vendredi, 27 septembre 2013

La burqa, son interdiction, son exploitation...

Le voile et les vapeurs

Interdire, parce qu'indignes et méprisantes, les vêtures discriminatoires dans lesquelles des femmes sont empaquetées, ne devrait poser de problème de conscience à personne -sinon à ceux qui somment ces femmes de se muer en fantômes, et à celles qui se rendent complices de cette sommation. Mais voilà : cette interdiction, parfaitement légitime en principe, le devient nettement moins lorsque ceux qui la prônent viennent d'horizons politiques et culturels qui cultivent le même mépris des droits des femmes que celui qu'exhibe le voile intégral... Chez ceux-là, le voile ne provoque des vapeurs que parce qu'il symbolise, pour eux, et à tort, à la fois l'islam et l'immigration.


Passer du terrain des principes au champ politique...

du foulard à la burqa.jpg


Il y a un jour de la semaine où Le Matin est lisible : le dimanche. Et dans Le Matin Dimanche de dimanche dernier, nous avons donc lu un assez formidable entretien avec Elisabeth Badinter, autour de la signification du « voile islamique » intégral (de la burqa) et de la nécessité d'en combattre le port dans l'espace public, en tant que pratique discriminatoire (à l'égard des femmes), méprisante (aussi à l'égard des hommes), et incivile, puisque emppêchant la réciprocité du regard. Le voile intégral, quelle que soit sa forme, marque la femme (et la femme seule...) et proclame à la fois son infériorité et l'incapacité de l'homme de résister à la tentation (dont la femme est forcément coupable) que représente le visage féminin, ou quelque partie de son corps que ce soit. Il transforme la femme en une sorte de spectre et proclame la pure bestialité de l'homme : le mépris, au moins, n'est pas discriminatoire, puisqu'il porte sur les deux genres. Mais discriminatoire, la vêture l'est : le mâle n'est tenu de dissimuler que ses génitoires.
C'est donc d'abord en tant que vêture discriminatoire, imposée aux femmes et aux femmes seules que le voile intégral doit être prohibé -et, qu'on nous croie ou non, nous en dirions tout autant de la guêpière s'il venait à quelque gourou lubrique que ce soit d'en imposer le port aux femmes, et nous en disons tout autant de la cravate là où on prétend nous l'imposer. Mais qui encourra la sanction d'un irrespect de la loi interdisant la burqa : celle qui la porte ? Elle serait alors deux fois victimes, deux fois punie : une première fois parce qu'elle est femme et qu'on lui a imposé, comme femme, de s'empaqueter, et une deuxième fois, parce qu'elle est empaquetée. La victime punie parce qu'elle est victime, en somme. Il y a des femmes qui choisissent « librement » de porter le voile ? Sans doute -le tribalisme islamisé n'a pas inventé la servitude volontaire, s'il a toujours su s'en servir. Mais de quelle liberté parle-t-on ici ? celle de rejeter la liberté individuelle, de récuser l'égalité, d'empêcher toute communication du regard ? De pouvoir, comme le relève Elisabeth Badinter, « voir sans être vue » ?

Mais lorsqu'on se pose la question de savoir si des initiatives comme celles acceptées au Tessin dimanche dernier, ou celle, fédérale, en préparation dans les marmites d'une annexe de l'UDC, devraient mériter notre soutien, on quitte le terrain confortable des principes, où l'on n'a de compte à rendre à personne qu'à soi-même et à sa propre cohérence, pour entrer dans celui, plus douteux, de la réalité politique, réglé par des rapports de forces. Les initiants tessinois, comme sans doute leurs émules fédéraux, ont pris garde de ne pas seulement prohiber la burqa mais toute forme de dissimulation du visage dans des manifestations, bâtiments ou espaces publics, y compris les transports. Cette concession, car ç'en est bien une, n'est pas au « politiquement correct », mais à la loi et à la constitution, qui permettent que l'on interdise de se masquer, mais excluent qu'on ne l'interdise qu'aux seules musulmanes -l'initiative « antiminarets » est passée par là : même acceptée par le peuple, elle reste inapplicable car ne visant que les édifices religieux musulmans. Personne, pourtant, n'est dupe : ce sont bien les vêtures abusivement considérées comme «islamiques» qui sont visées. Et encore : les touristes voilées du Golfe ne seront pas soumise à la loi antiburqa, celle du marché et du commerce de luxe lui étant de toute évidence supérieure.

