jeudi, 16 janvier 2014

Traversée routière du petit-lac : Ni initiative, ni contre-projet !

traversée de la radeL'Assemblée générale du PS (cantonal) genevois a accepté, hier soir, le préavis du Comité directeur du parti, défavorable au soutien socialiste à un contre-projet  au contenu inconnu, concocté par le TCS et l'Entente (PLR et PDC) pour faire pièce à l'initiative de l'UDC pour une traversée routière de la rade de Genève. Il était proposé au PSG de soutenir un texte dont on ne sait rien, sinon qu'il a pour but d'offrir un choix entre une initiative udéciste qui ne répond plus à rien et un projet passant plus au large -mais pas moins nuisible, et coûtant plus de trois milliards, à indexer au temps qui passerait entre sa funeste adoption et sa plus funeste encore réalisation...

Après tout, on est dans une ville où le premier acte d'une politique des transports (et de l'immigration) ayant consisté, il y a 2072 ans, à couper un pont pour empêcher l'immigration de masse des Helvètes en Gaule, 2072 ans de plus ne seront pas de trop pour étudier attentivement, avec tout l'esprit positif, le sens de l'ouverture et la disponibilité au consensus qui nous caractérisent, les projets de pont, de tunnel et de transpondeurs spatiotemporels sur, sous, dans et à travers le Rhône, la rade ou le Petit Lac.


Un projet d'avenir : Gagner une demie-heure sur le trajet Malmö-Naples en bagnole

Soutenir, par « esprit d'ouverture » (mais à quoi) ou par calcul tactique, le principe d'un contre-projet de traversée du petit-lac, sans rien savoir de ce qu'il contiendra, en le faisant prendre pour la contrepartie, cédée à la droite, du développement de la mobilité douce, des transports publics, des zones piétonnes, du RER et de l'urbanisation de la rive gauche du lac, c’eut été une ligne politique parfaitement illisible -et, au surplus, parfaitement illusoire : la droite bagnolesque n'a aucun besoin du PS pour faire adopter un contre-projet à une initiative foutraque (celle de l'UDC) qui la gêne au point que nous aurions du la soutenir, cette initiative obsolète, inapplicable et sans financement : son adoption aurait gelé pour les cinq prochaines générations tout projet de balancer une autoroute sur ou sous le lac ou la rade -notre machiavélisme ayant cependant d'étroites limites, nous ne nous sommes pas résolus à ce choix amusant...  De toute façon, on n'a rien compris au « Grand Genève » : une autoroute à travers la rade (version UDC) ou le petit-lac (version TCS-PLR-PDC) pour gagner une demie-heure sur le trajet Malmö-Naples en bagnole, c'est un projet d'avenir, moderne, pertinent,..  la preuve : ça va régler en 2035 (au plus tôt) les problèmes de circulation genevois de 2014...

Le « contre-projet » est soutenu par le groupement patronal « Transports et Economie », qui considère, d'ailleurs à raison, que l'initiative de l'UDC, fondée sur un projet vieux de dix ans, souffre d'obsolescence (d'où ce constat lumineux du groupement : « la Genève de 2014 n'est plus celle de 2004»...). Exit, donc, l'initiative de l'UDC, et appel à un contre-projet basé sur une « grande traversée » (par exemple celle soutenue par le Conseil d'Etat, et qui va du Vengeron à la Pointe-à-la-Bise). C'est ce « contre-projet », aux contours tellement fumeux que le groupement patronal estime qu'il est « prématuré » de les dessiner et au financement tout ce qu'il y a de plus aléatoire (la Confédération n'y participera pas, et on en est donc réduit à agiter l'espérance d'un « financement public-privé »...) qu'il faudrait qu'une partie de la gauche soutienne, en échange de concessions de la droite ? Mais qui, à gauche, peut croire sérieusement qu'une autoroute à travers (ou sous) la rade (ou le petit lac) va favoriser la mobilité douce? Que ses partisans vont par elle se convertir aux beautés des zones piétonnes et à la noblesse des transports publics ? Que les propriétaires de villas de la rive gauche vont, miraculeusement, accepter la construction de logements sociaux au bout de leurs parcs en échange d'un gain de temps sur leur trajet vers la Côte vaudoise ? Que la droite va accepter la fermeture des quais de la Ville à la circulation en échange d'un pont ou d'un tunnel entre une plage et une réserve naturelle ?

