lundi, 02 décembre 2013

Nouveau gouvernement genevois : Evolution de palais

Le soufflé n'était pourtant pas monté bien haut, mais nous avons tout de même attendu qu'il retombe un peu : la répartition des ministères au sein du gouvernement genevois (elle doit encore être validée par le parlement, mais comme tous les partis représentés au Grand Conseil le sont aussi au Conseil d'Etat, sauf l'UDC, cette validation ne devrait être qu'une formalité) ne semble être qu'un mouvement ne déplaçant guère les lignes tracées lors de l'élection du Grand Conseil : majoritaire au parlement, la droite l'est aussi au gouvernement et s'adjuge les départements-clefs. Identifié à son activité d'avocat des assurés-maladie, le MCG Entente-compatible Poggia se retrouve à la Santé et à l'Emploi, plus gros employeur de frontaliers de la République. Et le Département de l'Instruction Publique (et de la culture) reste en mains socialistes. Comme le département de la Sécurité et de la prolifération carcérale en mains de Maudet. Et le PLR Longchamp devient pour cinq ans président (avec un département présidentiel ad hoc) du gouvernement. Et ça change quoi, tout ça ? Pour nous, à gauche, pas grand chose de plus qu'une évolution de palais.
La politique, il nous faudra la faire ailleurs. En ferraillant ailleurs. 



Un Poggia peut-il cacher une forêt de Menoud ?

e 10 décembre, le Conseil d'Etat genevois élu il y a un mois prêtera serment. Le nouveau Grand Conseil est déjà en fonction (la «nouveauté » s'y réduisant pour l'instant au retour de la gauche de la gauche, quantitativement à la portion congrue,  et à l'invention de députés supplétifs, pour ne pas dire de bouche-trous parlementaires mobilisés sur appel). Au Conseil d'Etat, la « nouveauté », outre le redécoupage de certains départements et l'introduction d'une présidence quinquennale du gouvernement, s'appelle Mauro Poggia : l'arrivée du candidat MCG (et d'un deuxième démo-chrétien) matérialise le rapport des forces entre la droite, ultra-majoritaire, et la gauche. Un rapport des forces qui se traduit aussi dans la recomposition des départements : La politique économique, la politique sociale et la politique de l'emploi seront, sinon gérées, du moins personnifiées par des magistrats de droite. Et seulement par des magistrats de droite.  La politique des transports aussi (c'est Barthassat qui s'y colle -il a déjà commencé, en assénant quelques sonores vacuités, sur les « ondes vertes » par exemple, à la grande satisfaction du TouringClub).

Le MCG fréquentable de service, Mauro Poggia, se retrouve ainsi à la tête d'un département cumulant la Santé, les Affaires sociales et l'Emploi, le tout mobilisant plus du tiers du budget cantonal, à la fois plus gros employeurs de frontaliers du canton alors que son parti assimilait les frontaliers à une épidémie à éradiquer, ministre de tutelle de tous les services que le même parti voudrait transformer en instruments d'une « préférence cantonale » parfaitement inapplicable, et responsable de 35 % d'un budget que son parti ne cesse de vouloir réduire. Poggia déclare que « le MCG est et restera un parti d'opposition » (mais c'est le Conducator du MCG qui présentera le rapport de majorité de la commission des finances sur le budget cantonal...), mais que lui-même, Poggia, sera « un Conseiller d'Etat qui devra travailler dans la collégialité ». Ouais... le grand écart entre gouvernement et opposition est certes possible (après tout, les socialistes le pratiquent, avec plus ou moins de bonheur, depuis 1943 en Suisse, 1939 à Genève...), mais le MCG, vaste container de recyclage des politiciens et politiciennes rejetés par leurs partis d'origine, ou n'ayant pas réussi à y faire leur trou, n'est pas le PS, et la question est pour l'instant sans réponse, de savoir si un Poggia peut cacher une forêt de Menoud...

En même temps qu'il prêtera serment, le nouveau gouvernement genevois prononcera un discours programmatique. Dont on n'attend pas grand chose, sinon qu'il évoque des enjeux déjà évidents, et exprime la volonté de les relever -sans toutefois s'en donner les moyens, notamment financiers : le développement économique, la politique d'aménagement (et en particulier le PAV), la construction de logements, la construction politique d'une région, la mise en service du CEVA, la répartition des tâches entre le canton et les communes (et, d'entre elles, la Ville de Genève), la fiscalité... A en juger par les déclarations faites durant la campagne électorale, les programmes de partis, les postures parlementaires et l'héritage du gouvernement sortant, et à en juger surtout par le rapport de force entre la droite et la gauche, on n'attend pas grand chose de ce « discours de Saint Pierre». Et surtout pas un changement de ligne politique : le nouveau gouvernement genevois est encore plus à droite que son  prédécesseur. Encore plus à droite, tout au plus sera-t-il un peu plus adroit, parce qu'il ne peut guère l'être moins....

Cinq élus de droite, deux élus de gauche (et on est vite à gauche, dans cette configuration où la droite comprend le MCG...) : autant dire que la gauche ne pourra guère compter sur l'action gouvernementale, pas plus d'ailleurs que sur l'action parlementaire au niveau cantonal, pour faire  mieux que limiter les dégâts considérables qui peuvent naître d'un tel rapport de force. Un rapport de force issu des urnes : il n'y a eu ni putsch de droite, ni falsification des résultats électoraux, ni mise de la République en état de siège : si la gauche, toutes listes confondues, ne pèse qu'un peu plus d'un tiers des suffrages, elle ne peut s'en prendre qu'à elle. A son défaut d'unité, à son manque d'imagination, à son excès de « sens des responsabilités » et de « respect des institutions ». Et aussi, à sa propension à pactiser avec ses adversaires en échange de quelques postes et de quelques titres.
La gauche genevoise a cinq ans pour, au plan cantonal, se refaire une santé et une cohérence politique. Et ce n'est pas au parlement qu'elle pourra le faire, même si elle devra user du parlement comme d'une tribune pour se faire entendre, et prolonger les mobilisations qu'elle devra assurer ailleurs. Loin des connivences de buvette et des calculs de plans de carrière.

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Commentaires

Je voulais juste rappeler que, il n'y a pas si longtemps, on avait un Conseil d'Etat "de gauche". Mais est-ce que quelqu'un avait remarqué quelque chose d'une politique de gauche dudit Conseil d'Etat ?

Écrit par : Rolf Himmelberger | lundi, 02 décembre 2013

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