planète dans son ensemble, est insoutenable sur le long terme. La seule issue est la stabilisation de la population en tous lieux, puis sa lente décroissance au fil des générations pour ne pas provoquer de maux économiques insoutenables.

Écrit par : Manso | mercredi, 29 janvier 2014

La croissance démographique actuelle est l'une des plus basses, globalement, depuis deux siècles. Et les prédictions sur son caractère "insoutenable" ne sont que l'actualisation des mêmes prédictions faites depuis deux siècles. Ce qui fait qu'une croissance démographique est soutenable ou non,. c'est d'une part sa constitution (la pyramide des âges) et d'autre part le niveau des infrastructures à disposition de la population et de ses activités. Une décroissance de la population accompagnée de son vieillissement est infiniment plus "insoutenable" qu'une croissance permettant de maintenir un minimum d'équilibre entre les générations.

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 29 janvier 2014

... d'ailleurs, si on considère qu'on est trop nombreux sur cette terre (ou dans ce canton), on peut toujours donner l'exemple et réduire la population d'au moins une unité : soi-même... L'aide au suicide contre la surpopulation, y'a une idée à creuser, là, non ? Ou alors, soyons clairs, et proclamons que "les autres sont de trop"...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 29 janvier 2014

« La croissance démographique actuelle est l'une des plus basses, globalement, depuis deux siècles » : ab bon ?...
http://www.aht.li/2279022/Taux_de_croissance_et_croissance_brute.xps
« Ce qui fait qu'une croissance démographique est soutenable ou non, c'est d'une part sa constitution (la pyramide des âges) et d'autre part le niveau des infrastructures à disposition de la population et de ses activités » : quid de la dégradation de la planète (climat, terres arables, pollutions diverses, 6ème extinction de la biodiversité et j'en passe) ?
Quant à proposer à un interlocuteur de se suicider, ça n'est pas franchement délicat : on est en droit d'attendre mieux d'une personne qui se qualifie de socialiste...

Écrit par : Manso | mercredi, 29 janvier 2014

Le rythme de la croissance démographique mondiale se ralentit partout, au fur et à mesure que s'élève le niveau de vie et d'éducation. Et dans nos pays, la croissance démographique "naturelle" (hors immigration) est pratiquement nulle, quand elle n'est pas une décroissance.
Quant à la dégradation du cadre de vie, elle est le fait des populations adultes existantes (et passées). Donc de nous. Surtout lorsque le "nous" renvoie aux populations des pays les plus riches, les plus gaspilleurs et les plus polluants. L'immigration, elle, ne fait que répartir autrement cette population existante.
Enfin, il n'y a pas de proposition à l'interlocuteur de se suicider, il y a seulement ce constat que tout ceux qui clament qu'il y a trop de monde sur cette terre n'envisagent pas pour eux-mêmes de libérer leur propre place : ce sont toujours les autres qui sont de trop...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 29 janvier 2014

"il y a seulement ce constat que tout ceux qui clament qu'il y a trop de monde sur cette terre n'envisagent pas pour eux-mêmes de libérer leur propre place :"

Quel cynisme!
Il y a une meilleure solution sans vouloir la mort du pécheur: le contrôle des naissances proposé par l'initiative écopop. Faire moins d'enfants et aider un max de pays à avoir un taux de fertilité égal à celui de la Suisse, du Japon, de l'Italie et de bien d'autres pays qui nous entourent.

Ah et un grand merci pour votre contribution!

"Donc de nous. Surtout lorsque le "nous" renvoie aux populations des pays les plus riches, les plus gaspilleurs et les plus polluants."

Immigrez donc en Haïti, en Inde ou en Centrafrique. Vous aiderez à moins gaspiller. Cynisme pour cynisme.

Et un certain nombre de Suisses une fois à la retraite n'ont plus le choix de rester en Suisse. Comme de nombreux travailleurs à Genève.

"L'immigration, elle, ne fait que répartir autrement cette population existante."

Elle ne fait qu'accroître le gaspillage et la pollution.

Écrit par : Justin | jeudi, 30 janvier 2014

C'est toujours "le problème, ce sont les autres" : les autres, dont il faut contrôler les naissances; les autres, qu'il faut empêcher d'émigrer (et d'immigrer chez nous); les autres, qui accroissent le gaspillage et la pollution... quelle est la charge polluante par tête de pipe d'un Suisse moyen (qui ne veut plus d'immigrants) et d'un Somalien, d'un Syrien ou d'un Malien (qui voudrait bien pouvoir vivre à peu près décemment) ?

Quant à Ecopop, on n'a avec elle affaire qu'à une navrante teinture verte passée sur la vieille xénophobie. Au moins l'UDC joue-t-elle franc jeu...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 30 janvier 2014

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