lundi, 16 décembre 2013

Vote du budget de la Ville de Genève : L'art d’accommoder les restes

On s'étaient préparés à trois jours de débats, on a bouclé l'exercice en six heures : le projet de budget présenté par le Conseil administratif de Genève a été adopté par 42 voix (la gauche et trois indépendants, issus de l'UDC, du PLR et du MCG) contre 37 (la droite et l'extrême-droite). L'addition du PDC, du PLR, de l'UDC et du MCG n'a pas suffi à faire accepter les propositions délirantes (suppression de fait du service de l'« Agenda 21 », réduction de moitié du budget des Unités d'action communautaire, exigences d'audits superfétatoires) de cette droite qui se croyait majoritaire parce que 41 personnes élues il y a deux ans et demi en étaient issues... Las ! L'Alternative est toujours majoritaire, même si elle ne l'est plus que relativement, et le Conseil Municipal n'a pas basculé. D'où grosse colère des porte-paroles de cette droite dont « l'élargissement » s'est trouvé rétréci par son incapacité à garder auprès d'elle une partie de ses élus. Des traîtres, pour le MCG. Des imposteurs pour le PLR et le PDC. Mais qui les a fait élire ?  qui les a exclus, ou déçus ? La gauche n'a eu, pour transformer sa majorité relative en majorité absolue, qu'exercer un très vieil art : celui d’accommoder les restes.


Droite genevoise : l'élargissement n'était qu'une élongation.

Le budget proposé par le Conseil Administratif (de gauche) de la Ville de Genève a donc été accepté par un Conseil Municipal sans majorité stable. N'y disposant que d'une majorité relative (39 sièges sur 80), la gauche a renvoyé la droite au vestiaire, grâce à l'apport de trois élu-e-s « indépendants », c'est-à-dire de deux conseillers municipaux et d'une conseillère municipale élus en 2011 sur des listes de droite, mais ayant quitté (pour deux d'entre un) leur groupe parlementaire, ou en en ayant été exclu (pour le troisième). Ils sont six, au total, les conseillères et conseillers municipaux de la Ville à avoir quitté le groupe dont ils faisaient partie au sortir des élections, et à sièger désormais en « indépendants ». Sur ces six, cinq viennent de la droite : un de l'UDC, une du PLR, deux du MCG, une du PDC (la sixième vient de la gauche, et y est d'ailleurs restée). La gauche a bénéficié samedi du vote de trois de ces « indépendant » de droite, la droite à gardé le vote des deux autres. D'où sanglots longs et remarques amères des porte-paroles du PLR, de l'UDC, du MCG et du PDC après leur défaite : « la gauche a gagné grâce à des traîtres ». Oui, et alors ? Ce n'est tout de même pas à nous de faire régner l'ordre dans les rangs de la droite...

Les parlements, dans les cantons et les villes de Suisse (et toutes les grandes communes), sont élus au scrutin proportionnel de liste : pour y siéger, il faut y avoir été présenté par des partis (ou des coalitions de partis), et, à Genève, que les listes présentées aux électeurs et trices aient obtenu au moins 7 % des suffrages (d'où la nécessité, pour les plus petites formations politiques, de se coaliser, à l'image d'« Ensemble à gauche », pour éviter que les suffrages qu'elles obtiennent soient considérés comme nuls et non avenus, et que leur électorat soit ainsi privé de toute représentation parlementaire -un système fondamentalement antidémocratique, répétons-le au passage). Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que personne ne se retrouve siéger dans un parlement sans l'avoir voulu (il faut être candidat-e) et sans qu'un  parti l'y ait présenté. Et donc que les partis politiques sont responsables des qualités ou des défauts (politiques) de leurs représentant-e-s. Et que ceux qui geignent après avoir perdu un vote parlementaire (comme celui, au Conseil Municipal de Genève, samedi, sur le budget de la Ville) qu'ils croyaient gagné ne peuvent s'en prendre à eux-mêmes des dissidences qui les fragilisent : ce sont eux qui ont présenté sur leurs listes les « traîtres » qu'ils dénoncent aujourd'hui...  Que l'on sache, un Denis Menoud ne s'est pas retrouvé par hasard sur la liste du MCG (qui se refuse d'ailleurs à avoir des sections dignes de ce nom, et plus explicitement encore une section de la Ville de Genève...) : il a été désigné comme candidat par la même direction cantonale de la tribu èmecégiste qui fait mine aujourd'hui n'avoir plus rien de commun avec lui -qui de son côté semble découvrir à qui il avait affaire et accuse désormais un Stauffer de méthodes fascistes...

Vous nous direz peut-être qu'on parle à notre aise des affres des partis de droite et de leurs dissidences, puisque nous nous sommes retrouvés dans le camp des bénéficiaires des âneries de la « droite élargie » et des partis qui la composent (et en décomposent la cohérence) ? sans doute. On en prendra d'autant plus à notre aise que nous sommes membre depuis plus de 30 ans d'un parti avec lequel il nous arrive assez souvent d'être en désaccord, et dont il nous arrive même d'ignorer les mots d'ordre pour en donner d'autres, contraires. Mais il se trouve que dans ce parti, les mots de « débat » et de « pluralisme » ont encore un sens, et que la cohérence ne s'y réduit pas à la discipline. Rester membre d'un parti sans forcément s'en transformer en instrument aveugle, pouvoir s'y engueuler sans s'en exclure, pouvoir le quitter sans être considéré comme un traître, et y revenir après l'avoir quitté, c'est bien être membre d'un parti politique, pas d'une église, d'une tribu, d'un gang ou d'une benne de recyclage des invendus politiques.

Allez, rendez-vous l'année prochaine, pour le budget 2015... Et quelques mois plus tard, pour les élections Municipales... Parce que c'est bien  à nous de faire en sorte que nous redevenions majoritaires (nous ne le sommes plus à un siège près...) D'ici là, la construction de majorités continuera à requérir parfois l'art d’accommoder les reste électoraux de la droite, surtout quand elle confond son élargissement avec son élongation... et qu'elle croit pouvoir durablement contraindre ce qu'elle abrite encore de chrétiens sociaux et de libéraux humanistes à prendre pour une potion électoralement magique ce qui se révèle finalement n'être qu'un purgatif.

15:20 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droite, budget, ville de genève | |  Facebook | | | |

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