D'où vient alors le problème ? Il vient de là d'où viennent les initiative « antiburqas » : de la droite de la droite. De la récupération par cette parcelle du champ politique de la revendication laïque et égalitaire, voire même féministe, alors même que les forces qui couvrent cette parcelle sont, pour tout le reste, sur tous les enjeux politiques, culturels et sociaux, fondamentalement, et parfois violemment, antilaïques, antigalitaires et antiféministes. Et que ce sont les mêmes qui se parent des vertus de la lutte contre le voile intégral, et proposent de recriminaliser l'avortement, s'opposent au «mariage pour tous», rêvent de voir les femmes retourner au seul travail ménager et s'opposent au travail des bureaux de l'Egalité. Et que ce sont les mêmes qui brandissent l'étendard de la laïcité et exigent le maintien des crucifix dans les écoles. Leur combat contre le voile islamique n'est en fait que la dernière mouture du combat xénophobe -un combat qui en l'ocurrence en arrive même à se tromper de cible en assimilant les musulmans à des immigrants, alors qu'un tiers des 350'000 à 400'000 musulmans de Suisse sont de nationalité suisse, que seuls 12 à 15 % des musulmans de Suisse sont réellement pratiquants, que la population musulmane de Suisse est très hétérogène, que plusieurs « communautés » la constituent, d'origines fort diverses, et que la majorité de la part étrangère de cette population vient de Turquie et des Balkans quand la burqa, le voile intégral, le tchador, eux, viennent d'Arabie Saoudite, d'Iran, d'Afghanistan. Même lorsqu'ils sont portés volontairement par des femmes suisses, ils sont le signe d'une étrangeté, et c'est bien en tant que tels, et non parce qu'ils sont discriminatoires, que la droite de la droite les honnit.
Après tout, on ne l'entend pas proposer (ce que nous ne proposons pas non plus) l'interdiction du voile des religieuses chrétiennes...

14:35 Publié dans Femmes, Politique, religion, Suisse | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : burqa, hidjab, niqab, voile islamique, islam | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cause toujours ...

Écrit par : Mère-Grand | vendredi, 27 septembre 2013

Finalement vous la mettez ou pas la burqa ?

Écrit par : Exprof | vendredi, 27 septembre 2013

En résumé, vous n'arriver pas a avoir votre propre opinion sans la confronter a celle de la droite.

C'est triste d'avoir pour seule autonomie intellectuelle d'être le miroir de ses "adversaires".

Écrit par : Membé | vendredi, 27 septembre 2013

Moi, non. Mais je dois encore avoir une cagoule un peu mitée à la cave, et je suis à la recherche d'un costume de scaphandrier...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 27 septembre 2013

Comme Exprof, je n'arrive pas à comprendre, quelle serait la bonne attitude face à la burqa. P.ex. : comment voter, le cas échéant ?

Du fait que ce soit la droite de la droite qui veuille le bannir pour des raisons hypocrites, le port de la burqa dans la rue deviendrait-il en quelque sorte une chose admissible ?

Quelles sont les bonnes raisons pour s'y opposer ?
Celles énoncées par E. Badinter, on est d'accord.

Des personnalités de gauche n'ont pas jugé opportun de reprendre et de diffuser les arguments de Badinter (pour des raisons qui doivent être explicitées ...) et le dossier a été récupéré par la droite. C'est très habile et tactiquement fortiche. On joue sur du velours : personne ne peut véritablement soutenir le port de la burqa dans un pays comme le nôtre.

Si la chose arrivait en votation, la gauche aura la possibilité d'exposer ses arguments et de se distinguer de ses adversaires politiques par un discours clair.
A mon sens, ce sera l'occasion rêvée pour mettre en évidence la ligne générale de la politique familiale de l'UDC : pas d'école à 4 ans, pas de soutien aux crèches, les petits enfants à la maison avec maman.

Écrit par : Calendula | samedi, 28 septembre 2013

P.S. : le montage-photo illustrant votre billet est très parlant.
Huit photos valent mille mots !

Écrit par : Calendula | samedi, 28 septembre 2013

Mais bien sûr, tovaritch, on est bien d'accord, quand tu dis :

"D'où vient alors le problème ? Il vient de là d'où viennent les initiative « antiburqas » : de la droite de la droite. De la récupération par cette parcelle du champ politique de la revendication laïque et égalitaire, voire même féministe, alors même que les forces qui couvrent cette parcelle sont, pour tout le reste, sur tous les enjeux politiques, culturels et sociaux, fondamentalement, et parfois violemment, antilaïques, antigalitaires et antiféministes."

Mais question : pourquoi et comment l'extrême-droite a-t-elle récupéré le combat égalitaire et féministe, donc laïque, qui devrait depuis longtemps redevenir celui de la gauche ?

hein ?

Écrit par : yves SCHELLER | samedi, 28 septembre 2013

J'apprécie vivement le soin que vous avez mis à analyser la situation.
Je regrette qu'en réponse, vous receviez des commentaires laconiques qui montrent bien qu'une bonne partie de la population ne veut pas vraiment s'intéresser au sujet et se contente de quelques clichés.

