samedi, 21 septembre 2013

La Pierre et le Vent - ni d'elle, ni de lui

On imagine alors ce dialogue impossible, entre cet homme et cette femme, et cet aveu de cet homme à cette femme, que bien plus que les murs d'une prison séparent, mais que rassemblent une commune volonté révolutionnaire...


- Tu pourrais rêver de moi...
- Je pourrais, mais il faudrait que tu ne sortes jamais de ton trou et que jamais le rêve ne puisse rencontrer la réalité. Si je rêvais de toi, ce serait en m'interrogeant, comme un lecteur de contes de fées se demandant pourquoi les plus belles princesses s'obstinent-elles à s'apparier à des crapauds que tous les baisers ne changeront jamais en princes charmants ? Je ne suis pas lecteur de contes de fées, je n'accorde pas le titre de princesses à celles qui n'ont eu de peine à se donner pour le recevoir que celle de naître, je ne l'accorde qu'à celles qui le méritent, celles qui, libres, combattent pour que les autres le soient aussi -aux princesses qui luttent pour les souillons. Je te l'accorde donc, ce titre, moi qui m'acharne à n'en mériter aucun -et peut donc les accorder tous.
- Qu'y puis-je, si je ne suis pas née tout en bas ?
- Peu importe, il est vrai. Ce que tu est devenue vaut mieux que ce qui t'était promis. Cela m'évite, du fond de mon trou, de voir autour de toi ce nuage d'insectes qui te voilerait, comme en ces lourdes nuits d'été, attirés par la lumière d'une lampe, si nombreux qu'ils l'obscurcissent... Tu serais comme dans un filet tissu de parasites, prisonnière comme la louve ou la gazelle, mais consentante à sa prison, en riant, et y trouvant vie...
- ... mais quelle vie ? La louve prise au piège s'arrache la patte pour se libérer, laissant aux mâchoires de fer une part d'elle pour repartir, et mourir, amputée mais libre. C'est ce que j'ai fait... la princesse des contes de fée, elle, ne s'arrache rien, elle s'arrange, tentant peut-être d'être aussi libre que possible, mais restant piégée, plus prisonnière encore que tu l'es aujourd'hui... Tu l'as écrit : on ne peut plus te tuer, tu es déjà mort... moi, je suis encore vivante...
- ... vivante, oui, mais une proie, encore, puisque vivante... Ils tenteront tout contre toi, ils te feront tout ce qu'ils pourront te faire... garde-toi d'eux, garde-toi de toi, trop docile encore, et trop souriante quand tu leur cèdes...
- ... séparés, inconciliables, jamais face-à-face, ainsi sommes nous et serons nous...
- Nous n'aurions rien à faire ensemble. Le jour et la nuit ne se rencontre qu'à l'aube, quand le jour tue la nuit, et au crépuscule, quand la nuit tue le jour. Je n'ai rien à faire dans ta vie. Qu'ai-je seulement à faire dans la mienne ?
- Tu ne m'aurais pas aimée ?
- Je t'aurais aimée, comme la pierre aime le vent...

 

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