jeudi, 19 septembre 2013

Traversée routière de la rade ou du petit-lac : Dans le tunnel !

Il nous est peu accoutumé d'encenser le parlement fédéral suisse, et notre respect pour les institutions de ce pays est assez mesuré, mais là, on ne boudera pas notre plaisir en saluant la décision du Parlement fédéral de rejeter l'initiative cantonale genevoise pour l'intégration de la traversée routière du lac (ou de la rade) au réseau des routes nationales, ce qui aurait permis son financement par la Confédération. Alors certes, ce « non » n'est peut-être pas aussi définitif qu'on pourrait le souhaiter, et au moins trois projets sont encore défendus, par trois coalitions différentes et concurrentes (le projet du Conseil d'Etat, celui de l'UDC, celui des milieux économiques), sur trois tracés différents, en pont ou en tunnel, mais cette concurrence, et le coût pharaonique de l'excercice, même avec le « partenariat public-privé » prôné par le patronat, nous laisse espérer que la traversée routière de la rade est entrée dans un tunnel dont elle ne sortira pas. Le seul tunnel, d'ailleurs, que nous soyons prêts à soutenir pour elle.



La droite la plus bête du... de la... des... enfin peu importe...

Après une succession de votes perdus par le droite municipale, sur le budget 2014 et les comptes 2012 de la Ville, on pouvait lire sur facebook ce commentaire désabusé : « on est la droite la plus bête du monde ». C'est un peu genevois, comme constat, c'est-à-dire très prétentieux, mais en en réduisant un peu le champ géographique à l'espace de nos Genfereien, on pourra s'en satisfaire. Parce que cela vaut aussi pour la funeste traversée routière de la rade, désormais éclatée en trois projets concurrents.

Les «  milieux économiques » genevois (en gros, le patronat plus les milieux immobiliers) ont présenté il y a quelques jours une « étude de faisabilité » pour une traversée routière du petit-lac, aboutissant côté français sur la rive gauche, en tunnel, avec un financement public et privé, et un péage. But de l'opération : tenter de faire croire que ce serpent de lac pourra être nourri sans que cela coûte un saladier en or massif (incrusté de joaillerie). Effet de l'opération : concurrencer, dans les milieux politiques et dans la part de l'opinion publique favorable à cette infrastructure somptuaire, les deux autres projets encore en lice, celui du Conseil d'Etat et de la majorité parlementaire, et celui de l'UDC, porté par une initiative populaire. Du coup, le serpent de lac se mord la queue, et on avouera ici que ce spectacle nous réjouit fort.

Du côté de la Confédération, le message est d'autant plus clair qu'il a été réitéré maintes fois par moult instances : on n'est favorable ni à une traversée de la rade, ni à une traversée du petit-lac, ni à un pont, ni à un tunnel, ni à un financement public, ni à un partenariat public-privé, ni à un péage. Parce qu'on priorise l'élargissement de l'autoroute de contournement, qui comme son nom l'indique contourne le centre ville pour passer d'une rive du lac et du Rhône à l'autre. Sans péage, mais avec vignette. Et cette infrastructure était utilisée en 2009 par 76'000 véhicules chaque jour, soit quatre fois plus que ce qu'on escompte pour une traversée avec péage, et 50% de plus que ce qu'on attend d'une traversée sans péage. Autant dire que du point de vue de son efficacité, l'autoroute de contournement a un avantage considérable sur tous les projets de traversée routière du lac ou de la rade : non seulement elle existe déjà, et le financement de son élargissement est garanti, mais elle déleste bien mieux le centre ville du trafic automobile que n'importe quel pont ou tunnel sur la rade ou le petit-lac.

Quant au projet des « milieux économiques », il tient plus du rideau de fumée que de l'« étude de faisabilité» qu'il prétend être. Comme son nom l'indique, un « partenariat public-privé »  engage aussi financièrement les collectivités publiques. Peut-être avec un volume moindre que celui nécessité par les projets purement publics, mais tout de même à une hauteur de plusieurs centaines de millions de francs (quand on entend les même milieux qui le prônent en appeler aux restrictions des budgets publics, y compris des budgets d'investissements), sur un coût  supposé (avec optimisme) de 2,7 milliards.  Ensuite, parce que le projet des « milieux économiques » implique un péage, qui à lui seul réduira l'attractivité supposée de la traversée projetée : pour économiser le prix du péage, des automobilistes continueront de passer d'une rive à l'autre en traversant la ville et en s'y embouteillant. En outre, le tunnel projeté aurait une déclivité le rendant impraticable pour les poids lourds, qui continueront donc d'encombrer les autres routes. Enfin, quelque soit le projet retenu, celui du patronat ne valant de ce point de vue pas mieux que les autres, il sera fauteur de nuisances dans toutes ses zones d'emprise, et il ne réduira nullement -bien au contraire- la circulation automobile qui submerge Genève. Une nouvelle infrastructure routière ne réduit pas la ciorculation automobile : elle incite à son accroissement -et comme ni la ville, ni le canton, ni la « Grande Genève » ne sont extensibles, et que l'urbanisation de toute la région réduit l'espace disponible pour quelque infrastructure que ce soit, le pont, le tunnel, la petite, la moyenne ou la grande traversée auraient dû depuis longtemps pour ce qu'elles sont : de la consumation de ressources, d'espace et de qualité de vie.

Que la droite genevoise soit à la fois incapable de l'admettre et incapable de s'unir sur un projet commun, a au moins le mérite d'annuler cet aveuglement par cette incompétence. Mais pour combien de temps ?

01:48 Publié dans Genève, Transports | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : traversée de la rade | |  Facebook | | | |

Commentaires

Remettons quelques pendules à l'heure.
- Le parlement a, dans un premier temps, refusé d'entrer en matière sur l'initiative populaire de l'UDC pour une traversée de la RADE.
- Finalement les députés se sont ravisés, pour des raisons obscures et certainement politiciennes.
- Mais certains n'ont toujours pas digéré ce succès populaire et se sont sentis obligés de revenir avec un projet de partenariat pour démontrer à Berne que nous pouvons faire sans elle. Ils sont partis en désordre et n'ont obtenu que ce qu'ils méritent.
- Le projet de traversée autoroutière du lac a été torpillé dans le budget de la confédération 2030 notamment parce que nos élus n'ont pas prévu de développement urbain à la Pallanterie.
- Le rapport "Mobilités 2030" reconnait (après traduction des données) que l'augmentation des transports individuels motorisés sera d'environ 30 % à cet horizon.
- Le pont du Mont-Blanc ne remplit plus les conditions de sécurité et il est prévu des travaux d'entretien à court terme, notamment pour faire passer le tram.
- L'offre en véhicule respectueux de l'environnement explose. Tous les constructeurs s'y sont mis. Un quart de la flotte de Taxi-phone offre déjà des véhicules hybrides silencieux et très peu polluants.
- Les transports publics ne sont pas extensibles à volonté. Nous atteignons déjà la limite au centre et nous sommes déjà en sous-capacité aux heures de pointe. Le développement de l'offre ne peut se faire qu'au delà des frontières.

Ces quelques éléments non exhaustifs permettent d'apprécier l'urgence et le caractère incontournable d'une traversée de la rade, telle que proposée par l'UDC qui permettra de consacrer le noyau urbain à la mobilité douce et mettre enfin un terme à la guerre des transports dans notre canton.
Le peuple tranchera et ce que vous et moi pouvons en dire ne servira qu'à alimenter le débat.

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 19 septembre 2013

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