Écrit par : Marie-France de Meuron | samedi, 28 septembre 2013

Ben oui, c'est la question -et c'est d'ailleurs la même qui se pose à propos de toute une série de combats sociaux (et pas "sociétaux") pour les "gens de peu"...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 28 septembre 2013

à Marie-France de Meuron,

Mon commentaire vous semble donc laconique ! (= bref, concis) et je donnerais l'impression de ne pas m'intéresser au sujet.
Soit.
Je développerai donc, même si le laconisme est parfois préférable. Mieux vaut bien peser ses mots et ne pas se laisser emporter par un flot émotionnel de paroles redondantes.

J'ai lu presque tout ce qui se publie en ce moment sur cette plateforme, billets et commentaires.
On ne peut pas dire que les usagers des blogs ne s'y intéressent pas !

J'ai apprécié l'analyse de P. Holenweg, parce qu'elle est réfléchie et pose parfaitement la problématique, par un angle inédit. C'est pourquoi j'ai décidé de commenter ici.

A mon sens, l'approche d'Elisabeth Badinter est la plus intéressante, celle qui élève le débat à son juste niveau.
Ce n'est pas qu'un débat d'opinion, il s'agit véritablement d'un enjeu de principes.

Faut-il expliciter la lecture de la photo qui accompagne le billet?
Elle montre les glissement possibles du simple foulard de la femme adulte, à celui de l'enfant, puis à celui de la poupée. Et ça se termine en burqa pour toutes. Ce qui me choque le plus : les gants ! Faut-il avoir de l'imagination pour en venir jusqu'aux gants ! Les hommes sont donc vraiment aussi dangereux ...
Et cela dans des pays très chauds.
(En Laponie, cet été, j'ai certes songé à la burqa, au moment où je me suis fait méchamment attaquer par des moustiques. Ce serait vraiment adéquat pour les hommes comme pour les femmes et les enfants des deux sexes, car les moustiques sont attirés par les couleurs claires ;))))

Le sujet du billet est bien la burqa. La dernière photo montre l'effacement total de la femme, elle se confond avec le fond.
Est-ce cela que nous voudrions tolérer ?
On peut décider que le débat n'en vaut pas la peine, parce que ça ne touche que peu de femmes en Suisse. Et c'est tellement compliqué avec les riches touristes.
Mais lorsque ça viendra en votation, vous savez bien comment ça se terminera.
L'interdiction sera votée pour des raisons diverses, mais les initiants en récolteront le bénéfice politique.

Écrit par : Calendula | dimanche, 29 septembre 2013

Avec la burqa, vous faites remonter votre audience. C'est bien. Mais votre billet est d 'une rare confusion. Je n'ai rien compris! Sans doute la fatigue...

Écrit par : Jmo | dimanche, 29 septembre 2013

Je réagis à la dernière phrase de votre billet: "On ne l'entend pas proposer l'interdictio du voile des religieuses chrétiennes". Les religieuses chrétiennes ont choisi le voile. Les femmes provenant de pays musulmans ("pays musulmans"... tout est dit: pas de séparation Eglise-Etat) n'ont pas le choix, le voile leur est imposé à toutes ! C'est bien là le problème !

Écrit par : Karine Launay | lundi, 30 septembre 2013

Mais l'interdiction du voile intégral est elle-même "intégrale", et ne fait aucune différence entre celles qui ont choisi de le porter (généralement des "néo-converties" résidentes...) et celles à qui on l'impose, et qu'on va dès lors punir (parce que ce sont elles qui seront punies, pas l'imam intégristes, ou le mari, ou le père, ou le frère qui lée leur impose), comme si elles ne l'étaient pas déjà assez d'être emballées par ce machin...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 30 septembre 2013

L'Amour Pègre :JMO le seul écrivain qui fait de son salon littéraire une auto-promotion qui se fatigue lui à se signer des autographes et fait vendre les têtes de gondoles de la blogosphère genre Homme Libre Goetel'haine alias Monsieur Beauf a rit.
Par contre Yves Scheller pose une vrai question sur les valeurs de gauche embrouillées par les idéologies de droite Soral par ex.
voir le dernier numéro du Monde Diplomatique.

Écrit par : briand | lundi, 30 septembre 2013

La seule chose à faire c'est établir une loi pour interdire aux hommes comme aux femmes de se cacher le visage, sauf à Carnaval.

Et placarder la charte de laïcité sur les écoles, universités, maisons de commune, mairies et autres.

Écrit par : Noëlle Ribordy | lundi, 30 septembre 2013

Question : sous la burka est-ce une femme ou un homme ?

Écrit par : Gedeon Teusmany | lundi, 30 septembre 2013

Les commentaires sont fermés.