Il est vrai que depuis des lustres qu'on se traîne ce débat sur la traversée routière de la rade ou du lac, de projet de pont en projet de tunnel, de petite traversée en grande traversée, on a eu largement le temps de constater qu'on n'était pas dans le domaine du rationnel mais dans celui du fétichisme. Ou de la foi religieuse en une traversée miraculeuse qu'on regrette de ne pas avoir été déjà peinte par Conrad Witz à la fin du XVe siècle, et qui, d'un coup de baguette bétonnée, résoudrait les problèmes de transports de toute la région. Au « cantique pour la grande traversée » entonné par Le Journaliste dans le GHI d'hier, on s'autorisera donc à répondre, pieusement, par un requiem. En vous livrant notre « contre-contre-projet »  : une passerelle piétonne entre Le Bouveret et Saint-Gingolph.


15:03 Publié dans Genève, Politique, Transports | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : traversée de la rade | |  Facebook | | | |

Commentaires

Votre Cantique décante, hic.

Écrit par : Pascal Décaillet | jeudi, 16 janvier 2014

Bon, je vais bien finir par m'y habituer. Un révolutionnaire doit bien se sentir obligé d'être presque systématiquement contre et surtout pour ce qui vient de l'UDC.
Et puis je sens une légère tendance à s'écouter causer. Pour pas dire grand chose en fin de compte.
Vous évoquez l'histoire et la coupure d'un pont. Mais justement, ces ponts qui ont été érigés sont des traits d'union, du rapprochement. La construction du pont du Mont-Blanc en a fait hurler plus d'un de votre genre. On n'imagine pas comment on ferait aujourd'hui sans lui.
D'accord, un jour il n'y aura plus de voitures. Peut-être, certainement et tant mieux. N'empêche que pour le moment, ce moyen de locomotion est non seulement incontournable, mais on adore. Le salon de l'auto cartonne et bat des records à chaque nouvelle édition. Les véhicules sont bientôt silencieux et moins polluants. Mais surtout on respecte la tendance de l'époque qui valorise l'individualisme et la satisfaction des plaisirs personnels.
C'est ainsi, que vous le vouliez ou non. Alors vous pouvez nager à contre courant en tirant avec vous les nostalgiques ou les allumés qui voudraient vivre dans un eden aseptisé et expurgé de cette engeance que représente la bagnole.
Une traversée de la rade permettrait effectivement de libérer le noyau de la ville et le consacrer aux zones de confort et à la mobilité douce. Le nier c'est faire preuve de mauvaise foi ou d'intégrisme.
Une traversée du lac détournera enfin le trafic international de transit. Mais elle peut attendre. Notamment les projets de densification de la zone industrielle de la Pallanterie qui ferait un magnifique laboratoire pour un eco-quartier moderne, polyvalent et autonome.
Quant aux moyens, ce fut déjà l'excuse en 1996 lorsque les automobilistes ont refusé l'augmentation de l'impôt sur les véhicules à moteur.
Si Genève ne peut pas se permettre ce tunnel à un milliard, il faudra m'expliquer comment c'est possible qu'on soit le numéro un mondial en matière de négoce des matières premières et dans le top 3 de la banque privée. Juste pour ne prendre que deux exemples...

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 16 janvier 2014

Sous la rade, une seule solution: le métro. Avec parkings aux terminus, côté autoroute et côté Annemasse. Punkt schluss.

Écrit par : Justin | jeudi, 16 janvier 2014

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