jeudi, 26 septembre 2013

Elections cantonales genevoises, mode d'emploi

Putain, cinq ans...

Il semble bien que, même dans notre lectorat, pourtant d'élite sagace et informée, quelques incertitudes planent encore sur le choix à faire pour les élections cantonales genevoises. Alors on vous explique : pour le Grand Conseil, rien n'a changé avec la « nouvelle » (bof...) constitution, sauf qu'on va devoir se farcir le parlement élu pendant cinq ans au lieu de quatre (raison de plus pour ne pas se retrouver avec un Grand Conseil du genre de celui qui termine sa course...). Pour le Conseil d'Etat, mis à part qu'il sévira aussi pendant cinq ans et qu'il se dotera d'un chef, on a droit à une élection à deux tours, avec une majorité absolue requise pour être élu au premier tour -la simple suffit au deuxième, d'où inflation de candidatures dont la majorité (celles d'Ensemble à Gauche, du Parti Pirate, des Verts Libéraux, de l'UDC, voire du MCG) n'ont d'autre but que de « tirer » des voix pour la liste au Grand Conseil. Voilà pour le cadre général. Reste à choisir le tableau qu'on va y mettre, dans ce cadre...


vignette élections.jpgPlus que dix jours à tirer...

Bon, vous avez reçu (peut-être tardivement, comme nous) votre matériel électoral, vous avez décidé de vous en servir, ne serait-ce que pour ne pas laisser d'autres que vous décider à votre place, vous avez (forcément) décidé de voter à gauche, vous n'avez pas d'idées plus précises, vous ne savez pas très bien pour qui -quel parti, quelles candidates, quels candidats- vous allez voter, même si vous êtes comme nous convaincus que l'abstention est un piège à con plus dangereux que les élections, qu'un droit démocratique s'use quand on ne s'en sert pas et que l'effort de voter peut éviter d'avoir ensuite à pleurnicher pendant cinq ans sur les choix politiques d'une majorité dont vous ne vouliez pas ? eh bien faites comme le Monsieur, pour le Grand Conseil (on reparlera du Conseil d'Etat dans quinze jours, quand le tri aura été fait dans la cohorte des prétendant-e-s) prenez la liste 2 (bon, si vous y tenez, vous pouvez aussi prendre la 1 ou la 4, elles sont toutes apparentées et dans la première répartition des sièges, leurs suffrage s'additionnent ), et suivez le mode d'emploi.

Vous avez votre liste en main ? Souvenez-vous d'abord que l'élection du Grand Conseil se fait à la proportionnelle des suffrages, avec quorum de 7 % et apparentement possible des listes, et que vous disposez de 100 suffrages à distribuer à qui vous voulez. Les listes qui n'ont pas obtenu 7 % des suffrages sont éliminées de la répartition des sièges, et on fait cadeau des suffrages qu'elles ont obtenu aux autres partis. C'est profondément antidémocratique, et c'est ce qui explique la sous-représentation de la gauche au Grand Conseil, puisque, divisée en plusieurs listes dont aucune n'avait obtenu le quorum, la « gauche de la gauche » avait fait cadeau en 2009 de la majorité de ses suffrages à la droite et à l'extrême-droite.
2. Une fois que vous avez choisi la liste que vous préférez, vous pouvez biffer qui vous ne voulez pas voir au Grand Conseil (on s'en fout, l'élection est à la proportionnelle des suffrages de listes, biffer un-e candidat-e ne fait pas perdre un suffrage à la liste). Vous pouvez aussi rajouter qui vous voulez (si vous ne savez pas qui rajouter, on peut vous le souffler...) qui soit présenté-e sur les listes 1 (Ensemble à Gauche) et 4 (Les Verts), apparentées à la liste N° 2 (les socialistes) et apparentées entre elles. Chaque fois que vous rajoutez un-e candidat-e d'une liste sur une autre liste, vous accordez une suffrage de plus au candidat ou à la candidate que vous avez ajouté, et un suffrage de plus à la liste sur laquelle il ou elle était présenté-e, ça ne change pas grand chose à la répartition des sièges entre les partis, mais ça permet de favoriser ceux et celles que vous préférez...
3. Et puisque le premier tour de l'élection du Conseil d'Etat a lieu en même temps que l'élection du Grand Conseil, vous répétez l'exercice sur un bulletin voué à cette élection : vous choisissez -Mais là, comme il s'agit d'une élection à la majoritaire, il n'y a plus que les noms des candidat-e-s que vous alez soutenir qui importent .

Voilà, vous avez fait votre devoir de citoyen-ne, vous avez exercé un droit fondamental, vous n'avez pas gaspillé ce droit, vous avez contribué à ce qu'un autre rapport de force s'instaure au parlement et au gouvernement -bref, vous avez été acteur, et non pas seulement spectateur, de la politique. Sujet souverain, et pas seulement objet passif. Et surtout, vous pourrez sortir de cette période navrante, qui est celle de toute campagne électorale, où les pires conneries peuvent être proférées pour peu qu'on en attende des suffrages, où celui qui gueule le plus fort, quelqu'insanité qu'il gueule, donne le ton et où la langue de bois bourgeonne comme futaie au printemps (n'étant pas candidat, nous pouvons nous offrir sans risque le confort de ce mauvais esprit...).
Les élections, dans une démocratie, sont certes un moment décisif du débat politique, parce qu'elles sont le moment où ce débat se vérifie et ceux qui y prennent part se sanctionnent. Mais ce moment, s'il est décisif, est aussi celui de la plus grande pauvreté culturelle, intellectuelle et rhétorique. Un moment où la moindre démarche, la moindre proposition, la moindre intervention politique (soutien à des grévistes, manif pour le droit au logement...) est soit calibrée aux stratégies électorales, soit dévaluée par le fait même qu'elle se fasse en période électorale. Un moment où il se vérifie régulièrement que si la première victime des guerres est toujours la vérité, la première victime des campagnes électorales est toujours l'intelligence politique -qui, et c'est le miracle de la démocratie, finit pourtant par y survivre. Et si nous savons ce que nous perdons dans ces campagnes, nous savons aussi que les mener est «incontournable», comme on dit quand le vocabulaire manque. Et on n'a plus que dix jours à tirer, s'agissant au moins du Grand Conseil (et du premier tour du Conseil d'Etat).
Raison de plus pour sortir de cette campagne-là avec le meilleur résultat possible -pour que ce qui menace à chaque instant d'y succomber puisse y survivre et prospérer. Car cela aussi, l'après-élection, doit se gagner, et pour cela aussi, il nous faudra nous mobiliser. Et pas pendant deux mois : pendant cinq ans...

Putain, cinq ans...

15:08 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vivre en un geste, du matin au soir et de la naissance à la mort. Au delà du temps.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 26 septembre 2013

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