mardi, 03 septembre 2013

Budget 2014 de la Ville de Genève : du droit à la paresse à la paresse de la droite

Et voilà, comme chaque année à l'automne, on pose et se pose les questions : c'est quoi, un projet de budget ? ça sert à quoi, un Conseil municipal ? Et les posant, ces questions, on prétend y répondre : un projet de budget, ce n'est pas encore un budget, et un Conseil municipal, ça sert précisément à passer d'un projet de budget à un budget. Encore faut-il, évidemment, que ce Conseil municipal accepte de faire ce travail, C'est-à-dire de servir à ce à quoi il est supposé être voué. Et pas seulement à encaisser des jetons de présence. Haute ambition, excessive même, apparemment, pour une moitié (droite) du parlement de la Ville, laquelle, semblant découvrir (enfin) les vertus de la réduction du temps de travail -mais seulement de celui des conseillers municipaux- et la beauté du droit à la paresse -mais seulement à son propre usage (du droit à la paresse à la paresse de la droite ou de Lafargue à la fatigue, en somme), s'apprête à refuser d'étudier le projet de budget proposé par le Conseil administratif. Faire son boulot entre les vacances d'été et celles d'automne, c'est vrai que c'est dur.
http://www.youtube.com/watch?v=XCWIXIEizKM


De l'influence des élections sur le travail des élus

Des revenus qui stagnent, des besoins qui ne diminuent pas, des charges qui augmentent, des investissements urgents à consentir : vous avez la recette d'un budget a priori (mais a priori, seulement) déficitaire. Ainsi, le projet de budget 2014 proposé pour la Ville de Genève par son exécutif municipal présente-t-il, comme l'année dernière, un déficit, modeste au regard du volume dudit budget (cette année : 25.2 millions de déficit sur 1,13 milliard de francs, soit 2 % du total).  Quant au volume des investissements, il présente une insuffisance de financement, comblée par l'emprunt, de 70 millions de francs. Tout cela n'étant encore qu'à l'état de projet, soumis à l'examen, sagace par définition, du parlement municipal, cela ne donne qu'une idée fort imparfaite du résultat final, qui devrait être le produit du travail des conseillers municipaux dans les diverses commissions du Conseil.  Pour autant, bien entendu, que la majorité de ce parlement consente à lui laisser faire son boulot.
Il devrait alors se passer ceci, que la Ville de Genève atteindrait normalement ce que le canton a été infoutu  d'atteindre sans psychodrame interminable : le vote d'un budget équilibré. Hypothèse municipale optimiste, qui part (d'un pied léger) d'une attente et d'un constat : l'attente que le parlement municipal, ses commissions et les élues et élus qui les composent, tous partis confondus fassent leur boulot. Et du constat qu'on n'a pas affaire au parlement municipal à la majorité de droite (et d'extrême-droite) qui sévit encore au Grand Conseil. Hypothèse municipale optimiste, donc, mais hypothèse  insupportable pour la droite municipale, cornaquée par ses grands frères cantonaux : quoi ? le parlement communal réussirait ce dont le parlement cantonal a été incapable ? Et en pleine campagne électorale cantonale, encore ? Horresco referens...
Nous ne sommes évidemment pas ici des fétichistes de l'équilibre budgétaire : quand il n'est atteint que par des coupes qui péjorent les services rendus à la population ou les droits du personnel, cet équilibre est bien plus nuisible, socialement et économiquement, qu'un déficit. Mais là, sur un projet de budget de plus de 1,1 milliard de francs, l'équilibre peut se faire, si on s'oblige à le faire, sans manier la hache ni la varlope -en augmentant raisonnablement certaines estimations de recettes, en réduisant certaines dépenses, en en suspendant d'autres qui peuvent cependant être rétablies en cours d'année par des propositions faites hors budget ou reportées sans dommage. Il reste certes dans ce projet des mesures contestables (et qui seront contestées), et des améliorations possibles (qui seront proposées), mais s'il ne nous fait pas trépigner de joie, il ne nous fait pas non plus sombrer dans l'affliction.

Vous nous direz, attentifs et exigeants lecteurs, que nous nous contentons de peu ? Nous nous contenterions en tout cas sans déespérance, pour le moment, que les femmes et les hommes élus au Conseil Municipal soient mandatés par ce Conseil pour faire, précisément, le travail pour lequel ils et elles ont été élu-e-s : s'emparer du projet de budget, l'analyser, en débattre, proposer les amendements qui leur paraissent justifiés. En nous transmettant un projet de budget, le Conseil administratif a fait son travail. En le renvoyant, puis en l'étudiant en commissions, nous ferions le nôtre. Est-ce trop nous demander ? Est-ce si insupportable à accepter ? A entendre certains porte-paroles, autorisés ou non, des groupes de droite, du PDC (dont le magistrat se taille pourtant la part du lion des augmentations de crédit et d'engagement de personnel) au MCG, on pourrait croire en effet que demander au Conseil municipal de faire ce pour quoi il a été constitué (et pour quoi celles et ceux qui y siègent, et les partis qui les y envoient, sont payés...) excèderait l'ultime limite du supportable.
On le vérifiera lundi prochain. Avec gourmandise.

15:27 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ville de genève, budget | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.